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« Civilisation » d’Orelsan : l’album du changement

« Civilisation » d’Orelsan : l’album du changement

08 décembre 2021 | PAR Blaise Campion

Depuis sa sortie le 19 novembre dernier, le quatrième album d’Orelsan, Civilisation, a rencontré un succès record en terme de ventes. Dans ce nouvel opus, le rappeur de 39 ans semble avoir pris en maturité et profiter de son statut d’artiste confirmé pour se permettre plus de liberté dans sa musique.

Une stratégie marketing sur mesure

160 000 exemplaires vendus en 10 jours. Voilà comment s’est écoulé à sa sortie Civilisation d’Orelsan, qui offre déjà à l’artiste le record des ventes pour l’année 2021, et inscrit l’album parmi les meilleurs démarrages de l’histoire du rap français. Outre les qualités musicales de l’artiste, ces chiffres sont aussi le fruit d’une stratégie marketing calibrée sur mesure, qui a su faire monter l’effervescence autour de l’événement. Un mois avant la sortie de Civilisation, Amazon Prime diffusait la série documentaire « Montre jamais ça personne » qui revenait sur le chemin parcouru en 20 ans de carrière par le rappeur. Réalisée par son frère, Clément Cotentin, en s’appuyant sur les vidéos qu’il a lui-même tournées, la série était l’occasion de rentrer dans l’intimité d’Orelsan, mais aussi de retracer par le prisme de son parcours toutes les évolutions qu’a connues la scène rap française ces dernières décennies.

Dans la même veine, l’artiste proposait, avant même la sortie de l’album, d’en précommander quinze version différentes, personnalisées en fonction des quinze morceaux qui le composent. Ainsi, rien qu’avec les préventes, l’album était déjà certifié disque d’or. Enfin, cinq « tickets d’or » ont été cachés dans cinq exemplaires, des sésames qui offrent un accès à vie à tous les concerts d’Orelsan. Le succès commercial a donc été sans surprise au rendez-vous. Quid de la musique ?

L’album du changement

Beaucoup ont dit de Civilisation qu’il était un album plus engagé que les précédents d’Orelsan. Le constat n’est pas illégitime, même si dans les interviews qu’il a données, le rappeur refuse ce qualificatif. Dans deux morceaux pourtant, Manifeste et L’odeur de l’essence, il partage une vision assez politisée de la société. Le premier, très réussi à notre humble avis, nous plonge pendant sept minutes dans l’atmosphère d’une manifestation qui tourne mal place de la République. Le narrateur y est arrivé sans le vouloir, mais est convaincu au fil des discussions et des péripéties qui rythment le titre, par l’engagement des manifestants (tout en pointant du doigt certaines hypocrisies et certains excès). Comme il l’explique dans l’émission « Titre à titre » de France Inter, le morceau suivant, L’Odeur de l’essence, a été imaginé comme la suite de Manifeste : après la manifestation, le narrateur aurait écrit un texte engagé pour essayer de changer les choses.

S’il n’est pas le plus musical de l’album, le morceau dresse un long constat politique et social avec le regard et l’écriture acerbes que l’on connaissait déjà au rappeur (par exemple dans Suicide social). C’est celui qui a fait jusqu’à présent le plus de bruit. Au-delà des titres « engagés », Orelsan semble surtout s’offrir plus de libertés pour s’éloigner un peu du rap à la recherche de sonorités plus proches de la pop. C’est le cas dans Bébéoa, titre très original, et dans Dernier Verre en featuring avec The Neptunes (Pharell Williams et Chad Hugo).

L’album du changement donc, aussi parce que l’artiste semble prendre de plus en plus de recul sur son parcours (voir les morceaux Shonen, et La Quête). Comme il le résume avec autodérision dans son feat avec Gringe, Casseur Flowters Infinity : « J’ai fait un album qui parle que d’ma meuf et de la société ». Un pari qu’il peut se permettre après tout le chemin qu’il a déjà parcouru.

Visuel : © Pochette de l’album

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