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[Critique] « A most violent year » : Oscar Isaac dans un brillant film noir sur l’illusion du rêve américain

[Critique] « A most violent year » : Oscar Isaac dans un brillant film noir sur l’illusion du rêve américain

03 janvier 2015 | PAR Gilles Herail

Le réalisateur de Margin Call (J.C Chandor) revient avec ce thriller économique prenant la forme d’un film noir New-Yorkais d’époque. Une fresque sur l’illusion du rêve américain parfaitement réalisée, brillamment interprétée et intelligemment pensée sur le fond. 2015 commence en fanfare!

[rating=4]

Synopsis officiel: New York – 1981. L’année la plus violente qu’ait connu la ville. Le destin d’un immigré qui tente de se faire une place dans le business du pétrole. Son ambition se heurte à la corruption, la violence galopante et à la dépravation de l’époque qui menacent de détruire tout ce que lui et sa famille ont construit.

J.C Chandor a soigné la forme et sa grande fresque a de la gueule. Film d’ambiance, de lumières, et de décors, le troisième film du réalisateur de Margin Call est un vrai bonheur cinéphile pour les amateurs de polars noirs d’époque. Une réussite qui aurait suffi à notre bonheur de spectateur en recherche d’un bon film du dimanche soir. Mais A most violent year, loin de se satisfaire de sa belle enveloppe, nous conte une histoire bien différente. Le destin d’un entrepreneur brillant, pétri de valeurs morales, croyant au plus profond de lui à un American Dream que le New-York des années 1980 piétine sans arrêt. Un ambitieux de conviction, un requin éthique, persuadé que son empire s’est construit proprement, par la force de son seul travail. Qui doit faire face à une accumulation d’ennuis mettant en péril ce qu’il chérit plus au monde: son entreprise, son statut et sa famille.

Le businessman charmeur, brillant et charismatique doit alors lutter, le dos au mur, dans un environnement délaissant le fair-play et l’honneur pour un cynisme opportuniste moins chevaleresque. Et c’est là qu’on reconnait la patte de J.C Chandor, décrivant comme personne les méandres du monde du business. Jouant avec les codes du film de gangsters, A most violent year décrit au contraire un anti-héros du genre, qui découvre que sa réussite fantasmée repose sur des bases moins claires. Oscar Isaac donne beaucoup de profondeur au personnage d’Abel, aussi naif sur ses croyances qu’exigeant à l’extrême envers ses proches, ses employés et lui même. Avec une vraie froideur, voire une certaine dureté acquise dans un parcours d’ancien immigré s’étant construit dans l’adversité.

A most violent year contient en réalité très peu de scènes de violence. Car la tension est larvée, le chaos latent, la peur et la paranoia en arrière fond. Une lente descente aux enfers, un cercle vicieux entraînant inéluctablement Abel à participer à un système qu’il exècre. A accepter le réalisme pragmatique de sa femme (Jessica Chastain). Fille de petit escroc s’étant donné un statut de Dame en épousant cet entrepreneur qu’elle respecte infiniment. S’arrangeant elle même avec la légalité pour que son mari garde les mains propres. A most violent year est une excellente surprise. Un divertissement de très grande qualité qui soigne ses personnages et utilise avec élégance des codes cinématographiques pour mieux les transgresser. A voir.

Gilles Hérail

A most violent year, un film américain de J.C Chandor avec Oscar Isaac et Jessica Chastain, durée 2H05, sortie le 31/12/2014

Bande-annonce et visuels officiels.

(Article modifié grâce à l’attention d’un de nos lecteurs! A most violent year est bien le troisième film de JC Chandor et non son deuxième).

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