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Retour sur Paris Photo en attendant l’édition californienne de la foire

Retour sur Paris Photo en attendant l’édition californienne de la foire

22 novembre 2012 | PAR Smaranda Olcese

Novembre à Paris, c’est le Mois de la photographie. Fondée en 1996, Paris Photo, première foire au monde dédiée à la création photographique historique et contemporaine, s’installe depuis 2011 sous la Nef du Grand Palais. Au printemps 2013, forte de son succès européen et mondial, Paris Photo partira à la conquête de la Côte Ouest des Etats-Unis et lancera une première édition dans les studios de Paramount Pictures à Los Angeles. D’ici avril, retour sur une édition parisienne prodigieuse.

 

Fastueuse et exigeante manifestation, Paris Photo a accueilli pour la deuxième année la Plateforme, lieu d’échanges et de débats à vocation expérimentale mis en place avec la collaboration de la Fondation Luma. Pour cette édition, le soin a été laissé à Roxana Marcoci, commissaire du département de photographie au MoMA, de choisir les intervenants, parmi lesquels figurent Martin Parr et Rem Koolhaas, Thomas Ruff, Hilla Becher ou encore David Lynch…  Ce dernier s’est vu confier un nouveau parcours en une centaine d’œuvres, Paris Photo vu par… , dont on ne saurait dire de manière tranchée s’il met en exergue des véritables affinités artistiques ou s’il constitue un nouvel outil de marketing au service des visiteurs pressés.

Dans une volonté de rester au plus près de l’effervescence et du foisonnement d’un médium en perpétuel changement, Paris Photo a renouvelé la programmation Acquisitions récentes. Après la Tate de Londres, l’ICP de New York et l’Elysée de Lausanne, en 2011, trois institutions internationales, le LACMA de Los Angeles, le Fotomuseum de Winterthur et le Huis Marseille d’ Amsterdam ont exposé leurs nouvelles œuvres. Spécificité des fonds et diversité des politiques d’acquisition font la richesse de cette proposition. L’autoportrait, le double ou encore l’appropriation des images sont autant de thèmes traités in extenso. D’ailleurs, le Centre Culturel Suisse accueille en parallèle, et jusqu’en décembre, Body Language, une exposition également nourrie des collections du Fotomuseum de Winterthur.

Une invitation spéciale a été adressée à l’Archive of Modern Conflicts, qui bénéficiait cette année d’une surface assez étendue pour exposer un choix de quelques 226 photos extraites de son fonds de près de 4 millions d’images ! Timothy Prus a été l’un des premiers collectionneurs à s’intéresser à la photographie amateur, bien avant qu’elle ne devienne un objet d’étude pour Cultural Studies ou un matériau primaire pour les Found Footage d’artistes contemporains. Percer les mystères de l’être humain, c’est la tâche titanesque et quelque part anachronique qui motive expositions, publications et créations en collaboration, à partir de ce fonds hors de commun. Selected Shadows à Paris Photo avait tout pour ébahir. Le visiteur pouvait tracer ses propres configurations narratives entre ces petits formats et séries toujours minutieusement documentés. L’accrochage Airborne chez Daniel Blau, avec ses images en provenance de l’US Navy, Air Force ou NASA, semblait, par comparaison, une extension fade et simpliste.

La photographie ancienne s’expose sur plusieurs stands. Outre sa remarquable scénographie et contextualisation chez Serge Plantureux, on notera la collection du new-yorkais Hans P Kraus, qui présente la rare série Sun Pictures du britannique William Henry Fox Talbot, un pionnier qui a mis au point le processus calotype. Beaucoup plus hétéroclite dans ses choix – et on pense notamment à la série Daddy de Nikky de Saint Phale – la galerie Lumière de Roses de Montreuil affiche tout de même une préférence pour les anciens. On y découvre une chronophotographie d’Etienne Jules Marey, ainsi qu’une délicieuse série de nus stéréoscopiques de 1885, signés par Camille d’Oliviers avec les lunettes afférentes – arrière-arrière-grand-parent de la vision en 3D.

On découvre bien sur de ces images autres, qui regardent de côté des arts visuels, chez les contemporains, comme la série de photogrammes d’Adam Fuss, My Ghost Smoke, chez Karsten Greve, les installations visuelles en N&B, avec des LED et plexiglas de Jim Campbell, chez Bruce Woltowitz ou encore, parmi des portraits d’Avedon et polaroids de Cy Towmbly, le diptyque hyper-pixelisé de Thomas Ruff chez Gagossian. Ce grand format était déjà vendu avant la clôture de la foire.

Dans les classiques de l’instant décisif on a un faible pour la sélection Spectacular Vernacular du fonds JPMorgan Chasse – Robert Frank, Garry Winogrand, Walker Evens, Henry Cartier Bresson, Lee Freelander.

Le photoreportage contemporain excelle chez Goodman (Johannesburg) qui présente les travaux de Jodi Bieber, lauréate du prix World Press Photo of the Year en 2011 et Mikhael Subotzky, nominé dans la short-list du prix Paris Photo Aperture Foundation Photobook. Autant d’images magnétiques à la violence allusive. Remarquable aussi, la série People in Trubles d’Adam Broomberg et Olivier Chanarin, des grands formats tirés à partir des planches contact de Belfast Exposed Archive, portant les stigmates des interventions de générations d’archivistes et militants indépendantistes.

Les grands noms du pop art sont bien représentés sur les stands. Dans la masse d’Andy Warhol, la série Parking Lots d’Ed Rucha chez Yancey Richardon est une perle rare.

Sur le versant de l’autofiction, l’accrochage de Guido Costa project (Turin) est enthousiasmant : Nan Goldin, Leigh Ledare, avec des photos de la série Mother with…, ou encore dans un registre marqué par le burlesque, et néanmoins politique, Boris Mikhailov et sa série If I Were German.

La galerie Les Filles du Calvaire apportait une bouffée d’air frais. On y trouve le très attendu Paul Graham, dont des diptyques essaiment la foire chez plusieurs marchands, mais surtout Antoine d’Agata et ses flous denses, paroxystiques. On y remarque également les œuvres de l’artiste turc Yusuf Sevincli, des noir et blanc troublants, comme pris dans un mouvement cinéma. La galerie a fait résolument le choix de la jeune création. On retient  également Karen Knoor et ses Histories naturelles incongrues, Ellen Kooi et ses intrigantes mises en scène en cinémascope ou encore Laura Henno ou Corinne Mercadier.

La sélection de la galerie Mélanie Rio de Nantes a également été une belle découverte. On remarque la noirceur de l’encre sur du papier coton des photographies de Jean Claude Pondevie. Patrick Tourneboeuf poursuit quant à lui son travail sur les lieux de mémoire avec une série de blockhaus en front de mer.

Le photographe membre du collectif Tendance Floue était d’ailleurs le parrain du prix SFR Jeunes Talents. Sur le stand de ce dernier, les visiteurs s’empressaient de se faire tirer le portrait par de jeunes noms prometteurs de la photographie. Ils pouvaient surtout se laisser impressionner par la froideur lumineuse, la frontalité troublante, quasi surréaliste, des tirages du coup de cœur du jury, la Finlandaise Erica Kovanen.

La nouvelle école nordique était assez présente sur les stands. Nous avons eu une préférence pour les grands formats de Trine Sondargaard, dont la composition épurée et la lumière sont construites en clin d’œil aux maitres flamands. La galerie parisienne MarginA sortait le grand jeu des stars africaines de la photographie Malick Sidibé et Seydou Keita. Les paysages sublimés du coréen Bae Bie U chez RX et les personnages masqués de l’artiste chinois Feng Fangyu chez Magda Danysz Shangay, perdus dans des tons gris, sont envoutants et nous intriguent.

Il faudrait encore parler de la montée en puissance de la pulsion scopique dans les diptyques pop vintage de la série Compulsion d’Alex Prager chez M&B Los Angeles, des cyanotypes et polaroids de Michael Roy et sa fascination pour la culture populaire et les Nouveaux Héros anonymes à la lisière de la fiction (exposé chez Alain Gutharc), de la terreur froide et muette du Sacrifice des béliers d’Eric Poitevin chez Toluca Paris et chez le même marchand, mais dans un tout autre registre, des Prostitutas du grand photographe colombien Fernell Franco. Parmi tant d’images saisissantes, il y a la constellation d’aiguilles argentées de Miguel Rothschild chez Kukei Kukei Berlin, qui accroche le regard, ou encore les persistances rétiniennes des paysages nocturnes au bord de l’effacement d’Ali Kazuma, dans un accrochage proposé par Régis Durand chez Analix Forever Genève.

Rendez -vous est donc donné au printemps 2013 pour Paris Photo LA. L’effervescence artistique de la West Coast a été récemment mise en exergue lors du Pacific Standard Time, programme d’expositions et de manifestations lancé en 2011, fédérant des institutions muséales et des galeries du sud de la Californie. Portée par cette vague, la foire frenchy annonce 70 galeries et 10 maisons d’édition spécialisées dans la photographie. Il est intéressant de noter qu’en s’avançant sur les terres historiques de l’industrie cinématographique américaine, elle élargit ses centres d’intérêt à l’image en général, ce qui est peut-être une façon de marquer un tournant vers le paradigme de l’image écranique, déjà théorisé par le critique, commissaire d’exposition et programmateur Dominique Païni.

 

crédits images :

Paris Photo

Acquisitions récentes, Collection Fotomuseum Winterthur,  Nils Nova – Vera/Liz

Alain Gutharc, Michael Roy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Smaranda Olcese

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