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[Critique] « 300 hommes » documentaire en immersion dans un centre d’accueil de nuit pour personnes sans-abri

[Critique] « 300 hommes » documentaire en immersion dans un centre d’accueil de nuit pour personnes sans-abri

06 avril 2015 | PAR Gilles Herail

Aline Dalbis et Emmanuel Gras ont réalisé un documentaire en immersion, sans interviews ni mise en contexte, pour mieux comprendre la vie d’un centre d’accueil de nuit marseillais. La caméra est posée pour observer, sans a priori, et capter, s’ils viennent, les moments de confidence des personnes sans domicile fixe. Un film fort, difficile, qui reste en mémoire longtemps après la projection.

[rating=4]

Synopsis officiel: Entre ces murs, il y a trois cents hommes, il y a l’urgence. Ils ont des noms mais ils ont perdu leur histoire en route. Ils rient et se confrontent, ils refont le monde, celui qu’ils ont perdu. Ils ont un lit.  Là ils attendront le jour. C’est Forbin, la nuit à Marseille.

La question des sans-abri est toujours difficile à traiter car elle concerne des personnes de profils différents, de tous âges et de tous milieux, qui ne peuvent être catégorisés de manière simpliste. Elle interroge aussi les préjugés, les opinions préconçues sur la grande précarité, l’assistanat, la responsabilité individuelle, la capacité d’une société à ne laisser personne de côté. Aline Dalbis et Emmanuel Gras ont choisi avec intelligence de ne pas entrer dans un débat politique sur les politiques d’hébergement et de réinsertion. Ni d’occulter la complexité de chaque situation, sans jugement de valeur mais sans naïveté. C’est ce regard que l’on retrouvait déjà dans les excellents Pole emploi ne quittez pas ou Les règles du jeu qui donne au film toute sa légitimité. La caméra filme sans chercher l’attention, se faisant la plus discrète possible. 300 hommes parle avant tout d’une solitude, de tous les instants, pesante, minante. Que l’on retrouve dans ce centre qui offre pourtant des moments de vie collective, autour d’un film, d’un repas ou d’une cigarette.

On ressent bien la tension permanente, la violence larvée qui peut à tout moment surgir. Malgré les efforts du personnel mais aussi des sans-abri pour calmer le jeu. 300 hommes est un film difficile car il nous met face à une dureté quotidienne, que les employés du centre doivent apprendre à gérer. Malgré des relations de proximité qui peuvent se nouer avec les « habitués ». Plusieurs scènes marquent, quand certains sans-abri mettent des mots sur leur détresse, sont conscients de l’impasse dans laquelle ils se trouvent, avouent ne plus avoir la force de se relancer et évoquent le suicide. Quand une personne part s’acheter à boire dans la nuit en sachant qu’il ne pourra plus revenir dans le centre et devra dormir dehors. Quand les jeunes sans-abris un peu paumés ont peur de devenir les vieux pensionnaires qu’ils côtoient, sans échappatoire viable. Le spectateur se sent parfois voyeur, malgré lui, en observant l’intimité et la détresse des personnes que le documentaire suit. Mais 300 hommes est un film très éthique dans sa démarche, grâce au professionnalisme de documentaristes qui ne veulent jamais adopter une approche sensationnaliste du sordide. Un film marquant.

Gilles Hérail

300 hommes, un documentaire français de Aline Dalbis et Emmanuel Gras, durée 1H22, sortie le 25 mars 2015

Bande-annonce et visuels officiels.

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Gilles Herail

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