A l'affiche

[Critique] « Imitation Game » Benedict Cumberbatch dans un biopic consensuel et hors sujet sur Alan Turing

[Critique] « Imitation Game » Benedict Cumberbatch dans un biopic consensuel et hors sujet sur Alan Turing

31 janvier 2015 | PAR Gilles Herail

Manquant de point de vue et d’idées, The Imitation Game déçoit autant dans le portrait psychologique d’un génie de la logique que dans la mise en perspective d’un épisode clef de la seconde guerre mondiale. Un biopic consensuel cherchant la facilité qui aurait pu tirer beaucoup plus du fascinant personnage d’Alan Turing et de la performance incarnée de Benedict Cumberbatch. 

[rating=2]

Synopsis: 1940 : Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.

The Imitation Game retrace plusieurs instants clefs de la vie d’Alan Turing, mathématicien génial, socialement inadapté, ayant notamment réussi à percer le mystère du système de cryptage Enigma. Une contribution essentielle qui a permis aux alliés d’anticiper les plans d’Hitler et d’écourter la fin de guerre. L’incroyable histoire de Turing nécessitait une mise en scène ingénieuse et beaucoup d’intelligence d’écriture pour donner de la cohérence à un personnage complexe. Génie des maths, précurseur de l’informatique, manipulé par les services secrets, victime de la pénalisation de l’homosexualité. Le scénario choisit au contraire la facilité, en revisitant l’éternelle trame des biopics américaine : le génie blessé par sa différence, reconnu sur le tard, triomphant dans l’adversité avant de sombrer dans la déchéance. Un schéma qui a produit de grands classiques (Aviator de Scorsese etc.) mais qui peine ici à convaincre.

The Imitation Game utilise sans finesse de vieilles ficelles, en introduisant une histoire romantique, en noyant le film d’une musique sans âme, d’effets de montage maladroits et de rebondissements artificiels. La narration inutilement éclatée en trois périodes aurait pu se passer des flash-back sur l’enfance et de l’enquête parallèle inutile. Pire, la réalisation n’arrive jamais à mettre en scène le génie pur de Turing, symbolisé par son improbable machine annonçant nos ordinateurs contemporains. The Imitation Game divertit mais on était en droit d’attendre beaucoup plus d’un film aussi acclamé par la critique. Le spectateur ressort frustré par la superficialité d’un scénario qui ne fouille pas les aspects diplomatiques, politiques et éthiques de la découverte de Turing. Qui n’essaie pas de nous faire comprendre la révolution scientifique que représentent ses inventions. Qui réduit la découverte du code d’Enigma à une banale coïncidence. Un personnage aussi fascinant méritait une mise en scène et un scénario à la hauteur. Et on regrette qu’un réalisateur comme Nolan ou Fincher ne s’y soit pas collé.

Gilles Hérail

Un biopic anglais de Morden Tyldum avec Benedict Cumberbatch, durée 1H54, sortie le 28/01/2015

Bande-annonce et visuels officiels.

[Critique] « Phoenix » de Christian Petzold Drame ambigu et mystérieux sur le retour d’une rescapée des camps
[Critique] « Toute première fois » Pio Marmai essaie l’hétérosexualité dans une romcom pleine de fraicheur
Gilles Herail

3 thoughts on “[Critique] « Imitation Game » Benedict Cumberbatch dans un biopic consensuel et hors sujet sur Alan Turing”

Commentaire(s)

  • martine

    allez voir , faites vous votre propre opinion , n’écoutez pas trop les critiques!! vous passeriez à côté d’un moment de cinéma magnifique

    février 1, 2015 at 2 h 10 min
  • Encore une critique peu constructive basée sur le fait de vouloir descendre un film parce qu’il a reçu de bonnes critiques dans la plupart des grands journaux… Il est certain comme il est dit à la fin de la critique qu’un Nolan ou Fischer auraient probablement fait un film supérieur. Et pour cause, Fischer et Nolan sont parmi les meilleurs cinéastes de leur génération. Cela reviendrait à regarder un bon film policier en arguant « Mais Hitchcock aurait certainement fait mieux ». Néanmoins si on regarde Social Network et qu’on se dit que Imitation Game aurait pu prendre le même tour que le film de Fisher, je ne suis pas sûr que cela aurait été passionnant. Regardons maintenant la cohérence de cette critique. Elle commence par nous dire que le film manque d’un point de vue, alors qu’elle reproche ensuite d’avoir traité trois périodes (dont l’enfance), d’utiliser l’histoire de l’enquête parallèle comme pivot, ou de n’en rester qu’à l’histoire de Turing sans aborder les conséquences diplomatiques, politique ou éthiques… C’est étrangement ce qui ressemble justement à un point de vue. Et même, à des idées. Ensuite, le génie de Turing, bien que difficile à retranscrire comme tout génie, est assez bien présenté ici et aucun spectateur ne ressortira en disant que le décodage était un coup de chance comme le prétend cette critique… Ensuite sur le reproche d’un « schéma » déjà trop vu, il est vrai que cette histoire en rappelle d’autres dans le destin de son personnage, mais elle est fidèle à ce qu’à été sa vie, et c’est peut-être justement grâce à ses aspects qu’elle en fait un très bon sujet de biopic. Raconter l’histoire autrement aurait été trahir les faits. En somme cette critique est uniquement basée sur une envie de se « payer » un film qui a rencontré un succès critique. Si le film était resté confidentiel, il y a fort à parier que la même personne nous aurait parlé d’un petit bijou très intéressant retraçant la vie de Turing et trop peu connu…

    juillet 31, 2016 at 14 h 26 min
    • Gilles Herail

      Bonjour,

      Merci pour votre commentaire. Quelques éléments de réponse :
      – Je vous invite à lire mes autres articles, qui s’inscrivent très régulièrement dans le « consensus critique » et ne cherchent pas à tout prix à prendre le contre-pied. Imitation Game n’a de toute façon pas fait l’objet d’une presse dithyrambique en France et d’autres papiers ont souligné les faiblesses du film.
      – Plaquer de manière identique des recettes scénaristiques éculées sur la manière de raconter le destin d’un personnage historique revient à éviter de choisir un angle. Occulter les éléments complexes (conséquences diplomatiques, politiques ou éthiques) n’est pas un point de vue, c’est une facilité.
      – La comparaison avec Fincher est surtout en lien avec l’idée de filmer le « génie » et la rapidité intellectuelle. David Fincher/Jesse Eiseinberg l’avaient réussi dans The Social Network. Ce n’est pas le cas dans Imitation Game.
      – Sur la découverte du code d’Enigma, le film la présente effectivement comme une grossière coïncidence (dans une séquence où une discussion banale dans un diner qui permet à Turing de trouver la solution)

      Au plaisir d’échanger avec vous,

      Gilles Hérail

      août 5, 2016 at 15 h 38 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *