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[Critique] « Phoenix » de Christian Petzold Drame ambigu et mystérieux sur le retour d’une rescapée des camps

[Critique] « Phoenix » de Christian Petzold Drame ambigu et mystérieux sur le retour d’une rescapée des camps

31 janvier 2015 | PAR Gilles Herail

Après Barbara, Christian Petzold revient avec un nouveau film millimétré, ambigu, malaisant, qui installe un faux rythme pour sublimer une scène finale d’une grande force. Un drame intime tendu et étouffant sur le retour à la vie d’une miraculée des camps après la seconde guerre mondiale.

[rating=4]

Synopsis officiel: Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Nelly, une survivante de l’Holocauste revient chez elle sous une nouvelle identité. Elle découvre que son mari l’a trahie…

Le récit du retour en Allemagne d’une survivante physiquement et moralement dévastée par l’horreur de l’holocauste marque d’abord par sa froideur étouffante, loin des retrouvailles amicales ensoleillées d’ A la vie de Jean-Jacques Zilbermann qui abordait la même thématique. Le rythme et les mouvements sont délibérément ralentis. Les regards, perdus, les échanges,  maladroits. Phoenix ne cherche pas à être immédiatement accessible et la rigidité minimaliste de la mise en scène peut se révéler déconcertante. Une tension sourde se dessine cependant après un retournement de situation troublant. Quand cette femme retrouve celui qui l’a probablement dénoncée et qui ne la reconnait pas. Rentrant dans son jeu quand il lui demande de se faire passer pour elle. Cette quête identitaire malsaine, dans une ville marquée par fin du nazisme et le murmure des culpabilités enfouies, débouche alors vers le thriller intimiste que le réalisateur souhaite nous proposer.

Installant sa tension progressivement, Christian Petzold réalise une oeuvre étonnante et malaisante. Que l’on prend du temps à apprécier. Que l’on comprend petit à petit. Phoenix nous parle d’une reconstruction et d’une résurrection. Où l’usurpation de sa propre identité, le retour des camps rejoué pour une seconde fois et l’attraction étrange pour l’homme aimé qui a trahi forment un passage obligé lugubre avant la renaissance. On reste parfois spectateur sans être directement impliqué dans l’histoire, mais le réalisateur sait où il nous emmène. La musique sert de fil rouge avec un thème étrange et entêtant qui revient de manière récurrente, comme ces scènes vaporeuses dans le cabaret du Phoenix. Tout le film prépare une scène finale d’une intensité exceptionnelle. Une ultime séquence qui conclut le film abruptement et lui donne tout son sens grâce au simple regard transformé de son actrice. Christian Petzold réussit un pari osé, revendiquant des choix de mise en scène radicaux et abordant un thème difficile avec une sensibilité différente. A voir.

Gilles Hérail

Phoenix, un film de Christian Petzold avec Nina Hoss et Ronald Zehrfeld, durée 1H38, sortie le 28/01/2015

Bande-annonce et visuels officiels.
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Gilles Herail

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