Arts

Une visite au musée Magritte

15 février 2010 | PAR Mikaël Faujour

Le musée Magritte a ouvert en juin 2009 à Bruxelles. Tandis que certains musées consacrés à un seul artiste s’avèrent parfois d’un intérêt tout relatif, faute d’œuvres fortes (comme le musée Matisse au Cateau-Cambrésis), c’est ici d’un musée de tout premier plan dont il s’agit. Nous l’avons visité.

 

Comme nous renseigne le recommandable guide du musée Magritte, « les Musées royaux de Belgique possèdent la plus grande collection au monde d’œuvres de Magritte ». Il était logique qu’un jour, cet ensemble qui constituait un département très riche du musée d’Art moderne de Bruxelles prît son indépendance et fît la matière d’un musée à lui seul dédié. Que d’autres collectionneurs et organismes, la Fondation Magritte en tête, se joignissent à ce projet était dès lors une évidence. Le résultat : un musée riche, plaisant, complet, instructif et amusant – un musée qui fait donc honneur à l’œuvre singulière du plus surréaliste peintre que le plat pays ait engendré.

Ouvert au public en juin 2009, le musée Magritte offre un panorama très complet de son œuvre, à la fois très célèbre, mais dont cependant des pans demeurent méconnus. Outre l’œuvre, c’est à l’homme, à son itinéraire humain, ses rencontres, son amour unique pour Georgette, ses amitiés et affinités artistiques, ses liens distendus avec le surréalisme du dogmatique Breton, qui sont exposés, mettant en tension la biographie de l’homme et son œuvre à l’inventivité visuelle stupéfiante.

Toutes les périodes de son œuvre sont représentées, des hésitations de jeunesse marquées par les expériences d’imitation des courants modernes (fauvisme, futurisme, cubisme, abstraction…) jusqu’à son œuvre de maturité, onirique, que tout le monde connaît.

On croise aussi des étrangetés des années 40, toiles néo-impressionnistes où le coloris à la Renoir côtoie le souvenir de la touche « en virgule » de Van Gogh, sans que Magritte ne se départisse de son idiosyncrasie stylistique.  Plus étonnante encore est sa « période vache », où il cite notamment Ensor. Les affiches de publicité (c’est que son art de peintre n’a pas toujours seul nourri l’homme), dont certaines demeurées célèbres (l’hommage à Von Stroheim, entre autres) , les lettres, photos, films domestiques, les gouaches, dessins, revues littéraires, et objets surréalistes (notamment les délicieuses bouteilles peintes) enrichissent et dynamisent cette collection, que la présence des seules peintures rendrait sans doute morne.

Des citations nombreuses éclairent aussi largement la pensée de cet homme, qui était aussi un penseur de l’art et l’un des premiers penseurs nominalistes de la modernité artistique au côté de Duchamp – lequel en fera autre chose, renonçant aux rétiniens plaisirs. Ce n’est pas un hasard si l’inutile Joseph Kosuth, qui a fait carrière sur « l’art » idéel, revendiquait une filiation avec le Magritte des mots (autrement dit : des toiles dans lesquelles les mots prennent la place d’objets représentés), lors de l’expo « Matter, Grey », au printemps 2006 (galerie Almine Rech).

Étalé sur 3 étages, ménageant ses visiteurs avec des sièges pour se reposer les reins et un éclairage impeccable (ô combien cela est rare, hélas !), le musée Magritte  s’impose comme l’un des hauts lieux du tourisme culturel de Bruxelles.

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Mikaël Faujour

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