Arts

Voyages dans nos têtes à la Maison Rouge

12 juin 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La très contemporaine Maison rouge présente depuis ce matin un ensemble de quatre expositions qui tiennent toutes de la performance. Soixante mètres dans le Cosmos, un patio végétal, des plumes en pagaille et le vaisseau spatial d’Albator…Un choc visuel autant qu’intellectuel à découvrir jusqu’au 26 septembre

A l’entrée de l’exposition , planté sur ses deux pieds et sa canne, Jean de Maximy attend inquiet, ses toiles seront montrées au public quelques heures après. Ils nous accueille très gentiment et nous emmène découvrir son œuvre. 35 ans de travail se déroulent devant nos yeux ébahis. Le premier choc est le caractère monumental de la toile, le second est l’analyse du détail. Chaque morceau dit un état d’esprit dans un contexte temporel. A aucun moment, l’artiste n’a donné un but à sa fresque, il a naturellement continué les traits tracés la veille ou quelques mois avant. A la manière du dessin que l’on gribouille au coin d’une feuille, il a composé une toile qui alterne abstraction et figuratif, bien que très peu d’humain soient représentés. Les détails et la finesse du dessin permettent de redécouvrir cet artiste au grand talent , dont la dernière exposition remonte à 1971, mais au Musée d’Art Moderne tout de même !

Les dernières toiles de Jean de Maximy nous ont emmené  dans la forêt de Fontainebleau et c’est naturellement, qu’au centre de la Maison Rouge nous entrons dans un agréable patio mis en scène par Christophe Gonnet.  L’artiste a investi le Patio par une structure en bois sur laquelle des plantes prennent place. Ces végétaux vont envahir le lieu jusqu’à la fin de l’expo, profitez en pour rêvasser accoudé aux tables hautes !

Toujours au même étage, une exposition qui en détourne les codes, « voyage dans ma tête » est un parcours transversal , dans le temps et la géographie à travers des coiffes : sorciers, mariées, prêtres…on passe du sacré au profane, des hommes aux femmes. L’idée est de ne pas faire une « expo-ethno » mais bien de provoquer un choc de sensations en faisant dialoguer les cultures pour donner une cohérence. Le choix de ne pas expliquer, bien que pertinent, nous laisse face à pas mal de questionnements au sujet du symbolique et du rôle de chaque détail sur chaque coiffe.

Plein de questions et d’images de ces chapeaux sacrés, nous accédons au sous-sol à une véritable antre pour un bouquet final.  «It’s a strange, strange world , Sally » est inscrit sur les murs et l’on se prend à fredonner la chanson Blue velvet avant d’entrer dans l’œuvre de Peter Buggenhout. Lynch est bien là, dans ces  trois salles. La première est un travail sur la poussière, la seconde est un vaisseau qui ressemble à celui d’Albator et la toute dernière salle présente des estomacs de vaches travaillés en sculptures.  Son postulat est de s’approcher du réel en utilisant des matériaux abjectes :« C’est une chose très complexe. En utilisant la poussière ou des intestins , je cherche une façon de faire des objets qui ne sont des objets que pour eux-mêmes. C’est la raison pour laquelle j’utilise ces matériaux qui sont prélevés hors de leur environnement habituel. Ils ont perdu leur forme et leur fonction et ont été déclassés, au sens où l’entend Georges Bataille. Mes œuvres fonctionnent ainsi comme des pièces autonomes. » Sublime expérience ! L’artiste nous dévoile également qu’il travaille en ce moment sur des matériaux « encore plus abjectes et colorés ». Lesquels ? Suspense !

L’exposition par ses 4 propositions donne à voir comment l’art peut modifier le réel, le montrant en évolution dans une scénographie mettant en scène une parfaite circulation du regard et des déplacements.

La Maison rouge, fondation Antoine de Galbert, 10 bd de la Bastille, 75012 Paris, www.lamaisonrouge.org, 0140010881- 7 euros plein tarif. Du 12 juin au 26 septembre 2010.

Prix de la paix des libraires : l’Israélien David Grossman récompensé
De la fragilité des mouettes empaillées au petit théâtre des variétés- Un grand texte dans une petite salle !
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *