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« Système K », de Renaud Barret : Kinshasa comme espace d’exposition « sans murs ni curateurs »

« Système K », de Renaud Barret : Kinshasa comme espace d’exposition « sans murs ni curateurs »

14 janvier 2020 | PAR Julia Wahl

Le documentariste Renaud Barret nous emmène avec Système K dans un voyage vers les artistes de la capitale congolaise. Un film sélectionné à Berlin.

Des capsules de bouteilles et des morceaux de tôle, mais aussi des cartouches de fusil et des machettes… Les œuvres de l’artiste Freddy Tsimba  « se nourrissent », selon ses propres mots, du « chaos » congolais et de ses récentes meurtrissures. Un matériau qui dérange, comme en témoigne le sort subit par sa dernière performance : alors qu’il fabrique, en pleine rue et à la vue de tout le monde, une cabane en machettes, la police débarque et embarque au hasard quelques spectateurs de cette œuvre en devenir.

Outre la question de la répression, induite par la violente réception de cette étrange cabane, les artistes filmés par la caméra de Renaud Barret posent la question de l’art dans l’espace public et de son inscription, de fait, dans la vie de tous. Qu’il s’agisse de Béni, de Géraldine ou de Yas, tous, en effet, exposent dans la rue, en plein cœur des bidonvilles. Les toiles de Géraldine pendent de fenêtres de fortune tandis que Béni et Yas déambulent dans les rues, l’un couvert de cire blanche, l’autre dans une baignoire pleine de sang.

Car il n’est pas question, pour ces plasticiens et performeurs, de proposer des œuvres lisses, dépourvues de lien avec le quotidien de leurs concitoyens ; à l’instar des machettes de Freddy Tsimba, leurs œuvres choquent en utilisant des matériaux porteurs de sens. Géraldine travaille la fumée noire de la combustion des bougies comme un rappel des opérations de désenvoûtement que l’on a fait subir aux « enfants-sorciers » ; de son côté, Yas demande au public de faire fondre sur son corps des bougies que la cire recouvrera bientôt, comme un étrange vêtement contempteur du pouvoir de l’Église. Mais le clou est sans doute la performance Bain de sang de Majestik : en parcourant Kinshasa dans cette baignoire pleine de sang, il interroge le rôle des individus dans les massacres de l’Est congolais.

La caméra de Renaud Barret nous permet de suivre ces artistes individuellement et collectivement, leur donne la parole et nous montre les réactions de leur public, médusé, choqué ou séduit. Un travail de l’image et du son qui nous entraîne dans les bruits de la ville et les étincelles des soudures, dans cette capitale écartelée entre art de la récup et publicités envahissantes. Un film qui vaut donc tout autant pour son propos – la découverte d’un pan inédit de Kinshasa – que pour son travail esthétique. 

Visuel : affiche du film

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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