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[Critique] « Helmut Newton l’effronté », fascinant voyage dans l’univers du photographe de mode

[Critique] « Helmut Newton l’effronté », fascinant voyage dans l’univers du photographe de mode

13 juillet 2021 | PAR Julia Wahl

Sort demain en salles un passionnant documentaire sur le photographe de mode Helmut Newton : Helmut Newton l’effronté.

 

Un film fascinant

La voix de Newton, lors de la première séquence du film, nous met en garde : les films sur les photographes sont en général boring. Mais Gero von Boehm a formidablement relevé le défi, le spectateur suivant avec curiosité et avidité ce documentaire consacré au sulfureux photographe de mode.

C’est notamment grâce à un savant dosage de témoignages d’anciennes modèles du photographe – parmi lesquelles Isabella Rossellini, Grace Jones ou Hannah Schygulla -, d’interviews de l’artiste lui-même et de lents mouvements de caméra sur ses clichés que le film parvient à renouveler sans cesse la fascination du spectateur pour cet artiste hors normes.

« A naughty boy » ?

La pluralité de ces témoignages permet d’interroger la réputation sulfureuse du photographe. Au premier rang de ceux-ci, celui de sa femme, June, qui le dépeint comme un naughty boy (ce sont ses propres mots). De fait, Helmut Newton prend plaisir, quand on lui demande de faire des photos mettant en valeur des bijoux de Bulgari, à les photographier aux côtés d’une carcasse de poulet… Ce qui, bien entendu, fit grincer des dents le commanditaire. Ou encore, à photographier un sac-poubelle à la place d’une « jolie fille » sur une plage, à associer des prothèses à de longues jambes de mannequin… Résolument, Helmut Newton se joue des attentes.

Une « effronterie » que l’air du temps, qui est alors à la libération sexuelle, rend toutefois acceptable.

Le photographe et ses modèles

C’est que, en effet, sa marque de fabrique est la photo de nu. Un nu détourné, certes, mais un nu tout de même. C’est là qu’interviennent les témoignages de ses modèles : on est frappé par le fait que toutes, de Charlotte Rampling à Grace Jones en passant par Claudia Schiffer, déclarent s’être senties « en confiance » avec lui. Marquants sont ainsi les mots de Marianne Faithfull, qui indique avoir pu poser pour lui sans honte aucune, alors même qu’elle était, et est encore, d’une grande pudeur.

Nul abus de pouvoir non plus chez ce photographe entouré de jolies (très) jeunes femmes : toutes insistent sur le fait qu’il n’a jamais tenté de profiter de sa position pour obtenir leur faveur.

Une œuvre ambivalente ?

Peut-être est-ce finalement ce consensus qui gêne : les aspects indéniablement misogynes de ses photographies – avec des femmes dominées ou inquiétantes – sont balayés d’un revers de main par nombre de ses « victimes », qui insistent – rien de neuf sous le soleil – sur la discordance entre l’homme et l’artiste, voire prétendent que la misogynie est un fait social, que les photographies de Helmut Newton ne feraient que révéler. Un plaidoyer un peu facile, qui occulte le caractère performatif de telles œuvres.

Aussi regrette-t-on la faible place accordée à ses détracteur.rice.s, puisque seules ses partisanes ont voix au chapitre. Seule exception : un magnifique, mais trop court, face-à-face chez Pivot avec Susan Sontag.

Il n’en demeure pas moins que ce documentaire parvient à rendre compte de la multiplicité des enjeux et des influences du photographe et exerce sur son spectateur la même fascination que les photos de l’artiste.

Visuel : © The Helmut Newton Estate / Maconochie Photography

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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