Arts

Van Gogh, rêves de Japon : Ambitieux sujet pour étude minimaliste

Van Gogh, rêves de Japon : Ambitieux sujet pour étude minimaliste

07 octobre 2012 | PAR Elodie Rustant

Au pays de c’est-moi-qui-produirait-la-plus-belle-expo-à-Paris, les prétendants sont nombreux et la concurrence fait rage. La Pinacothèque occupe une place de choix dans cette bataille, et sait toujours faire preuve d’un flair aiguisé.

Pour ce mois de septembre 2012, c’est Van Gogh l’heureux élu, et mieux encore : Van Gogh et le japonisme. Plutôt émoustillant !

Hélas, on déchante rapidement avec la phrase d’introduction placardée sur le mur d’entrée, d’une désarmante niaiserie : « Van Gogh est sans aucun doute l’artiste le plus célèbre au monde. » Poursuivons.

La volonté de la Pinacothèque : établir visuellement le rapport entre certaines œuvres du peintre et les sublimes estampes d’Hiroshige qui l’ont grandement inspiré dès 1887.

Van Gogh nourrissait une dévorante passion pour le Japon, et plus particulièrement pour les maîtres de l’ukiyo-e dont Hiroshige fut l’une des dernières grandes figures. Il entamera à Anvers une très importante collection d’estampes avec son frère Théo. Au total plus de 400 œuvres dont la majorité est aujourd’hui conservée au musée Van Gogh d’Amsterdam.

Déjà très tourmenté, en proie à de graves troubles psychiques, cet univers du « monde flottant » le plongera dans une rêverie presque hallucinée. Il se rendra dans le Midi et assimilera les paysages ensoleillés à ceux du pays du Soleil levant jusqu’à les superposer totalement.

Cette obsession est sans cesse soulignée dans les textes exposés mais en fait peu explicitée. En résulte un effet assez redondant pour une explication très sommaire. Bonne idée cependant : avoir exposé les fragments de lettres que Van Gogh et Théo s’échangèrent et dans lesquelles cette obsession du Japon transparaît très significativement.

Si le choix des œuvres est particulièrement soigné et révèle au spectateur des toiles et dessins peu connus – tous provenant de la riche collection Kröller-Müller – les parallèles établis avec des reproductions d’estampes sont parfois discutables. Le rapport ne semble fondé à certains moments que sur le sujet représenté.

La toile Pins au coucher du soleil rappelle beaucoup certaines des « Vues d’Edo » d’ Hiroshige tant par le choix des couleurs que par la construction graphique de la toile ; et l’extraordinaire luminosité de Vergers en fleurs entourés de cyprès évoque les arbres enneigés des estampes du maître. Mais juxtaposer une estampe à une huile, avec pour seule clef de lecture le motif d’une femme travaillant aux champs, est-ce suffisant pour affirmer une quelconque inspiration ?

Les thèmes structurant l’exposition très infantilisants (« Nature », « Ville », etc) participent beaucoup de l’effet « peu achevé » d’ensemble. N’aurait-il pas été plus intéressant de construire une grille de lecture en détaillant et en analysant les techniques picturales utilisées par Van Gogh dans sa démarche artistique « japonisante » ? On sort malheureusement de l’exposition avec l’impression de ne pas en savoir beaucoup plus sur le sujet…

On saluera cependant l’excellente lumière, mettant admirablement les toiles en valeur, tout particulièrement Oliveraie qui semble véritablement illuminée de l’intérieur.

Notre conseil : si les estampes japonaises vous intéressent, migrez plutôt vers l’exposition Hiroshige l’art du voyage (présentée dans la maison mère de la Pinacothèque), bien plus riche et documentée.

Visuels :

Vincent Van Gogh, Oliveraie, juin 1889 © Collection Kröller-Müller, Otterlo the Netherlands
Vincent Van Gogh, Pont basculant à Nieuw-Amsterdam Automne 1883, Collection Groninger Museum, Groningen © Collection Groninger Museum, Groningen

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Elodie Rustant

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