Théâtre
« Hugo de Père en filles » de Filip Forgeau

« Hugo de Père en filles » de Filip Forgeau

17 octobre 2016 | PAR David Rofé-Sarfati

Victor Hugo avait deux filles : Léopoldine, morte noyée à dix-neuf ans, et Adèle, devenue folle, enfermée dans une « maison de folles » dont elle ne sortira que pour assister à quelques représentations des œuvres théâtrales de son père.« Hugo, de père en filles » donne la parole à Adèle et Léopoldine.

Une grande table de festin et de cérémonie ésotérique. Adèle et Leopoldine se chamaillent à s’appeler, à se cacher. Entre invectives et congratulations. Entre dévoilements et révélations erratiques. Deux miroirs à pieds et des cadres en parois translucides à cour et à jardin. Au fond, un passage vers un ailleurs. Le contraste est étayé par une scénographie en clair obscur. Tout y est sombre mais diaboliquement beau.

Elles dressent la table et débutent un dialogue imaginaire entre une morte et une déjà folle. Elle vont parler de ce père Victor, « Toto », de sa passion pour l’occultisme et de sa croyance en la résurrection. Elle vont, toujours dans une identification à cette figure du père statuer sur la vie, la mort. Accessoirement, ou peut être s’agit-il de l’avant-tout de l’intention, de leur préméditation  elles aborderont ce réel des corps qui par la double loi symbolique du père et de l’écrivain  assommera les deux sœurs  sans que jamais aucune ne puisse rechaper totalement à son père ni en hériter.

Le propos est élevé. Filip Forgeau l’attrape par la gourmandise des enfants à dire les choses et par la rencontre de cette envie là avec, dû en cet endroit à la hauteur même du propos, une impossibilité à décrire, à dévoiler. Nous regretterons peut être certains rires sur-joués, lucifériens et histrioniques des deux jeunes filles cependant que la pièce a choisi l’économie des mots et la mise en ordre des ressentis insaisissables par la verbalisation. Ainsi, lorsqu’Adèle envahie par un rire étrange se rasera avec la mousse et le coupe chou du père, on frissonne.

Entre ces dévoilements et révélations nous aurons assisté à une très jolie pièce. Les affidés de Victor Hugo retrouveront le discours romantique dépliant son univers où l’étrange se mélange au familier. Les autres découvriront Hugo qui manifestement n’en finit pas d’inspirer metteurs en scène et comédiens.

Crédits Photos ©En désordre
Texte et mise en scène Filip Forgeau
Avec
Soizic Gourvil
Laurianne Baudouin
et la voix de
Daniel Mesguich
Lumières
Michaël Vigier

Infos pratiques

Association Arsène
Studio Théâtre (STS)
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