A l'affiche

[Critique] « Xenia » : l’épopée fantasque de deux frères marginaux dans une Grèce hostile en crise

[Critique] « Xenia » : l’épopée fantasque de deux frères marginaux dans une Grèce hostile en crise

19 juin 2014 | PAR Gilles Herail

Xenia a l’énergie, le fourmillement et l’énervement d’un premier film. Mêlant des thèmes politiques, sociétaux, familiaux, le film possède un vrai rythme et tient son mélange de comédie et de drame, de réalisme et de fantasque. Cette plongée dans la Grèce en crise suivant deux personnages marginaux traçant leur chemin dans un monde hostile est imparfaite mais attachante.

[rating=3]

Synopsis officiel : A la mort de leur mère, Dany et son frère Odysseas, 16 et 18 ans, prennent la route d’Athènes à Thessalonique pour retrouver leur père, un Grec qu’ils n’ont jamais connu. Albanais par leur mère, ils sont étrangers dans leur propre pays et veulent que ce père les reconnaisse pour obtenir la nationalité grecque. Dany et Ody se sont aussi promis de participer à un populaire concours de chant qui pourrait rendre leur vie meilleure. Ce voyage mettra à l’épreuve la force de leurs liens, leur part d’enfance et leur amour des chansons italiennes.

Le réalisateur Panos H Koutras s’était fait connaitre notamment avec « L’attaque de la Moussaka Géante », une comédie décalée et surprenante. Son nouveau long, Xenia s’inscrit dans un contexte marqué. La crise en Grèce, le déclin, la montée des néo-nazis et l’errance d’un pays qui chute toujours et encore depuis plusieurs années. Le réalisateur n’a pourtant pas choisi le misérabilisme, la chronique sociale ou le film à thèse. La crise et l’intolérance sont bien là mais les deux héros du film incarnent au contraire une alternative au marasme. Deux frères, albanais, l’un homosexuel affirmé, l’autre sur le point de perdre ses papiers. Tous les deux marqués par l’absence du père et l’admiration d’une mère, chanteuse, dont le fantôme hante tout le film. L’univers est artistique, immigré, gay, et s’émeut à l’écoute de vieux classiques italiens plutôt que de pop contemporaine.

Xenia est un film plein de rythme, d’énergie, de débrouille plus qu’une comédie indépendante feel good. La chronique sociale qui s’esquisse pendant les premières minutes laisse vite place à une tonalité beaucoup plus extravagante, s’autorisant des bizarreries et des invraisemblances. Parfois Bonny and Clide quand les deux frères flirtent avec les limites. Parfois Slumdog Millionnaire quand l’objectif de l’épopée devient la participation à la Nouvelle Star Grecque. Parfois onirique avec le personnage de Dany, adolescent de 16 ans resté enfant, perdant parfois le fil entre le réel et le monde protecteur qu’il s’invente. Plus le film avance, plus le sujet devient la relation entre les deux frères, fusionnelle et profondément émouvante. Une relation qui s’exprime par la danse et la musique, qui sont au cœur du film. Xenia n’est pas exempt de défauts, mélange beaucoup de thèmes et se perd parfois. Mais c’est un film fier, avec des personnages debout, qui ne savent parfois pas où ils vont mais gardent un optimisme de résistance malgré leur chaos ambiant. A découvrir.

Gilles Hérail

Xenia, une comédie dramatique de Panos H Koutras avec Kostas Nikouli, Nikos Gelia et Yannis Stankglou, durée 2h08, sortie le 19 juin 2014

Visuels et bande-annonce officiels du film.
Le 20 juin, La Sacem vous ouvre ses portes
Play Me I’m Yours revient à Paris pour un mois !
Gilles Herail

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *