Théâtre

Avignon OFF 2019 : « La légende du saint buveur », un conte au charme désuet, pudique et touchant à la fois

Avignon OFF 2019 : « La légende du saint buveur », un conte au charme désuet, pudique et touchant à la fois

10 juillet 2019 | PAR Magali Sautreuil

La légende du saint buveur est non seulement un conte au charme désuet, pudique et touchant à la fois, mais aussi une aventure humaine. C’est l’histoire d’une rencontre, celle entre l’écrivain autrichien Joseph Roth et Christophe Malavoy. Mis en scène et interprété par le comédien, cette pièce est aussi sa première production. Un défi réussi, avec pudeur et sobriété, à l’image de la dignité retrouvée de notre saint buveur. Un seul à scène intimiste à découvrir dans le cadre du festival off d’Avignon, au théâtre du Chêne noir.

Un soir de printemps de l’année 1934, à Paris, un vieux monsieur élégant et mystérieux descendit les marches d’un de ces escaliers de pierre qui, à l’entrée des ponts, conduisent aux berges de la Seine. Pourquoi un homme aussi sophistiqué décida-t-il de se rendre dans un tel lieu ? Nul ne saurait le dire. Pour ceux qui l’ignoraient encore, sous les ponts de Paris, se cache la misère humaine. Des centaines de clochards y vivent au gré des hasards. Pour une raison inconnue, notre homme choisit l’un d’entre eux : Andreas Kartak, ancien mineur de Silésie, ayant fait de la prison pour meurtre. Chose improbable et inespérée, il remit au sans-abri la coquette somme de 200 francs. Perplexe, Andreas ne sut quoi faire. Dans un premier temps, il refusa même cet argent dont il avait besoin. Puis il se ravisa, mais tint néanmoins à le rembourser, car Andreas était avant tout un homme d’honneur. Ce peu de dignité qui lui restait, il souhaitait la préserver coûte que coûte. L’élégant monsieur le comprit, mais, en homme pieux, il demanda à Andreas de déposer l’argent à l’église Sainte-Marie-des-Batignolles, au pied de la statue de sainte Thérèse de Lisieux, un dimanche matin, après la messe, si un jour il serait en mesure de s’acquitter de sa dette.

Andreas parviendra-t-il à tenir sa promesse ? Difficile de le dire… Cet homme, malmené par la vie, sympathique, débonnaire et profondément sincère, est cependant d’une nature assez faible. Il ne peut résister à un bon verre de Pernod. L’alcool est sa plus grande faiblesse, une faiblesse qui met à rude épreuve ses bonnes résolutions… Ballotté par les récents événements remarquables soudain survenus dans son existence, Andreas semble perdu. L’argent lui file dans les mains, sans qu’il s’en rende compte. Il laisse échapper ainsi maintes occasions de s’acquitter de sa promesse. Mais cela lui permet également de revoir d’anciennes connaissances et de renouer avec sa vie d’avant.

Cet homme, qui avait perdu jusqu’à son nom, va peu à peu retrouver ses souvenirs, son humanité et sa dignité. Les ravages de l’alcool et de la misère vont petit à petit s’estomper. La légende du saint buveur est ainsi, en quelque sorte, l’histoire à la fois d’une renaissance et d’une rédemption, celle d’un pauvre hère, que la vie n’a pas épargné.

L’errance du saint buveur n’est pas sans rappeler celle de l’écrivain. Lorsqu’il achève ce conte, l’écrivain autrichien Joseph Roth est alors en exil à Paris, après avoir fui le régime nazi. Il n’a plus que très peu de temps à vivre. Il vit les années les plus sombres et difficiles de son existence, marquées par la maladie, les problèmes financiers et l’alcoolisme. Cette situation l’amène à se tourner vers la religion catholique, où il trouve quelque motif d’espoir, à l’instar d’Andreas qui cherche à s’acquitter désespérément de sa dette envers la petite sainte Thérèse…

L’écriture simple et élégante de Roth est en totale osmose avec le personnage d’Andreas et son histoire. De même, la mise en scène, dépouillée, sobre et délicate, entre en parfaite résonance avec la dernière œuvre de l’écrivain. Ainsi mis en lumière, le texte captive son auditoire. L’interprétation de Christophe Malavoy, empreinte de sensibilité, de retenue et d’émotions subtiles, rend l’histoire de ce saint buveur presque palpable. La lumière tamisée crée une atmosphère intimiste et chaleureuse.

Seule la musique vient entrecouper ce fascinant récit. Elle apporte quelques moments d’accalmie et de respiration au texte. Quelques airs populaires, empruntés aux répertoires de Léo Ferré, Richard Rodgers…, résonnent alors dans la salle. Des sonorités graves, mélancoliques, chargées d’émotions et de nostalgie, sortent du bugle. Cette trompette a elle aussi une histoire. Il y a longtemps, le trompettiste de jazz, Patrick Artéro, l’avait offerte à Christophe Malavoy, qui lui avait promis d’en jouer… Le temps passa et l’instrument commençait à prendre la poussière, jusqu’au jour où le comédien rencontra le saint buveur… Il put ainsi, enfin, tenir de sa promesse… Ce spectacle est donc avant tout, à la fois, une aventure humaine et l’histoire d’une rencontre…

La légende du saint buveur, de Joseph Roth, mise en scène et interprétée par Christophe Malavoy, présenté dans le cadre du festival off d’Avignon, au théâtre du Chêne noir, du 5 au 28 juillet 2019, à 18 h 45. Relâche les 8, 15 et 22 juillet 2019. Durée : 1 h 16.

Retrouvez l’actualité de Christophe Malavoy sur son site Internet (ici).

Visuel : Affiche officielle

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