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Retour sur « ASIA NOW », la foire montante consacrée à l’art asiatique à Paris

Retour sur « ASIA NOW », la foire montante consacrée à l’art asiatique à Paris

25 octobre 2018 | PAR Magali Sautreuil

Du 17 au 21 octobre 2018, s’est tenue la quatrième édition d’ASIA NOW, un jeune salon d’art contemporain qui entend monter le dynamisme et la diversité des scènes asiatiques. Afin d’en apprendre davantage sur cette foire montante, Alexandra Fain, sa directrice et co-fondatrice, nous a fait l’honneur d’un entretien.

Cette année, une quarantaine de galeries et d’artistes étaient présents, avec le Japon comme invité d’honneur, dans le cadre de « Japonismes 2018 », l’événement culturel célébrant le 160ème anniversaire des relations franco-japonaises

Toute la Culture : « Comment avez-vous eu l’idée de créer ce Salon à Paris ? »

Alexandra Fain : « À l’époque, je voyageais beaucoup en Asie dans le cadre de mon travail. J’étais amenée à visiter beaucoup de lieux d’art, de galeries, d’ateliers d’artistes… et je me disais : « C’est fou parce qu’en Europe, on a cette perception du marché avec des collectionneurs asiatiques qui achètent beaucoup à des prix ronflants dans les ventes aux enchères, mais on a finalement très peu d’éclairage sur la valeur des scènes asiatiques elles-mêmes et on connaît mal le travail des jeunes artistes ». C’était donc cette envie-là, celle de mettre ces jeunes artistes de ces scènes-là, peu connus ou méconnus ou mal connus à l’honneur, et de profiter d’un temps fort comme celui de la semaine de l’art à Paris, la semaine de la FIAC (foire internationale de l’art contemporain), qui regroupe des collectionneurs internationaux, pour mettre en valeur les artistes asiatiques venant d’une dizaine de pays d’Asie différents, du Japon à la Thaïlande en passant par la Chine. »

Toute la Culture : « Dans le dossier de presse, vous indiquez proposer au public une sélection de qualité. Sur quels critères basez-vous vos choix ? »

Alexandra Fain : « On travaille tout d’abord avec les tissus locaux de collectionneurs, de galeries que l’on connaît depuis longtemps, de curateurs locaux dans chaque région : En Chine, à Beijing, Shanghai, Hong-Kong, au Japon, à Tokyo, avec, cette année, le partenariat d’Emmanuelle de Montgazon (commissaire de la plateforme japonaise) et Isabelle Olivet (représentante d’ASIA NOW au Japon)… On collabore donc avec les tissus locaux du monde de l’art. Après, la sélection, elle est aussi naturelle car on dispose seulement de 42 places. On est dans un lieu qui est très intimiste, qui privilégie la relation entre le collectionneur, l’œuvre et l’artiste. On a la chance d’accueillir presqu’une quarantaine d’artistes sur le salon cette année. Certains vivent à Paris. Beaucoup ont voyagé. Nous souhaitons aussi favoriser la relation directe avec la galerie qui, comparée à une plus grande machine, a davantage envie de raconter d’où vient l’artiste et l’histoire de la pièce. Il y en a, en tout cas, une grande proximité entre le visiteur, le collectionneur et l’œuvre d’art. »

Toute la Culture : « Est-ce que vous exposez toujours les mêmes galeries ou celles-ci se renouvellent-elles ? »

Alexandra Fain : « Les deux. On a le plaisir de retrouver des galeries qui nous suivent depuis le début. Mais comme on est très limité en terme, on a aussi les plateformes qui sont dédiées chaque année à un pays différent. Par exemple, cette année, la plateforme est consacrée au Japon, ce qui laisse moins de place pour la scène coréenne, à laquelle elle était consacrée précédemment. Un roulement obligatoire s’opère ainsi de cette manière. Mais on est très heureux d’avoir à la fois des galeries fidèles et des nouvelles. »

Toute la Culture : «  Organiser un salon d’art international dans un immeuble haussmannien, c’est plutôt atypique. Pourquoi avoir choisi ce lieu ? »

Alexandra Fain : « Depuis 2016, ASIA NOW se tient dans un hôtel particulier haussmannien situé au 9 rue Hoche, dans le VIIIème arrondissement de Paris. On a choisi ce lieu pour se différencier, pour proposer une autre expérience avec davantage d’émotions et de relations humaines, tout en se concentrant sur des propositions vraiment fortes et pointues, pour permettre une relation extrêmement sympathique et ouverte. Certes, nous avons peu de place pour le monumental, excepté peut-être dans la cour et dans le studio, mais nous avons de belles hauteurs sous plafond. »

Toute la Culture : « Comment avez-vous décidé de la scénographie ? »

Alexandra Fain : « Le parcours est organisé par zone géographique selon les étages. Le monde du Sud-Est asiatique et de la Corée est présenté au premier étage, tandis que celui de la Chine, d’Hong-Kong et de Taïwan est exposé au deuxième étage. Quant à la région de la plateforme concernée (le Japon cette année), elle est située au rez-de-chaussée. Des projets spéciaux ponctuent chaque étage (studio, cour, premier et deuxième étage). Il y a également des performances et tout un programme de conversation au studio. Cela permet de donner aux visiteurs l’envie de comprendre, avant même celle de collectionner. Cela leur permet également aux collectionneurs de mieux appréhender les œuvres et de disposer de clés de lecture du marché asiatique. »

Toute la Culture : « Quelle est l’importance des collectionneurs au sein du Salon ? »

Alexandra Fain : « Les collectionneurs sont, depuis le départ, vraiment au cœur du dispositif ASIA NOW. On a très à cœur de montrer leurs collections. On l’a fait depuis la première édition. On présente une partie de ces collections pour donner envie de mieux les connaître. Celles-ci sont souvent dédiées aux scènes asiatiques et ont été constituées par des collectionneurs qui ne sont pas forcément asiatiques. On essaie également de faciliter la transmission entre collectionneurs, afin qu’ils puissent échanger sur les derniers artistes qu’ils ont repérés, collectionnés ou les derniers projets sur lesquels ils travaillent. La parole des collectionneurs les plus aguerris, les plus spécialistes de ces scènes, est notamment très intéressante pour les jeunes collectionneurs ou ceux plus mâtures, mais néophytes sur ces scènes-là. Recueillir cette parole, afin de savoir dans quelles galeries ces collectionneurs s’orientent, quels artistes ils achètent en ce moment, quels ateliers d’artistes ils fréquentent quand ils se rendent dans ces pays, est extrêmement précieux. En somme, ce que l’on montre au Salon, ce sont des découvertes et des projets. De jeunes collectionneurs apprennent ainsi de collectionneurs plus expérimentés vers quelles directions s’orienter, dans quelles galeries se rendre… actuellement. C’est très intéressant et très spécifique au dispositif de la foire. »

Toute la Culture : « Quel type de public se rend au Salon ? Est-ce uniquement des collectionneurs ou y a-t-il d’autres profils ? »

Alexandra Fain : « Il est assez varié. On accueille à la fois des collectionneurs asiatiques qui nous soutiennent, qui sont très heureux d’être là et qui souvent achètent, des collectionneurs chinois qui s’intéressent à d’autres scènes, des collectionneurs internationaux qui commencent à s’intéresser à ces scènes-là et qui justement ont besoin de filtres et de sélectivité pour ne pas partir dans tous les sens, des collectionneurs d’arts asiatiques ou spécialisés dans une région spécifique, qu’ils soient européens, américains, australiens… et qui, quand ils sont à Paris, ne manquent pas une édition. Mais on accueille également des passionnés d’art qu’ils soient curateurs ou tout simplement curieux de ce qui se passent sur scènes-là. On couvre quand même de larges territoires qui sont totalement différents. Il s’agit donc d’un vaste public. »

Toute la Culture : « Quel type de médiation avez-vous mis en place pour toucher une large audience ? »

Alexandra Fain : « On a proposé un très bel atelier pour enfants. C’est la première fois que nous en organisions et il a eu beaucoup de succès. Près de 25 enfants y ont participé. Il s’agissait une performance de l’artiste Teppei Kaneuji autour de son œuvre White Discharge. Ce dernier a l’habitude de travailler avec les enfants et ses ateliers ont toujours du succès. Celui-ci consistait à verser de la résine blanche sur des objets du quotidien. Les participants pouvaient garder leur création comme souvenir d’ASIA NOW. Nous proposons aussi des visites guidées pour adultes et spéciales « enfants ». C’est important de s’adresser à la fois aux adultes et aux enfants de façon différente, de manière beaucoup plus ludique et participative. »

Toute la Culture : « Allez-vous reconduire ces ateliers et ces visites guidées l’année prochaine ? »

Alexandra Fain : « Oui. On a d’ailleurs renforcé notre équipe de médiateurs cette année car on s’est rendu compte que le public était demandeur, que la dimension pédagogique et la médiation autour des œuvres et des performances étaient très importantes. C’est également pour cela que nous avons étoffé notre programme de discussions, ainsi que notre présentation de vidéos non seulement d’artistes, mais aussi sur le travail de ces derniers. »

Toute la Culture : « Avez-vous une idée de la fréquentation de la foire cette année ? »

Alexandra Fain : « Oui. Nous aurions dépassé celle de l’année dernière. À chaque édition, le public est de plus en plus nombreux, ce qui est normal, puisque nous faisons davantage de publicités et que nous sommes de plus en plus connus. En revanche, le Salon est toujours aussi long. Il commence un jour avant la FIAC et se termine en même temps, le dimanche même. Il est important d’ouvrir la foire un jour avant, dans un contexte un peu plus calme, avant que les journalistes et le public ne soient totalement pris par la FIAC. »

Visuels : Magali Sautreuil

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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