Cinema

12e Panorama des Cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient : souvenirs et traversées

12e Panorama des Cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient : souvenirs et traversées

10 mai 2017 | PAR Geoffrey Nabavian

Petites et grandes histoires se sont mélangées au sein de la programmation de l’édition 2017 du Panorama des Cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient, manifestation initiée en 2006 par Kamal El Mahouti et Indigènes Films, en partenariat avec le cinéma l’Ecran, à Saint-Denis. Un festival qui reste cette année le lieu de dialogues entre pays, et entre générations… Et qui se poursuit jusqu’au 14 mai.

pcmmo-afficheA Saint-Ouen, la Courneuve et Aubervilliers, comme au Louxor à Paris, des films évoquant le Maghreb ou le Moyen-Orient, historiques ou actuels, sont mis à l’honneur cette semaine. Avec notamment les travaux de Lyes Salem, de Salem Brahimi, ou le remarqué Paris la blanche… Autant de documentaires que de fictions, avec en de nombreux cas à l’écran, des dialogues et des introspections. Des films sur la mémoire, propices aux débats.

En cette édition 2017, on a pu noter que les voyages au cœur des mémoires, anciennes ou très récentes, prenaient des formes très différentes. Au cours des semaines précédentes, on a pu par exemple découvrir, au cinéma L’Ecran, et à l’issue de la remise des Prix de la Compétition court-métrage, un film documentaire inédit signé par la remarquée Kaouther Ben Hania. Qui fut révélée notamment par son court Peau de colle, récompensé lors d’une très belle cérémonie, au Panorama… 2014. Et signataire, depuis, du Challat de Tunis, et de La Belle et la Meute, sélectionné à Cannes 2017, dans la section Un certain regard. Son film s’appelait Zaineb n’aime pas la neige. Et derrière ce titre se cachait un documentaire sur une famille, à la forme personnelle, tourné entre Tunisie et Québec. Sous une lumière naturelle, crue mais chaleureuse aussi, une parole très spontanée s’y est libérée.

zaineb-n-aime-pas-la-neige1Zaineb…, film qui se révéla marquant, traite en fait de deuil. Celui d’un père, d’un pays, d’une première vie. On y suit la trajectoire d’une toute jeune fille, et de la famille recomposée qui l’entoure. Sa rencontre avec Wijdene, la fille de son beau-père. Son départ de Tunisie pour le Québec, peu de temps après les manifestations contre Ben Ali. Son attachement à sa mère, déchirée elle aussi… Les thématiques et les événements se croisent, en des scènes très simples, où, parfois, la tension se fait jour. Avec, aussi, des instants d’insouciance… Zaineb… touche à l’universel, et on remarque que certains passages y sont filmés tels des scènes de fiction intenses, comme ce spectacle scolaire de danse à l’issue duquel la jeune Zaineb doit dire quelques mots devant toute l’école, car elle s’en va. Ou l’appel de la petite Wijdene à sa mère, pour lui demander si elle était au courant du re-mariage de son père. Ou une scène de dispute dans un petit miroir, un déballage de cadeaux très relâché… L’acuité de ces gamines, et du frère de l’une d’elles, leur lucidité, et leur naturel, impressionnent… Belle musique, belle réalisation sensible : avec spontanéité, ce documentaire a su nous accrocher.

La parole quelque peu enfouie a aussi été mise à l’honneur, au Panorama 2017, lors du Focus sur les cinématographies algériennes actuelles, qui proposait 10 longs-métrages, de fiction ou documentaires, et sept courts. Parmi les docs proposés, on a pu découvrir Tes cheveux démêlés cachent une guerre de sept ans, de Fatima Sissani. Dans lequel la mémoire d’Eveline Lavalette, engagée lors de la Guerre d’Algérie, puis arrêtée, enfermée en hôpital psy, et traitée de manière inhumaine, s’est trouvée mise à l’écran, avec beaucoup de douceur. L’intéressée, décédée en 2014, s’y racontait, avec autour d’elle les paroles, captées avec finesse, sans précipitation, de quelques autres femmes impliquées dans les mêmes événements. Un documentaire historique très ouvert, à la forme simple, qui rappelait, un peu, le très beau 10949 femmes, découvert l’an dernier au Panorama, et sorti en salles en avril 2016. Des rencontres avec quelques très beaux personnages réels, et leurs réalités, anciennes ou très récentes, toujours dignes d’être évoquées…

Les dates et projections en cliquant ici.

*

Visuels : affiche PCMMO / photo Zaineb n’aime pas la neige © Kaouther Ben Hania

Visuel Une : affiche Zaineb n’aime pas la neige

Infos pratiques

Agenda Classique de la semaine du 8 mai
Amphitryon, ou la double mécanique du désir au Théâtre du Nord
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *