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[Critique] Quand Abel Ferrara décrit les derniers jours de Pier Paolo Pasolini

[Critique] Quand Abel Ferrara décrit les derniers jours de Pier Paolo Pasolini

14 décembre 2014 | PAR Yaël Hirsch

Avec peu de moyens mais un tact infini, Abel Ferrara dresse un portrait inspiré de Pier Paolo Pasolini juste avant son assassinat dans la nuit d’Ostie. Une pépite servie par un casting fabuleux, une photo envoûtante et une BO bouleversante. Sortie le 31 décembre.

[rating=4]

pasoliniDans les premiers jours du mois de novembre 1975, Pier Paolo Pasolini est de retour d’une conférence à Stockholm et rentre à Rome pour travailler à ses divers projets de livres et de films. Mais, le temps de lire les nouvelles, de faire quelques repas avec sa mère (Adriana Astià, de revoir son égérie Laura Betti (Maria de Meideros) d’organiser quelques chroniques et d’affirmer son intention de continuer à scandaliser, le poète et cinéaste est rattrapé par le destin, une nuit sombre et amoureuse, sur la plage d’Ostie.

Entré dans le film sur la passion selon Saint-Matthieu, le spectateur s’arrête au visage anguleux et impassible de William Dafoe, impeccable Pasolini. Du travail du maître, l’on comprend peu,mais ce qu’il dit de son art est aussi poétique qu’hypnotique,  et donne envie d’y retourner, 50 ans après et de découvrir les derniers travaux de ce mystique, provocateur, passionné par Sade.Tandis que la tension monte voluptueusement, portée par l’image sensuelle et souvent nocturne de Stefano Falivene, l’on sent petit à petit poindre, à l’arrière fond du luxe bourgeois de la famille de Pasolini, la violence inouïe des années de plomb. Avec tact et quasiment ferveur, Ferrara fait culminer le film dans une  violence à la fois pointée comme homophobe, enveloppée de l’archaïsme d’une Médée assassinant ses enfants. Il conduit délicatement son spectateur vers la sortie avec le glaçant et néanmoins très vivant air de Rosine du Barbier de Séville. Si la culture n’est qu’un vernis, la mémoire, elle, permet de creuser derrière la surface pour mieux lutter contre la pulsion de mort que Pasolini voyait déjà triompher dans nos sociétés capitalistes… Ceux que les dernières frasques de Ferrara (une fin de monde kitsch avec 4h44 et le grossier Welcome to New-York) avaient pu lasser seront heureux de voir le maestro rendre avec brio un hommage émouvant à l’une des figures clé de son Panthéon.

Pasolini, d’Abel Ferrara avec Willem Dafoe, Ninetto Davoli, Riccardio Scarmacio, Valerio Mastandrea, Adriana Asti et Maria de Medeiros, 84min, Capricci. Sortie le 31 décembre 2014.

visuel : photo officielle du film

visuel :affiche du film

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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