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[Critique] « Le cinquième pouvoir » : récit passionnant pour redécouvrir la bombe Wikileaks

[Critique] « Le cinquième pouvoir » : récit passionnant pour redécouvrir la bombe Wikileaks

06 décembre 2013 | PAR Gilles Herail

Malgré une mise en scène peu inspirée et un rôle principal écrit comme une performance à oscar, le 5ème pouvoir fait le travail et nous fait découvrir avec une certaine efficacité les coulisses du plus grand coup d’éclat journalistique du siècle dernier. A voir même si l’on aurait bien voulu avoir un David Fincher à la barre pour donner au film une autre dimension. Synopsis: En rendant publics des documents confidentiels, ils ont fait vaciller les plus grands pouvoirs de la planète. La révélation d’informations ultra-secrètes explosives a mis en lumière un monde jusque-là inconnu. WikiLeaks a changé la donne à jamais. Comment Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, et Daniel Domscheit-Berg, ont-ils pu obtenir ces documents ?

[rating=4]

La précision mécanique de Fincher, son obsession du détail et de la complexité manquent certainement ici. Le film est bien moins réussi que le Social Network et cherche trop à en copier les enjeux (un visionnaire mégalomane paranoïaque et la trahison de l’unique ami cofondateur). Quand le réalisateur nous propose un Biopic de Julian Assange, le film s’égare malgré le charisme de l’acteur principal. Les effets de manche stylistiques pour faire vivre à l’écran le concept de réseau tombent eux aussi à l’eau. Le cinquième pouvoir est bien meilleur quand il néglige la forme pour détailler le fond. En exposant sans donner un point de vue pour laisser le spectateur se faire un avis.

Et les questions ne manquent pas. Les limites de la transparence absolue. Le pouvoir immense des pirates informatiques. La place centrale de la bataille de l’opinion et de la légitimité. Le soutien nécessaire de relais journalistiques établis pour diffuser une information. Le film montre très bien les allers- retours permanents entre des interlocuteurs aux intérêts multiples dont l’alliance est nécessaire pour donner une application au défi technique que représente le système Assange/Wikileaks. Une pierre manque cependant à l’édifice. La question la plus difficile à résoudre en plein siècle de la révolution de l’information. Quand les télés diffusent de l’actu 24/24. Que le tempo journalistique cherche le pilonnage à court terme jusqu’à épuisement pour cliquer sur « next » et tourner la page avec une nouvelle info « brûlante ». Un temps où les scandales en tout genre inondent déjà les médias et écœurent des citoyens blasés qui ne peuvent se baser que sur leur ressenti personnel pour hiérarchiser l’indignation.

Le modèle Wikileaks, au-delà des questions éthiques et politiques qui sont elles très bien abordées dans le film, n’a-t-il pas un problème plus profond ? Publier des millions de données impossibles à décortiquer au nom de la vérité absolue. Finalement diffusées par les médias traditionnels en fragments privilégiant le bon mot ou l’image choc. Trop d’info tue l’info et nuit finalement à la transparence. Qui se souvient encore du contenu des télégrammes diplomatiques et des archives de la guerre en Iraq ? Quels responsables politiques ont été inquiétés après leur révélation ? Le film aurait dû fouiner de ce côté pour analyser le modèle Assange. Au lieu de parfois perdre son temps en nous dressant le portrait d’un génial excentrique inadapté social qui ne mérite pas en lui-même un film.

Gilles Hérail

Le 5ème pouvoir, un thriller de Bill Condon avec Benedict Cumberbatch et Daniel Bruhl, durée 2h08, sortie le 4 décembre 2013

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