A l'affiche
[Critique] « Le pont des espions » : retrouvailles mineures de Steven Spielberg et Tom Hanks

[Critique] « Le pont des espions » : retrouvailles mineures de Steven Spielberg et Tom Hanks

05 décembre 2015 | PAR Gilles Herail

Steven Spielberg retrouve une nouvelle fois Tom Hanks dans un thriller d’espionnage revenant sur un épisode méconnu de la guerre froide. Malgré l’ambition de proposer un spectacle à la Argo de Ben Affleck, le bel équilibre entre thriller, humour et humanité de la 1ère heure tourne malheureusement au grotesque et au larmoyant par la suite. Spielberg nous a habitué à beaucoup mieux et Bridge of Spies ne fera pas date dans sa filmographie.

[rating=2]

Extrait du synopsis officiel : James Donovan, un avocat de Brooklyn se retrouve plongé au cœur de la guerre froide lorsque la CIA l’envoie accomplir une mission presque impossible : négocier la libération du pilote d’un avion espion américain U-2 qui a été capturé.

Depuis les années 1990, la filmographie de Steven Spielberg est marquée par une forme de schizophrénie. Alternant des films de divertissement (Indiana Jones, Tintin) et des drames en costumes revenant sur des périodes charnières de L’Histoire (Munich, Lincoln, Cheval de Guerre, etc.). Le pont des espions se propose en quelque sorte de réunir ces deux facettes, en revenant sur un épisode méconnu de la guerre froide, tout en s’autorisant une tonalité légère. Le récit, inspiré d’une histoire vraie, suit la transformation très Spielberguienne d’un homme normal en héros malgré lui, porté par la force de ses convictions. Et sa croyance quasi religieuse dans les valeurs de la constitution américaine. Le parallèle avec l’actualité française saute aux yeux car Le Pont des Espions défend avec force le respect de l’Etat de droit et le droit de chacun à être jugé de manière équitable, y compris en temps de guerre.

Tom Hanks incarne cet avocat habile à défaut d’être brillant, négociateur efficace plutôt que star du barreau. Un professionnel consciencieux qui va prendre une autre dimension en acceptant de défendre un espion russe risquant la peine de mort. Dans un contexte de chasse aux sorcières où l’opinion publique américaine, nourrie à la propagande anti-URSS, ne serait pas contre un  jugement hâtif pour l’exemple. La première heure du Pont des espions, joue la carte de la chronique acidulée du post-McCarthysme en prenant la forme d’un film de procès. Avec une vraie jubilation, permettant au film d’être à la fois pédagogique et ultra divertissant. La séquence d’ouverture est magistrale, la musique étonnamment discrète et le dosage parfait entre thriller et comédie. Car Spielberg nous raconte également l’histoire d’une rencontre improbable. Celle d’un avocat croyant dur comme fer aux valeurs de la Constitution qui va se lier d’amitié avec son client, interprété par Mark Rylance. Un espion russe qui n’en n’a pas l’air, vieil homme mutique mais malicieux, gentleman discret et parfaitement éduqué. Un artiste peintre à l’accent anglais maniant à merveille un humour pince-sans-rire qui désarçonne puis séduit son avocat.

Les échanges entre ces deux personnages attachants qui partagent une même vision de la loyauté auraient suffi à notre plaisir. Mais le scénario leur ajoute une autre intrigue, beaucoup moins réussie. Une deuxième heure qui vient casser tout le travail d’ambiance de la première partie et nous envoie sur les traces d’un improbable échange d’otages en Allemagne de l’Est. Spielberg perd alors son élégante décontraction et son humanisme pudique dans une farce d’espionnage souvent grotesque. Les seconds rôles se retrouvent en roue libre et la contextualisation sur la guerre froide évite toute nuance. Dans une vision caricaturale quasi parodique et un Berlin de carton pâte auquel on ne croit pas un instant. L’humour est lourdingue et les moments d’émotion sont appuyés par des violons pompiers. Laissant au final une impression plus que mitigée malgré les très  beaux instants du début. Spielberg vaut mieux que cela.

Gilles Hérail

Le pont des espions, un film d’espionnage de Steven Spielberg avec Tom Hanks et Mark Rylance, durée 2h12, sortie le2 décembre 2015

Visuels : © photos officielles et affiches officielles des films
En quête de plaisirs olfactifs : IDscent
« Wheeldon / McGregor / Bausch » : entre création et pièce culte
Gilles Herail

One thought on “[Critique] « Le pont des espions » : retrouvailles mineures de Steven Spielberg et Tom Hanks”

Commentaire(s)

  • Dam Filip

    C’est le premier commentaire un peu négatif que je lis sur ce film! A ma grande surprise! En effet,pour moi, il n’y a pas grand chose à sauver là-dedans. A sa vision, je me suis demandé, mais pourquoi donc, Spielberg a-t-il voulu faire ce film?
    Le film en contient en fait 2. Le premier, l’histoire du procès, et le deuxième l’échange de prisonniers à Berlin. 2 en 1, donc. Comme une action promotionnelle à Carrefour! Ce qui fait que tout est survolé à la hâte. Rien n’est développé. Et à la fin, on découvre que tout ceci était en fait plutôt une sorte de biographie ( hagiographie??) de Donovan. Il aurait-été plus juste et judicieux d’appeler le film  » Donovan », d’ailleurs. Chez Spielberg, il y a toujours plein de bonnes idées de réalisation ( voir l’introduction du film sans dialogues), de bonnes trouvailles. Mais bon, tout cela ne fait pas un film, ça reste simplement des bonnes idées. Alors dans le pont des espions, il en met pleins de ces bonnes idées, qui finissent par devenir des mauvaises idées. Par exemple, à un moment, Donovan se fait poursuivre par quelqu’un sous la pluie. Un suspense est créer. Qui est-ce? Est-il dangereux? Tom Hanks se cache derrière une voiture, sans succès, et les deux se retrouve simplement dans un café à discuter. Alors pourquoi? Pourquoi cette petite scène juste finalement un peu rigolote? Pour pas grand chose! Et tout le film est truffé de ce genres de scène anecdotiques! On voit même un pilote se crashé dans un avion ultra-secret ( magnifiques images au demeurant), mais qui ne servent pas l’histoire! Et, le comble , quand on en arrive au deuxième film à Berlin, tout suspense a quasi disparut! Car l’ambiance distillée depuis l’apparition de Tom Hanks, sympa, rigolo, sentimentale, a enlevé toute illusion sur le dénouement de l’histoire. Ce sera un gros happy-end! Tout dans le film concours, participe à cette certitude! Alors, on s’en fout! On regarde mollement la chose se dérouler. C’est agréable, joli, et assez ennuyeux. Et, à la fin, écœurant. Le plan sur Donovan couché sur son lit sous le regard admiratif de sa femme, celui dans le train qui fait écho à la même scène à Berlin (des gens passe par-dessus un grillage dans le premier, passe par-dessus le mur de Berlin dans le deuxième et se font abattre), on peine vraiment à y voir un deuxième degré, une ironie, un peu d’intelligence! Non! C’est plat et indigeste avec une morale à deux balles! Et j’en reviens à mon questionnement du début: Mais pourquoi Spielberg à fait ce film? Qu’est ce qu’il veut nous dire? Parce que il veut nous dire quelque chose, c’est évident! On n’est pas dans Indiana Jones ici!

    janvier 8, 2017 at 16 h 27 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *