Cinema
Festival du film de La Rochelle : les films de Kaouther Ben Hania et Pascal Plante séduisent

Festival du film de La Rochelle : les films de Kaouther Ben Hania et Pascal Plante séduisent

30 juin 2021 | PAR Cedric Chaory

Goutte froide et Covid-19 auront eu raison, cette année, des incontournables lunettes de soleil et chapeaux qui ornent d’habitude les visages des festivaliers du Cour des Dames. Foutue époque, la grosse tendance pour cet été 21 est donc le parapluie et le masque …  Fort heureusement, il y ait une constante au Festival international de La Rochelle : «son refus de compétition» qui laisse place à une superbe sélection d’environ 200 films, entre rétrospectives, hommages et nouveautés coups de cœur. Parmi les 35 avant-premières présentées entre le 25 juin et le 4 juillet, des pépites ont été dévoilées les trois premiers jours.

Voyage en absurdie

En tout premier lieu : L’homme qui a vendu sa peau de la réalisatrice Kaouther Ben Hania. Doublement primé à la 77ème édition de la Mostra de Venise, ce film tunisien est un petit bijou d’esthétisme et de cynisme. Plongée dans le monde de l’art contemporain en Europe et dans celui des réfugiés, le film suit le parcours de Sam Ali, jeune Syrien amoureux, qui se retrouve réfugié au Liban sans pouvoir rejoindre la femme de sa vie en Europe, faute de papiers. Alors qu’il joue les pique-assiettes dans des galeries d’art, il se voit proposer le visa tant espéré par un artiste-star qui souhaite en échange le lui tatouer sur le dos et l’exposer.

Ce pacte faustien fera de lui une oeuvre d’art vivante, à la manière de Tim Steiner, ce jeune Belge qui a vendu à l’artiste Wim Delvoye le droit de tatouer, d’exposer ponctuellement puis de récupérer la peau de son dos après sa mort. Avec son esthétique très arty et sa cruelle absurdité, L’homme qui a vendu sa peau oscille entre drame et comédie, présentant les réfugiés sous un jour nouveau, loin du discours victimaire. La réalisatrice est d’ailleurs très clair à ce sujet : « Je n’en pouvais plus de discours sur les réfugiés. Mon intention dès le départ est de faire de Sam un héros contemporain, qui sort par le haut et tourne l’aventure à son avantage« . L’épatant acteur syrien Yahya Mahayni et l’intrigante Monica Belluci participent au succès de ce film qui a tapé dans l’œil de l’Académie des Oscars l’an passé. Une première largement méritée pour un film tunisien.

Le spleen de la nageuse papillon

Autre belle surprise : Nadia, Butterfly, le deuxième long-métrage du réalisateur québécois Pascal Plante qui n’a pu cacher sa joie d’être présent à La Rochelle pour enfin présenter son film à un vrai public. Impossible de rester insensible à la quête intérieure et au mal-être de Nadia, nageuse olympique de grand talent (jouée par Katherine Savard, véritable championne qu’on retrouvera aux JO de Tokyo dans quelques semaines !) qui s’apprête à disputer sa dernière compétition après avoir vécu une vie dédiée à son sport. Il ne s’agit pas là d’un énième film de sport qui célébrerait la bravoure et la win. Ici, Pascal Plante s’immisce dans les états d’âme d’une sportive qui doute et qui raccroche. Lassée d’avoir consacrée toute sa vie à la natation, désireuse de faire médecine, Nadia porte un regard désabusé sur son univers : la compétition, ses co-équipières, le narcissisme ambiant. À la manière de La solitude du coureur de fond de Tony Richardson, le réalisateur nous montre l’envers du décor olympique, bien moins doré qu’il n’y paraît. L’amour physique et l’alcool post-compèt y sont tristes à pleurer. Entre les hébétements silencieux d’une Nadia face à son bouleversement existentiel à venir et l’ultra-dynamique scène d’ouverture du film (un relai 4x100m), Nadia, Butterfly impressionne par sa beauté et sa profondeur. Dans les salles, dès le 4 août

Eveiller la conscience politique et citoyenne des jeunes

Ilze Burkovska Jacobsen est habituée aux récompenses. Nombre de ses 9 documentaires animés ont reçu des prix et son My favourite War ne déroge pas à la règle. Histoire personnelle de la réalisatrice, le film retrace le passage à l’âge adulte d’un individu qui décide d’échapper au conditionnement exercé par un régime autoritaire et puissant, en l’occurrence celui d’Ilze qui a grandi en Lettonie (URSS) au cours de la Guerre froide. En mettant en image les rêves et désillusions de son passé, la réalisatrice lettone signe un film pacifiste entre animation, images d’archives et entretiens filmés passablement prenant. Elle y parle endoctrinement, éveil à la conscience politique, ça c’est OK mais sur le forme on reste tout de même réservé. En primant l’impact du témoignage (et de la voix-off) sur l’utilité réelle du support animé (et de ses potentialités esthétiques), My Favourite War tend vers le ton professoral. Son graphisme basique n’aide pas non plus : tous les personnages y possèdent un visage inexpressif aux yeux très roswellien. Certes la réalisatrice refuse le mignon, cela n’empêche pas le bon goût. Sortie le 27 octobre 2021.

Légère déception aussi pour Février de Kamel Kavel. Portrait en trois temps de Petar, berger mutique. Son enfance dans les landes arides de sa Bulgarie, son service militaire sur une île envahie de mouettes et sa vieillesse tout aussi solitaire. Quasi muet, le film déroule ses deux longues heures à nous décrire le dur labeur du travail de la terre et de l’élevage de brebis et les errances mystiques d’un homme qui aime plus que tout la faune et la flore. À des années-lumière du monde moderne et de sa civilisation, contemplatif à souhait, esthétique et gorgé de somptueuses images de la Bulgarie sauvage, Février peine cependant à retenir l’attention du spectateur qui cherche en vain à se raccrocher à la moindre narration. Sortie le 30 juin 2021.

 Cédric Chaory

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Cedric Chaory

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