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Africa Mia : L’incroyable histoire des Maravillas de Mali

Africa Mia : L’incroyable histoire des Maravillas de Mali

23 septembre 2020 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Histoire méconnue entre Bamako et La Havane, le documentaire Africa Mia raconte le destin inouï des Maravillas de Mali, groupe de jazz malien qui fait danser le Cuba des années 1960.  Sortie en salles le 16 septembre 2020. 

Quelle chance quand, en 1999, le producteur de musique Richard Minier rencontre par hasard dans un club de jazz de Bamako, l’étonnant flutiste des Maravillas de Mali (les Merveilles du Mali), Dramane Coulibaly. C’est lui qui lui parle le premier de cette histoire fascinante et oubliée d’un orchestre de jeunes maliens envoyés apprendre la musique au coeur du Cuba de Fidel Castro. Commence alors une enquête qui durera presque 20 ans pour connaitre les dessous de ce fabuleux destin qui marque les débuts de la world music. 

Une histoire hors norme

Ancienne colonie française, le Mali obtient son indépendance le 22 septembre 1960. Modibo Keïta, premier président de la république du Mali, est un tiers-mondiste convaincu, partisan de la « troisième voix ». Dans le contexte de la Guerre froide, des relations se nouent alors avec Cuba et Fidel Castro. Dans un élan d’échanges culturels et diplomatiques, ils décident d’envoyer un groupe de jeunes maliens étudier la musique à La Havane. 

Dramane Coulibaly, Boncana Maïga, Bah Tapo, Aliou Traoré… Ils sont dix, sélectionnés dans chaque région du Mali, à partir en septembre 1963 vers leur nouvelle vie, et quelle vie ! Nourris, logés, blanchis, les jeunes apprentis musiciens découvrent la vie frétillante de La Havane des années 60 et se voient remercier de leur venue par Fidel Castro et le Che en personne. Pendant sept ans, leur orchestre fait le tour de Cuba, ils enregistrent un album et deviennent un des symboles de l’amitié afro-cubaine. Leur musique, chantée en français, espagnol et bombara, mixe rythmes cubains et sons traditionnels africains, et influence le jazz de l’époque. L’euphorie de la période révolutionnaire fait d’eux des stars et leurs titres, notamment « Rendez-vous chez Fatimata », sont de véritables tubes qui enflamment les pistes de danse du tout Cuba. 

Mais en 1968, des événements au Mali vont soudainement tout remettre en question : le régime socialiste de Modibo Keita est évincé par un coup d’état militaire changeant pour toujours la vie des Maravillas. Sous pression du nouveau gouvernement de Moussa Traoré, ils sont obligés de rentrer au pays. Le groupe, immédiatement dissout, ne devient rapidement qu’un lointain souvenir. 

Des années de quête 

Lorsque Richard Minier découvre cette incroyable histoire 30 ans plus tard, il sait qu’il tient quelque chose d’hors norme qu’il lui faut absolument raconter. Le « sentiment d’avoir été au bon endroit, au bon moment » le pousse à prendre sa caméra et à filmer toutes les étapes de sa quête pour retrouver chacun des membres des Maravillas de Mali et les réunir à nouveau. Malheureusement, nombre d’entre eux ne sont déjà plus vivants et certains décèdent au fur et à mesure que le projet prend forme. 

Mais toutes ces années de voyages et de rencontres ne seront évidemment pas vaines puisqu’il réussit à faire revivre la musique des Maravillas, au Mali, à Cuba et ailleurs. Le documentaire retrace donc presque 20 années pendant lesquelles le producteur tenta de faire rejouer ensemble ceux qui le peuvent encore, obsédé par l’idée que ce groupe au destin incroyable ne doit pas être oublié. Retrouvailles, enregistrements et même retour à La Havane, Richard Minier bouleverse l’histoire de ces hommes qui n’avaient jamais imaginé replonger dans cette fabuleuse période de leur vie. 

Tout comme le titre « Africa Mia » témoigne du fait que les Maravillas n’avaient pas oublié le Mali pendant toutes ces folles années loin de leur pays natal, le documentaire atteste que chacun d’entre eux n’ont pas non plus oublié Cuba. Il était ainsi important de leur rendre hommage, tout en apportant richesse et connaissance au jazz et à la musique afro-cubaine. Le spectateur est transporté, poussé par ces images d’ailleurs et la frénétique musique des Maravillas de Mali… 

Africa Mia, un documentaire de Richard Minier et Édouard Salier, 1h18. En salle le 16 septembre.

L’album de la bande originale du film est déjà disponible en point de vente et sur les plateformes de streaming musicales. 

 

Visuel : © Affiche officielle du film 

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Alice Martinot-Lagarde

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