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[Critique] du film « Swagger » Carnets intimes de collégiens de banlieue

[Critique] du film « Swagger » Carnets intimes de collégiens de banlieue

19 novembre 2016 | PAR Gilles Herail

Olivier Babinet prend habilement ses distances avec le genre documentaire pour mieux donner la parole aux élèves d’un collège de banlieue parisienne. Swagger présente des (auto) portraits intimes plein de sensibilité pour partager des ressentis, des frustrations et des rêves. Qui s’illustrent à l’écran par des témoignages et des intermèdes joués (voire dansés!) qui font de chaque jeune un héros de sa propre vie. Notre critique. 

[rating=4]

Extrait du synopsis officiel : Swagger nous transporte dans la tête de onze enfants et adolescents aux personnalités surprenantes, qui grandissent au coeur des cités les plus défavorisées de France. Le film nous montre le monde à travers leurs regards singuliers et inattendus, leurs réflexions drôles et percutantes. En déployant une mosaïque de rencontres et en mélangeant les genres, jusqu’à la comédie musicale et la science-fiction, Swagger donne vie aux propos et aux fantasmes de ces enfants d’Aulnay et de Sevran. Car, malgré les difficultés de leur vie, ils ont des rêves et de l’ambition. Et ça, personne ne leur enlèvera.

Olivier Babinet a imaginé un dispositif hybride, entre documentaire et fiction, pour mieux donner la parole à une dizaine de collégiens de la banlieue parisienne. Swagger rejoint Divines dans son ambition de ne pas réduire les quartiers et leurs habitants à du gris et du triste. En laissant les jeunes parler de leurs rêves et en s’échappant du carcan « réaliste » grâce à des intermèdes joués (voire dansés!) où les « sujets » deviennent de vrais héros de cinéma. Chaque témoignage est unique, présentant des parcours très différents dans des entretiens que le cinéaste s’est attaché à ne pas formater. Le parti-pris est à l’auto-portrait plutôt qu’au regard extérieur, à l’intime plus qu’au sociologique, avec un résultat qui étonne par son humanité et sa richesse.

Swagger prend le temps de découvrir chacun des jeunes qui participent au projet. Autant de caractères, d’ambitions, de frustrations ou d’envies qui nous rappellent l’expérence des Habitants de Raymond Depardon, qui laissait également une très grande liberté aux personnes ayant accepter de se livrer. Il y a Régis, jeune garçon flamboyant passionné de mode, qui assume un style Fashion-week à mille lieues du jogging/capuche et parle avec passion des Feux de l’amour. Paul, originaire de Pondichéry, qui a dépassé ses difficultés d’intégration (peu d’indiens dans le coin) et fait dorénavant preuve d’un incroyable charisme discret. Il y a des timides et des exhubérants, certains sûrs d’eux, d’autres qui se cherchent. Mais tous brillent à l’écran avec la même force et la même sensibilité.

Swagger aborde en toile de fond des sujets sociétaux, sur la place de la religion (qu’elle soit catholique ou musulmane), le rapport au politique, la perception de l’identité et de la place dans la société française, les relations de fantasme ou de rejet avec le pays d’origine. Mais Olivier Babinet n’oriente pas les discours et n’impose jamais sa vision des choses, laissant aux collégiens le soin de définir eux mêmes leur ressentis. Leur permettant de se mettre en scène, comme des héros de cinéma, invitant de la science-fiction, du thriller et même de la comédie musicale entre les témoignages face caméra. Le résultat est étonnant, très mis-en-scène (la photo est splendide), plein d’émotions (et de rires!), libérant une parole ni trop sérieuse ni trop superficielle. A voir absolument!

Gilles Hérail

Swagger, un (faux) documentaire français de Olivier Babinet, durée 1h24, sortie le 16/11/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film
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Gilles Herail

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