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[Critique] « Comment c’est loin » Orelsan et Gringe dans une chronique sincère de loose et de rap

[Critique] « Comment c’est loin » Orelsan et Gringe dans une chronique sincère de loose et de rap

12 décembre 2015 | PAR Gilles Herail

Les Casseurs Flowters (Orelsan et Gringe) passent sur grand écran pour filmer la loose et le rap. Malgré quelques trouvailles, Comment c’est loin ne cherche pas la pure comédie et propose au contraire une attachante chronique du quotidien de deux paumés qui tentent de reprendre leur vie en main. Avec la création musicale et l’amour du rap en toile de fond. Un premier film personnel, modeste, sincère et souvent touchant.

[rating=3]

Extrait du synopsis officiel : Après une dizaine d’années de non-productivité, Orel et Gringe, la trentaine, galèrent à écrire leur premier album de rap. Leurs textes, truffés de blagues de mauvais goût et de références alambiquées, évoquent leur quotidien dans une ville moyenne de province. Le problème : impossible de terminer une chanson.

Le passage des rappeurs au cinéma s’est plusieurs fois soldé par de vraies bonnes surprises. Eminem avait mis la barre assez haut avec l’excellent 8 Mile, qui reste une des références du genre. Abd Al Malik avait également impressionné dans Qu’Allah bénisse la France. Retraçant l’adolescence de l’artiste dans les quartiers HLM de Strasbourg, sa passion des lettres, sa découverte de l’Islam et ses débuts dans le hip-hop. Le premier film d’Orelsan s’appuie lui sur un univers déjà bien déterminé que le grand public a pu redécouvrir avec la pastille « Bloqués » de Canal Plus . Deux « casseurs flowters » sortis de leur ville moyenne, deux blancs qui font du rap en Normandie en racontant avec humour (et accent) leur addiction à la glande. Orelsan est très vite devenu le chouchou de la presse, avec son côté sale gosse un peu cynique, adepte du second degré. Comment c’est loin évite pourtant de se complaire dans une forme de distanciation facile et joue au contraire la carte de la sincérité.

Le script tient sur un fil rouge très ténu qui reprendre la formule du « compte-à-rebours »  de La Haine. 24 heures pour retrouver l’inspiration et réaliser un morceau, sous la pression de leurs producteurs. Une journée pour se débarrasser de la tentation du vide et se remettre à composer. La complicité des deux protagonistes a fait ses preuves et les joutes verbales décalées et souvent absurdes des deux larrons gagnent encore en efficacité. Les emmerdes s’accumulent, les mauvais choix se succèdent et la loose colle à la peau d’adulescents accrochés à leur médiocrité. Comment c’est loin doit gérer quelques problèmes de rythme car sa chronique de l’ennui joue sur la nonchalance, les silences, les temps longs et la répétition. Orelsan s’en tire pourtant plutôt bien, ne cédant pas à l’égo-trip autiste.

La morale est appuyée mais sincère. Trouvant dans la création musicale et le bonheur d’écrire le coup de pied dans le cul nécessaire pour se remettre en selle. Les scènes d’écriture sont très réussies,  portées par la jubilation du bon mot et de la punchline qui claque. La joie de deux sales gosses plein de talent qui peuvent créer de belles choses dès qu’ils parviennent à finalement se bouger. Le scénario ajoute à cette passion contagieuse du rap un regard mélancolique sur l’environnement périphérie des villes moyennes de province. Où gravitent des seconds rôles très bien croqués, du patron d’hôtel un peu raciste et complètement à l’ouest à une mamie-muse tout droit sortie de Groland. Les allergiques aux casseurs flowters auront surement du mal à adhérer mais Comment c’est loin est incontestablement une bonne surprise.

Comment c’est loin, une comédie française d’Orelsan avec Gringe, durée 1h30 sortie le 9 décembre 2015

Gilles Hérail

Visuels : © photos officielles et affiches officielles des films
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Gilles Herail

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