Fictions

« Debriefing » de Susan Sontag: une auteure américaine à (re)lire

« Debriefing » de Susan Sontag: une auteure américaine à (re)lire

25 novembre 2017 | PAR Julien Coquet

La réédition de dix nouvelles de Susan Sontag chez Christian Bourgois éditeur nous a donné envie de replonger dans l’univers de cette écrivaine américaine. Bien nous en a pris.

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Susan Sontag (1933 – 2004) est surtout connue pour ses essais : Sur la photographie, publié en 1977, est peut-être son livre le plus connu. Son engagement politique à gauche et ses accointances avec certains intellectuels français comme Roland Barthes la placent comme une figure importante de la littérature américaine. Ses nouvelles, quoique moins connues, sont pourtant de très bons exercices styles.

On passera rapidement sur deux nouvelles assez pénibles sur le plan stylistique : « Scène épistolaire », où elle lie tant bien que mal différents auteurs de lettres, et « Visite non guidée », bribes sur le voyage plutôt que véritable réflexion. Une autre nouvelle sur le voyage, bien plus stimulante, s’intitule « Portrait d’un voyage en Chine ». La narratrice y évoque sa passion pour la Chine (« Toute une archéologie de désirs. ») : les trous qu’elle creusait jeune pour rejoindre l’autre côté de la Terre, les livres qui la ramènent toujours au pays de Mao, son passé inventé, etc. Susan Sontag, grâce à un style qui mêle listes, pensées, réflexions philosophiques, remarque que ce n’est pas tant le voyage qui importe, mais la préparation de celui-ci, la vision que l’on se fait du pays et les idées préconçues (parfois des clichés) : « Peut-être vais-je écrire le récit de mon voyage en Chine avant d’y partir ».

D’abord publiées dans la Partisan Review, Harper’s Bazaar, la American Review, Playboy et The New Yorker, certaines nouvelles ont pour point commun la volonté d’être libre. Tel cet homme bloqué dans une ennuyeuse vie et qui décidé de se créer un clone : « Ma situation était devenue insupportable, j’ai décidé de prendre des mesures pour y remédier ». Ou encore « Docteur Jekyll » qui revisite le mythe de Robert Louis Stevenson : « Je vis une vie…où tout est prévu. Il ne m’arrive jamais rien d’inattendu. SI tu préfères, je sais tout ce qui va m’arriver ».

Le recueil de dix nouvelles se clôt par la nouvelle la plus puissante de Debriefing, où Sontag déroule un brillant panoramique de New York, ville où elle est née et où elle est morte. Divisée en « Ce qui ne va pas », « Ce que les gens essaient de faire » ou encore « Ce qui soulage, tranquillise, aide », « Exposé » fait le portrait de trois Doris, trois femmes dans des situations difficiles, et est entrecoupé de diverses réflexions sur les souvenirs ou la prise de décision. C’est sûrement un cliché que d’écrire que Susan Sontag nous propose là une « belle leçon de vie », pourtant, c’est ce que fait la grande majorité des nouvelles de ce recueil, et ce d’une belle manière.

Debriefing, Susan Sontag, Christian Bourgois éditeur, 400 pages, 15 euros

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