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« La Abuela », un huis-clos angoissant de Paco Plaza

« La Abuela », un huis-clos angoissant de Paco Plaza

19 janvier 2022 | PAR Lucine Bastard-Rosset

Prochainement au cinéma, le nouveau film de Paco Plaza, réalisateur espagnol reconnu pour sa trilogie Rec. Il s’empare une nouvelle fois du genre horrifique et propose un huis-clos angoissant avec La Abuela.

Un film fantastique et horrifique

Paco Plaza est une figure incontournable du cinéma fantastique. C’est en 2007, avec le premier opus de la trilogie REC, qu’il s’impose dans le genre. Il reçoit un succès international qui lui vaut de nombreuses nominations dont le prix du jury au Festival du Film Fantastique de Gérardmer. La Abuela, son dernier film, confirme sa place au sein du genre, auquel il ajoute une vision horrifique.

La Abuela débute sur une séquence énigmatique. On suit une dame âgée, Pilar, interprétée par Vera Valdez. Dès la première image sa peau ridée en gros plan souligne l’importance de l’âge. La peau laisse place par la suite à une montre dont l’heure se fige. Le temps s’arrête-t-il ? La montre est-elle cassée, trop abîmée par les années ? Quoiqu’il en soit, la vie perdure et cette femme continue à vaquer à ses occupations. Jusqu’au moment où elle se rend dans l’appartement de son amie qu’elle découvre étendue sur le sol. On ne comprend pas : que s’est-il passé ? qui est cette femme ? est-elle morte ? Cet événement enclenche alors le mécanisme du film et il n’est plus possible de revenir en arrière.

Cette première séquence installe tous les thèmes du films : la vieillesse, le temps qui passe, la solitude, la mort ; mais aussi le ton horrifique et fantastique. En l’espace de quelques minutes, Paco Plaza arrive à plonger le spectateur dans l’univers étrange de son histoire et un sentiment de malaise s’installe.

Un huis clos angoissant

Par la suite, La Abuela prend des tournures de film d’horreur : des événements sans aucune explications rationnelles se produisent, la tension monte, le spectateur grince des dents. Pilar devient un personnage inquiétant dont on ne sait rien et qui plus est ne peut plus parler à cause d’un accident irrémédiable. Elle est obligée d’être assistée au quotidien et c’est sa petite fille, Susana (Almudena Amor), qui s’occupe d’elle. Deux générations tentent alors de cohabiter dans un appartement.

Cet appartement de Madrid devient le décor principal. Même si quelques séquences se passent en extérieur, le film se base sur un huis-clos. L’appartement devient inquiétant, il n’y fait plus bon vivre. L’angoisse monte chez Susana prise au piège, enfermée avec une grand-mère qui la terrorise de plus en plus. L’exiguïté des lieux oblige le réalisateur à adapter les plans, le positionnement de la caméra. Tous les mouvements ne sont pas envisageables et ces contraintes nourrissent le film, faisant de l’appartement un véritable personnage qui « dirige un peu le film » comme l’explique Daniel Fernandez Abello, le directeur de la photographie. Cette oppression se transmet au spectateur, qui tout comme Susana, est totalement incapable d’en sortir.

Un film sur la vieillesse

La Abuela se présente comme horrifique et fantastique. C’est du moins l’impression première qu’en tirera le spectateur. Cependant, derrière ses apparences terrifiantes et maléfiques, La Abuela fait de la vieillesse son sujet principal. Le rapport au corps est mis au centre de toute l’intrigue, devenant le sujet même de l’angoisse pour la protagoniste. Susana est hantée par l’idée de vieillir et Paco Plaza le montre grâce à de nombreux plans sur des miroirs. Elle s’inspecte méticuleusement, pose des antirides, se contemple dans une glace ou encore sur les affiches où elle apparaît comme modèle. L’idée même de vieillir lui est insupportable, au point qu’elle se voit se transformer en une personne âgée dans ses rêves.

C’est ce rapport au temps, à l’âge, à la vieillesse que Paco Plaza a souligné dans son film. « La grand-mère est une dame possédée par la vieillesse – le diable – parce que dans notre société nous avons diabolisé la vieillesse ». Tels sont les propos du réalisateur. Notre société est hantée par l’idée de vieillir. La dégradation physique fait peur, elle obnubile toute personne. Voir son corps soumis aux effets du temps est insupportable. Susana est victime de son corps et du regard qu’on lui porte. Enfermée dans son corps de mannequin séduisante et belle, elle subit ses propres charmes. Son apparence la détruit moralement, au point qu’elle se compare à des mannequins plus jeunes sur Instagram.

La Abuela donne à la vieillesse une place centrale. C’est ce qui fait son originalité et sa force. La relation entre Susana et sa grand-mère donne naissance à de très belles scènes, comme lorsque Susana lave Pilar dans la baignoire. Son corps ridé est dévoilé, Susana prend le temps de le nettoyer, le gant de toilette court tout au long des membres. En jouant sur cette relation, Plaza fait monter la tension : la jeunesse vaincra-t-elle la vieillesse ou sera-t-elle dévorée par les années ?

Aller voir La Abuela, c’est aller voir un film sur le temps qui passe plus qu’un film d’horreur. « La Abuela parle de cette incapacité à revenir en arrière. »

 

Visuel : © Jorge Alvariño

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Lucine Bastard-Rosset

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