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La Mélodie du Bonheur: Reprise d’une comédie musicale légendaire

La Mélodie du Bonheur: Reprise d’une comédie musicale légendaire

17 octobre 2016 | PAR Gregory Marouze

Cette semaine Toute la Culture évoque La Mélodie du Bonheur, adaptation cinématographique par Robert Wise d’une fameuse comédie musicale de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II. Longtemps méprisée et moquée, La Mélodie du Bonheur revient sur grand écran dans une version numérique restaurée 4K. Ce spectacle fastueux, loin d’être sot, remarquablement mis en scène, interprété par la magnifique Julie Andrews, est à réhabiliter d’urgence ! 

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Pour les plus jeunes ou moins cinéphiles d’entre-nous parlons d’abord de Robert Wise. A l’image d’autres grands cinéastes de Hollywood (comme Richard Fleischer), Wise s’est illustré dans tous les genres cinématographiques : le film de science-fiction (Le jour où la terre s’arrêta), fantastique (La maison du Diable: titre original The Haunting), de guerre (La Canonnière du Yang-Tsé), le biopic (Marqué par la Haine avec Paul Newman) ou la comédie musicale (le fameux West Side Story, coréalisé par Jerome Robbins et récompensé par dix Oscars).

Wise – né en 1914, mort en 2005 – fut monteur avant de passer à la réalisation. On lui doit notamment les montages de Citizen Kane et La Splendeur des Amberson (dont Orson Welles fut dépossédé de la version finale par la RKO Pictures). Excusez du peu !

Comme cinéaste, Robert Wise reçoit de nombreuses récompenses (à Hollywood ou au Festival de Cannes). Pour autant, il n’est pas adoubé par la critique de son époque. Loin s’en faut. On le considère comme un bon technicien, sans plus.

Pourtant, avec le recul, on se rend bien évidemment compte que Robert Wise est un grand cinéaste. Voyez Le Mystère Andromède (d’après l’auteur de Jurassic Park, Michael Crichton): vous découvrirez le génie de Wise pour le hors champ, sa gestion de l’espace et des décors pour créer l’angoisse, son travail ingénieux sur les cadres, …

Au pic de sa carrière, les critiques français comme américains apprécient modérément ce cinéaste éclectique, considérant sans doute qu’il s’éparpille, est à la solde des studios – alors qu’il est indépendant dès 1958 – et n’a pas d’univers puisqu’ils s’exprime dans différents genres (si on part de ce principe totalement crétin, alors Kubrick est l’un des pires cinéastes au monde). Chose aggravante : les films de Robert Wise ont beaucoup de succès. Il est un champion du Box-Office. L’équivalent d’un Spielberg, aujourd’hui.

Lorsqu’il réalise en 1965 La Mélodie du Bonheur (The Sound of music ) Wise est auréolé du triomphe de West Side Story. Au départ, William Wyler (Ben-Hur) autre grand cinéaste éclectique est approché par la Twentieth Century Fox mais décline la proposition, préférant tourner le splendide The Collector. La Fox se tourne alors vers Wise qui n’est guère enthousiaste, considérant qu’il s’est pleinement exprimé dans le genre avec West Side Story. Mais comme la production de La Canonnière du Yang-Tsé s’éternise, l’homme accepte.

La Mélodie du Bonheur est adapté de l’histoire vraie de l’autrichienne Maria Augusta Trapp (1905-1987). En 1956, une première adaptation voit le jour au cinéma (signée par l’allemand Wolfgang Liebeneiner), puis une seconde sur les planches de Broadway en 1959. C’est ce spectacle que Wise adapte à l’écran.

Lors de sa sortie, La Mélodie du Bonheur devient le plus grand succès commercial de Wise.

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Porté par les interprétations inspirées de Julie Andrews (qui fut Mary Poppins deux ans auparavant) et Christopher Plummer, La Mélodie du Bonheur est un spectacle généreux. On ne compte plus les décors somptueux de ce film, les costumes fastueux. On s’extasie devant la photographie 70 MM de Ted Mc Cord. Quant aux chansons, devenues des standards, on se surprend à les fredonner à la fin de la projection d’une durée de 2h54.

La Mélodie du Bonheur reçoit 5 Oscars : Meilleur film, réalisateur, son, adaptation musicale et montage. Tout est justifié mais la critique n’y voit qu’une pâtisserie qui soulève le cœur.

Dans Les Cahiers du Cinéma, Jean-André Fieschi parle du « plus écœurant maelström de guimauve et de sottise qui ait dévasté les écrans depuis longtemps » (n°176 – Mars 1966).

Pourtant, ce film joyeux et divertissant, ne prend jamais ses spectateurs pour des imbéciles. Des thèmes graves y sont abordés comme le nazisme (La Mélodie du Bonheur se déroule en Autriche au moment de l’Anschluss). Wise voit avec ce cadre historique une dimension politique unique, à mettre en scène dans une comédie musicale.

Maria, jeune gouvernante incarnée par Julie Andrews, est un personnage en rupture avec beaucoup d’héroïnes du cinéma hollywoodien de l’époque. Wise revendique son féminisme ! N’oublions pas que deux ans auparavant, ce réalisateur aux idées progressistes suggère deux lesbiennes dans The Haunting (comme l’avait fait auparavant Wyler dans La Rumeur).

Il est temps de redonner au film de Wise, la place qu’il mérite dans l’Histoire du cinéma. Loin d’être une œuvre mineure, La Mélodie du bonheur est un spectacle de haute tenue cinématographique qui a su traverser les époques contrairement à beaucoup de prétendus chefs-d’œuvre du 7ème Art.

Grégory Marouzé

Synopsis : 1938. Salzbourg. Maria est une jeune femme fantasque qui étudie pour devenir nonne. Son amour de la musique et des montagnes, son enthousiasme, son imagination et son manque de discipline inquiètent les sœurs de l’abbaye qui lui proposent de devenir la gouvernante du capitaine Georg Von Trapp, un veuf, qui élève ses sept enfants de façon très stricte. Au début, ils traitent Maria comme les précédentes, en lui jouant des tours pour attirer l’attention de leur père. Comme elle leur répond avec gentillesse et patience, elle parvient petit à petit à gagner leur confiance et leur respect.

La Mélodie du bonheur ( The sound of Music) de Robert Wise avec Julie Andrews, Christopher Plummer, Eleanor Parker, …

Scénario : Ernest Lehman adaptation du spectacle musical de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II écrit à partir du livre de Maria Augusta Trapp The Trapp Family Singers.

USA – 1965 – 2h54 (Avec Entracte – Carton de 2 minutes 20s.) – Couleur (format 2.39)

 

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Gregory Marouze
Cinéphile acharné ouvert à tous les cinémas, genres, nationalités et époques. Journaliste et critique de cinéma (émission TV Ci Né Ma - L'Agence Ciné, Revus et Corrigés, Lille La Nuit.Com, ...), programmation et animation de ciné-clubs à Lille et Arras (Mes Films de Chevet, La Class' Ciné) avec l'association Plan Séquence, Animateur de débats et masterclass (Arras Film Festival, Poitiers Film Festival, divers cinémas), formateur. Membre du Syndicat Français de la Critique de Cinéma, juré du Prix du Premier Long-Métrage français et étranger des Prix de la Critique 2019, réalisateur du documentaire "Alain Corneau, du noir au bleu" (production Les Films du Cyclope, Studio Canal, Ciné +)

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