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[Critique] »Hormona », la chair et les glaires chez Bertrand Mandico

[Critique] »Hormona », la chair et les glaires chez Bertrand Mandico

27 août 2015 | PAR Olivia Leboyer

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L’an dernier, la sortie en salles de Boro in the box (présenté à la Quinzaine) de Bertrand Mandico avait suscité beaucoup d’intérêt. Avec Hormona, le cinéaste nous propose une incursion dans son imaginaire sexuel, peuplé de choses gluantes et troubles. Une belle découverte, en salles dès le 2 septembre.

[rating=4]

Bertrand Mandico travaille la matière, les sensations, nous livrant des images étonnantes, à la lisière du fantastique. Hormona constitue une petite trilogie, imprégnée de tristesse et de désirs étranges.

Dans Prehistoric Cabaret (10 min), Elina Löwensohn, muse de Mandico, se livre en pâture à un petit club d’hommes blasés, à peine curieux : la voici qui pratique une coloscopie de fond. L’intérieur du corps est dévoilé, étalé, dans une indifférence presque impolie, et le petit film distille une mélancolie tenace.

Le second court, Y a-t-il une vierge encore vivante ? (9 min), peint une Jeanne d’Arc à rebours de l’imagerie consacrée. Ici, Jeanne, dépucelée par un cheval, erre dans une sombre forêt et, prise d’une pulsion soudaine, se penche sur un cadavre à demi-vierge. Les humains et les arbres mêlent leurs fluides dans un climat de conte mortifère et oppressant.

Notre-Dame des Hormones, en une demi-heure très dense, nous introduit encore dans une forêt mystérieuse : cette fois, ce sont deux actrices, Lautre et Lune (Elina Löwensohn et la belle Nathalie Richard, que l’on a toujours plaisir à retrouver) qui, sous des racines, exhument une chose bizarre. Lune (Nathalie Richard) se sent fortement attirée par la chose, une sorte de boule visqueuse et palpitante avec un embout ressemblant un peu à un sexe. La créature informe bouge légèrement, couine gentiment, dresse sa tentacule comme le ferait un chiot. Répugnante et émouvante, la chose requiert des soins. Fantasme trouble, la chose concentre la rivalité des deux femmes, poussée à son paroxysme. Il y a du Marco Ferreri dans cette attirance triste et sans raison. C’est d’ailleurs la voix de Michel Piccoli qui nous guide.

Hanté d’images indélébiles, l’imaginaire de Bertrand Mandico a quelque chose d’impérial et de désolé.

Hormona, de Bertrand Mandico, France, Ecce Films, 2015, 49 min : Prehistoric Cabaret (10 min, 2013, avec Elina Löwensohn), Y a-t-il une vierge encore vivante ? (9 min, 2015, avec Elina Löwensohn), Notre-Dame des Hormones (30 min, 2014, avec Elina Löwensohn et Nathalie Richard, voix de Michel Piccoli). Sortie en salles le 2 septembre 2015.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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