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Le Repenti ou le silence de la mémoire

Le Repenti ou le silence de la mémoire

29 mars 2013 | PAR Melissa Chemam

Algérie, hauts plateaux, année 2000. ‘Le Repenti’ nous plonge dans la tentative de réconciliation d’un pays meurtri par une décennie de terrorisme et de guerre civile. Le cinéaste Merzak Allouache tente de raconter l’irracontable dans une fresque qui tangue entre les tentations de la mémoire et de la réconciliation d’un côté, du silence et de l’oubli de l’autre.

Le film commence dans le silence d’une course dans des monts enneigés d’Afrique du nord, derrière les pas pressés d’un jeune homme en djellaba. Il retourne à son village et retrouve ses parents, qui de toute évidence ne croyaient plus à ce retour et n’ont pas de mots pour exprimer leur joie, soulagement, incrédulité. Tout au long du film, ce mutisme domine. Ces personnages et ceux qui viennent sur leur route ont visiblement été portés au-delà des mots, par une tragédie récente, une ère de morts et d’angoisse.

Rachid est un islamiste ‘maquisard’. Il est accusé d’avoir participé aux actes terroristes des islamistes du FIS, en Algérie, pendant les années 1990, mais grâce à la loi de la ‘Concorde civile’, il bénéficie comme de nombreux autres d’une quasi amnistie en échange d’une promesse de ne pas avoir commis de meurtre, d’un vœu de repentance et de la remise de toute arme. Il a donc le droit d’être réinséré dans la société algérienne. La police l’encadre même, un inspecteur lui trouvant un emploi dans un café et surveillant le bon déroulement de sa réintégration.

Nous sommes dans un monde d’hommes et de lent retour à la vie dans son quotidien le plus banal. Trouver un travail n’est pas facile, et ceux qui errent devant le café du vieux tenancier ne sont pas cléments avec ce Rachid, que peu croient effectivement innocent… Le cinéaste crée pourtant un début d’empathie pour son personnage en filmant de près le regard vidé et absent de Rachid, balayant la salle du café comme son instrument en balaie le sol, suivant de loin le passage des rares jeunes filles de cette ville de province.
Mais progressivement, les secrets et mensonges de Rachid se dévoilent, sinon à ses compatriotes aux spectateurs du ‘Repenti’, alors qu’il cherche à prendre contact avec Lakhdar, le pharmacien de la ville, abandonné à lui-même dans sa pharmacie souffrant de pénuries chroniques et recueillant pourtant les doléances de cette population locale en souffrance. Lorsque Lakhdar comprend la proposition issue de l’appel de Rachid, le choc est abyssal et il décide de contacter Djamila, son ex-femme et la fait revenir en ville.
Merzak Allouache filme l’appartement de l’ancien couple, vidé par une « inondation » explique Lakhdar, comme il filme les rues de cette ville anonyme et sans âme, avec distance et lassitude. La scène de l’impossible dialogue entre cet homme et cette femme attendant l’ultime coup de fil du terroriste repenti nous plonge dans un désarroi palpable. Mais vient ensuite le temps d’un voyage vers le passé, une longue route qui mènera les trois personnages sur une voie de non-retour…

Grands sont le silence et la solitude de ces personnages qui errent désormais dans leur vie comme des demi vivants, après les années de la ‘décennie noire’ en Algérie quand la trajectoire d’un islamiste s’immisce dans la vie d’un couple déchiré par la mort de leur fille durant les pires années. Dur, mais réaliste, pour un sujet peu traité. On souhaiterait voir un jour un film de ce réalisateur sur la décennie noire même, mais avec celui-ci, Merzak Allouache prouve aussi que le dialogue, le discours sur cette période de l’histoire algérienne, si loin, si proche, n’est pas encore aisé.

« Le Repenti », un film de Merzak Allouache (Algérie – France), JBA Production / Baya Films, durée 1h27, sortie le 10 avril 2013.

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Melissa Chemam

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