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[Critique] « Ex Machina », un film d’anticipation calibré pour séduire

[Critique] « Ex Machina », un film d’anticipation calibré pour séduire

04 juin 2015 | PAR Hugo Saadi

Scénariste de Sunshine, 28 jours plus tard ou Never Let Me Go, Alex Garland passe derrière la caméra pour la première fois avec Ex Machina. Remarqué lors de sa campagne promotionnelle sur le réseau de rencontres Tinder (ils avaient créé un faux compte à l’image de l’humanoïde du film), ce premier coup d’essai possède de nombreuses qualités, mais pèche par son récit, trop limpide.

[rating=3]

Plongé dans l’univers robotique de Garland, le spectateur découvre rapidement les enjeux posés par le film : Caleb, jeune programmateur de 24 ans d’une des plus importantes entreprises d’informatique au monde, gagne le concours de sa boîte pour passer une semaine en compagnie de Nathan, le PDG, dans son « bunker » perdu en pleine nature. Il fera la connaissance de Ava, la première intelligence artificielle, dont il ne sera pas insensible à la belle plastique. Caleb est amené à effectuer de nombreuses sessions avec elle afin que Nathan observe les aptitudes de développement du robot …

Les tête-à-tête s’enchaînent, se ressemblent et deviennent de plus en plus prévisibles. L’analyse des humains et des relations hommes / femmes sont au cœur des discussions qui peinent à intriguer. Heureusement quelques coupures de courant viennent dynamiser et rehausser le niveau des sessions. Dans cet univers où l’intelligence artificielle est sur le point de révolutionner les relations humaines, le réalisateur tourne longuement autour de son sujet et le dilue à fortes doses dans une esthétique – certes superbe – mais trop recherchée et surplombant l’intérêt premier du film. En effet, c’est cet esthétisme qui donne au film une aura que ce soit au niveau de la bande originale d’où se dégage une tension ou des décors remarquables. Car Ex Machina est un quasi huis-clos où l’intrigue se déroule dans une maison au design épuré où la nature est centrale, mais parfois peu visible. Sans fenêtre, la chambre de Caleb a des allures de bunker, l’ensemble des portes est contrôlé par des cartes magnétiques et le peu de sorties extérieures effectuées par les protagonistes étouffent le spectateur qui se verra respirer que dans le final. Un final qui se voudra sans demi-mesure et loin d’être prévisible.

Côté performances, il ne fallait pas faillir tant le film repose essentiellement dessus. Oscar Isaac, en grande forme depuis Inside Llewyn Davis (il en imposait en fin d’années 2014 dans A Most Violent Year) trouve là un rôle à son calibre. Crane rasé et barbe fourni, il mélange les humeurs passant du pote au patron diabolique. Domhnall Gleeson, remarqué lui dans la comédie Il était temps, n’a pas ce petit côté nerd qui aurait été un plus pour son personnage, mais possède cependant le charisme et l’innocence qu’il convient pour s’enticher d’un robot … Et c’est enfin Alicia Vikander, la jeune femme qui interprète Ava, surprend le plus, démembrée, sans cheveux, elle reste séduisante et arrive à capter l’attention tout en instaurant une froideur au métrage.

Ex Machina, un film d’Alex Garland, avec Domhnall Gleeson, Oscar Isaac et Alicia Vikander, film de science-fiction américain, 1h48. Sortie le 3 juin 2015.

© Universal Pictures

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