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[Tour de web] Outing

[Tour de web] Outing

14 décembre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Drôle de sensation inavouable. L’outing de Florian Philippot nous choque. Oui, même les plus grands des faschos ont le droit de garder secret leur intimité. Et vous pensiez que nous allions vous parler ce cela ?  D’un homme présent dans un parti homophobe qui s’oublie lui même, c’est pluôt triste au fond. Non. On va vous raconter aujourd’hui l’histoire de la laïcité confrontée à Noël qui refuse sa religiosité,  un  autre outing là encore lié au FN, et pourtant…

Noël, une fête païenne ?

Noël ne serait pas chrétienne. Ne le serait plus. L’argument est marketing, permettant aux laïcs et aux non chrétiens eux aussi de mettre un sapin décoré dans leur salon. C’est un double mensonge évident.  On pose la question à Google : Noël, une fête païenne ? Trois pages nous répondent négativement en rappelant que « Noël est fêté dans la nuit du 24 au 25 décembre et le 25 toute la journée. En tant que fête chrétienne, elle commémore chaque année la naissance de Jésus de Nazareth. À l’origine, il existait à cette date des festivités païennes marquant le solstice d’hiver, symbole de la renaissance du soleil. La fête chrétienne a été positionnée à la même date dans le but de remplacer ces fêtes et, symboliquement, pour associer la naissance du Christ à la notion de lumière croissante. » Noël trouve ses racines dans le païen mais l’argument ne tient pas avec l’actualité.

Les choses devraient être séparées, loi du 9 décembre 1905 obligée sans interférence entre le privé et le public. Mais l’actualité fait mentir la loi.

Les crèches de noël municipales

Depuis l’élection de Marie José Roig (UMP) en 1995, la Mairie d’Avignon n’a jamais changé de ligne: les santons sont des objets culturels provençaux et à ce titre la crèche, comme élément culturel et non cultuel aurait toute sa place dans le péristyle du temple de la laïcité. Élue jusqu’en 2014, on aura vu pendant près de vingt ans le petit Jésus faire son entrée sous le triptyque  » liberté, égalité, fraternité » sans que ça ne choque vraiment. La nouvelle maire, Cécile Helle (PS) a  l’objet dans l’église des Célestins. 

Pour l’extrême droite et les royalistes, mettre un objet de dévotion dans un lieu public est un acte militant.

« Au nom du principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, un tribunal avait ordonné le retrait d’une crèche de Noël installée dans le hall du conseil général de Vendée. Le département a décidé vendredi de faire appel, déclarant qu’il irait « jusqu’au bout », y compris « devant la cour européenne des droits de l’Homme, s’il le faut ». Nous sommes sur les terres qui avaient en leur temps été au cœur des révoltes anti 1989. Bruno Retailleau, le président du conseil général donne une définition tronquée de la laïcité qui selon lui « a été inventée pour assurer la concorde entre les Français, pas pour les diviser dans des querelles d’un autre temps ». Pas si vrai si on prend la définition de Fernand Buisson : « sécularisation des institutions politiques d’un Etat ». Liberté de culte chez soi, pas de signes ostentatoires dans les lieux publiques, respect du culte de chacun. Tout cela a l’air simple. Mais comme l’explique France TV, les exceptions sont nombreuses.

Le jeu du chat et de la souris

La crèche devient un symbole de lutte intéressant. Le maire d’Orange (FN, et désormais sans parti) Jacques Bompard. C’est à lire dans le Scan Politique du Figaro : « C’est ce que l’on appelle faire d’une pierre deux coups. Le député-maire d’Orange se veut à l’avant-garde du combat mené contre l’interdiction administrative des crèches dans l’espace public. Jacques Bompard en a donné de nouvelles preuves mercredi, en diffusant sur les réseaux sociaux les images de son dernier acte de «résistance» pour «la défense des traditions». L’élu a introduit dans son bureau l’Assemblée une mini-crèche de Noël cachée dans un petit képi de légionnaire. »

Pour le FN, la crèche est la Jeanne d’Arc de l’hiver. Pour repousser l’opposant laïc hors du territoire, Robert Menard refuse. France 3 raconte :

Pour le préfet, « l’installation d’une crèche dans la mairie est contraire aux dispositions constitutionnelles et législatives garantissant le principe de laïcité ». Il l’a invité à reconsidérer son projet, autrement dit à retirer la crèche de Noël sur le champ.
Le maire l’interprète autrement : »dans son courrier le préfet me demande de reconsidérer mon projet dans son principe ou dans ses modalités. J’ai choisi les modalités. J’ai placé cette crèche dans le cadre de l’ensemble de la politique culturelle de la ville des fêtes de fin
d’année », a répondu M. Ménard, ajoutant à l’AFP qu’il avait envoyé un courrier au préfet et qu’il attendait « désormais son avis ».

De son côté, et cité par le journal d’extrême droite Valeurs Actuelles ;: « Le Député Eric Ciotti, a fait installer, sur la façade du conseil général des Alpes-Maritimes, qu’il préside, une bâche invitant tous les habitants à découvrir les crèches de Noël du village de Lucéram, que les habitants ont l’habitude de déposer devant leur porte depuis une dizaine d’années. Ciotti, qui a toujours financé et soutenu l’événement, auquel plus de 450 personnes ont participé en 2013, a tenu également à inscrire un “Joyeux Noël” sur la bâche en guise de provocation. « On va bientôt interdire les galettes des Rois et les sapins de Noël ? »

Effectivement, la crèche de la Nativité semble être vidée de sa mission pour ne devenir qu’un objet de controverse et d’opposition au gouvernement. ce Tour de web interroge car il montre comment en ce qui concerne le culte chrétien, les choses ne sont pas encore réglées 109 ans après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Le symbole de l’ex cité des Papes est frappante. 19 ans d’un bafouement ostentatoire de la Loi  et un choc qui n’intervient que maintenant, dans une ère où la censure tente de faire entendre sa voix, heureusement sans succès.

>Vive la République !

Visuel : ©page facebook de Touche pas à ma crèche

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

2 thoughts on “[Tour de web] Outing”

Commentaire(s)

  • Erwann

    Quelle mauvaise Foi…

    juillet 31, 2015 at 20 h 08 min
  • Erwann

    Et votre site s’appelle « Toute la Culture » ? Rien que ça ?

    juillet 31, 2015 at 20 h 09 min

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