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Télégaucho : Michel Leclerc filme avec poésie l’épopée d’une télé libre des années 1990

Télégaucho : Michel Leclerc filme avec poésie l’épopée d’une télé libre des années 1990

22 novembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

« Le nom des gens » avait apporté un vent de fraîcheur sur le cinéma français. Tant du point de vue du style que sur la manière d’aborder avec souplesse et humour l’omniprésence question des identités de notre pays (voir notre critique). Avec la même ingénuité porteuse et la même muse, Sarah Forestier, Michel Leclerc brosse le portrait d’une télé de quartier libre et contestataire mais… au moins 20 ans trop tard. Une chronique brillante des heurts et malheurs de refuzniks du système dans les années 1990 en salle le 12 décembre prochain.

C’était il y a bien longtemps. Les femmes portaient encore les ongles ovales et des robes d’été à fleur, le 20ème arrondissement ne s’était pas encore « boboisé », et l’on manifestait encore avec joie « pour » certaines causes comme le PACS. C’était sous la présidence de Jacques Chirac et surtout, surtout, internet n’avait pas libéré les ondes et les Français devaient encore subir les foudres des canaux « nationaux » pour voir la télé.  Féru de cinéma, Victor,  un jeune-homme de classe moyenne de banlieue paumée (Felix Moati) « monte à Paris » pour devenir caméraman de l’émission racoleuse de Patricia Gabriel (Emmanuel Béart) sur la chaîne populiste HD1. Mais au détour d’une bière dans son nouveau quartier, il fait la rencontre de Jean-Lou (Eric Elmosnino), le chef d’un groupe qui produit une émission « libre » hebdomadaire et politiquement engagée, enfin, surtout sous la férule de sa compagne, Yasmina, (Maïwenn) : Télégaucho. Très vite, Victor est adopté par le groupe et court les manifestations pour les sans papiers et les sujets « sociaux » de quartier. Et deux jours par semaine, il continue à travailler avec « l’ennemi » sur le plateau de l’émission la plus voyeuse de HD1. Un ennemi que Télégaucho veut abattre en obtenant son propre canal de diffusion nationale. Mais entre flemme, amours désordonnées, différents idéologiques et surtout tentation terrible de gagner sa vie chez l’ennemi, la fine équipe a bien du mal à mener son plan de bataille jusqu’au bout. peut-être parce qu’être révolutionnaire à l’aube des années 2000, c’est juste vouloir rester adolescent?

Avec la même finesse dans les dialogues et dans la vitalité des situations de la vie que dans « Le nom des gens », Michel Leclerc saisit, mine de rien, les désillusions annoncées d’une génération qui a souffert de na pas avoir sa révolution culturelle, cette génération désabusée qui a rejoint le capitalisme  à reculons mais d’un trait et qui tient maintenant les rènes des médias. Poétique et fin dans la cour des miracles qu’il peint, usant sans jamais abuser de la nostalgie, il se plante en digne héritier de François Truffaut dans son ode lucide à la vie. L’on rit énormément et l’on s’attache terriblement aux personnages, même si le réalisateur n’a pas tout à fait sur finir le chapitre magistral qu’il a ouvert en fanfare. Comment en effet clore quand le désenchantement dure? Le film perd un peu de son mordant dans la dernière demi-heure mais n’en reste pas moins un objet original et d’une beauté d’autant plus dérangeante qu’il présente un temps relativement proche comme une ère révolue.

« Télégaucho », de Michel Leclerc, avec Felix Moati,Eric Elmosnino, Sara Forestier, Maiwenn, Emmanuelle Béart, France, 2011, 1h52 . Sortie le 12 décembre 2012.

(c) : Michael Crotto

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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