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[Critique] « L’Oranais » : des grands destins et leurs victimes

[Critique] « L’Oranais » : des grands destins et leurs victimes

06 novembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Ce second long-métrage de Lyes Salem embrasse vingt ans d’histoire algérienne. Pas au niveau des grands événements : ce sont leurs conséquences sur des destins individuels qui intéressent l’acteur-réalisateur. Grande et petites histoires dialoguent, l’une faisant du mal aux autres, au cours d’un film émouvant et très bien réalisé.

A noter : Une rencontre est organisée avec Lyes Salem autour de la projection de L’Oranais le 12 novembre à 20h30, dans le cadre du Festival franco-arabe qui a lieu du 7 au 16 novembre, au Trianon de Romainville.

[rating=4]

L'Oranais 2Ils n’avaient rien demandé. La marche de l’histoire les a entraînés. Le résultat ? Une exaltation immense, et puis… A l’issue de L’Oranais, on ne connaîtra pas par cœur la suite d’événements qui ont gâché les utopies de l’indépendance algérienne. Car cette seconde réalisation de Lyes Salem débouche, en fin de compte, sur un constat universel.

Le jour où commence le film, Djaffar découvre que son ami Hamid est entré au maquis, avec ceux qui se battent pour l’indépendance de l’Algérie. Au soir de cette journée, il entrera lui aussi, et involontairement, dans ce combat. Et une ellipse sera faite. Cinq ans plus tard, revoici « l’Oranais » dans sa ville d’origine. Son pays a gagné. Et lui est devenu un héros. Mais une mauvaise nouvelle l’attend. Doublée d’une curieuse surprise… Par la suite, on va le voir, Djaffar, tenir son rôle de fonctionnaire du nouvel état. Au final, les utopies envolées s’accompagneront, pour lui, d’un douloureux constat… Qui débouchera tout de même sur un rapprochement…

La fin de L’Oranais rend triste. Mais le film est rempli de vie. Il reste focalisé sur un groupe, excellemment interprété (par Khaled Benaissa notamment, soldat devenu fonctionnaire, lucide mais égaré). Vis-à-vis de sa thématique, déjà vue pas mal de fois dans des films, qu’apporte-t-il ? Une mise à scène qui se concentre sur les corps. Qui se laisse aller, de temps à autre, à jouer dans l’exagération. Celui de Lyes Salem acteur, doté de grands yeux expressifs, amène certaines scènes du côté du burlesque. En résulte une fraîcheur, qui nous amène à découvrir cette indépendance nouvelle avec lui, dans ses fonctions.

Les corps vieillissent, prennent sur eux les marques et les coups de l’histoire. Les dissensions présentes après l’indépendance s’incarnent dans leurs attitudes. Enfin, on pourrait penser que L’Oranais, du fait de son universalité, ne dit rien sur l’Algérie actuelle. Faux : ces parcours filmés à hauteur d’hommes semblent être ceux d’un peuple qui s’est laissé entraîner par un destin plus grand que lui. Et qui a sans doute beaucoup perdu en route…

L’Oranais, un film réalisé et interprété par Lyes Salem, avec aussi Khaled Benaissa, Najib Oudghiri, Djemel Barek, Sabrina Ouazani, Miglen Mirtchev. Comédie dramatique algérienne. Durée : 2h08. Sortie le 19 novembre.

Visuels : © Jean-Claude Lother

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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