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Rétrospective Julio Le Parc au Palais de Tokyo : cinétique et ludique !!

Rétrospective Julio Le Parc au Palais de Tokyo : cinétique et ludique !!

25 février 2013 | PAR Géraldine Bretault

À 84 ans, Julio Le Parc peut admirer de son vivant une rétrospective grandeur nature de son œuvre au Palais de Tokyo, auprès de la fine fleur de l’art contemporain international. Bain de jouvence garanti.

Tenez-vous-le pour dit : 2013 sera cinétique ou ne sera pas ! À la veille d’une exposition Rafael Soto au Centre Georges Pompidou, avant la grand-messe de l’art cinétique qui s’ouvrira au Grand Palais en avril prochain, c’est donc l’Argentin Julio le Parc qui ouvre le bal auprès des institutions. Ne pas y voir le fait du hasard. S’il n’est pas encore à Paris quand Denise René organise la célèbre exposition Le Mouvement en 1955 (il s’installe en 1958), acte fondateur de l’art cinétique, Le Parc s’adapte bien vite. Dès 1960, il est un des membres fondateurs du G.R.A.V., le Groupe de recherche d’art visuel, aux côtés notamemnt de François Morellet et Yvaral. De cette aventure qui dura 8 ans, il ressort avant tout aujourd’hui la formidable dimension politique du mouvement, qui recherchait à libérer l’art de ses ghettos élitistes pour le traîner dans la rue. Un contexte historique inssociable des propositions de Le Parc, quand certains détracteurs ne veulent voir dans l’art cinétique et l’Op Art qu’un diverssement visuel digne de la Société du spectacle en plein essor.

Que découvrons-nous aujourd’hui ? Nous sommes d’abord accueillis sur le parvis par une installation réalisée pour l’événement : Lumière en mouvement sur façade. Dans le hall d’accueil, une belle suspension aux lames argentées scintille comme un clin d’œil au Volume Virtuel jaune de Soto qui a longtemps accueilli les visiteurs du centre Pompidou. Juste après les caisses, une œuvre intitulée Déplacement visiteurs longe le couloir qui mène à l’entrée de l’exposition, en nous préparant à abandonner nos repères spatio-temporels. Comme Caroline à Paris (au musée Grévin), les visiteurs se prêtent au jeu des déformations et en profitent pour pénétrer dans les alcôves et se faire  tirer le portrait.

Un dernier rappel s’impose avant de « pénétrer » dans l’exposition : « Merci de prêter attention aux obstacles éventuels. » À l’intérieur, la magie nous enveloppe cette fois pour de bon. L’effet d’immersion est total, façon Yayoi Kusama et sa purée de pois. Oui, l’œil est sollicité en permanence, comme tous nos sens d’ailleurs ; oui, l’ensemble est très ludique, et le parcours se clôt sur une véritable salle de jeux, mais derrière cette apparente légèreté, il est vite évident qu’on a affaire à une œuvre complexe, construite, dont l’équation pourrait se résumer à l’art de dégager une poétique sensorielle avec le matériel d’un bricoleur du dimanche.

Car en parcourant les ensembles d’œuvres, regroupées par grandes familles (surfaces, lumières, mobiles, contorsions, etc.), il se produit en nous un double mouvement non contradictoire : d’une part, le corps vacille, l’œil est aux aguets, ayant cessé d’accommoder mécaniquement, le pas se fait plus lent et incertain ; d’autre part, – et là il faut insister sur la superbe section consacrée à la lumière -, il se produit une incroyable libération de l’esprit vers un ailleurs qui peut se situer aussi bien du côté des réminiscences comme des élucubrations imaginaires les plus psychédéliques.

« D’une manière générale, par mes expériences, j’ai cherché à provoquer un comportement différent du spectateur (…) pour trouver avec le public les moyens de combattre la passivité, la dépendance ou le conditionnement idéologique, en développant les capacités de réflexion, de comparaison, d’analyse, de décoration, d’action. » Julio Le Parc

Si l’ensemble du cycle qui s’ouvre cette semaine au Palais de Tokyo semble alléchant, autour des Impressions d’Afrique de Raymond Roussel, la monographie de Le Parc vaut le déplacement à elle seule. Si l’utopie sociale envisagée en 68 avec les laboratoires du G.R.A.V. n’a peut-être pas tenu toutes ses promesses, une œuvre forte comme celle-ci, capable de lutter contre une certaine forme de passivité collective, reste ô combien salutaire.

 

Crédits photographiques :
(en une) Modulation 1125, 2003 © Atelier Le Parc
Le Parc derrière Cloison à Lames Réfléchissantes, 1967 © Julio Le Parc
Cercles successifs, 1996 © Adrian Fritschi pour Hatje Cantz
Série 15 n°18, 1971-2012 © Atelier Le Parc

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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