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[Critique] La vie très privée de Monsieur Sim : un délectable Jean-Pierre Bacri dans une adaptation fidèle du roman de Jonathan Coe

[Critique] La vie très privée de Monsieur Sim : un délectable Jean-Pierre Bacri dans une adaptation fidèle du roman de Jonathan Coe

25 novembre 2015 | PAR Matthias Turcaud

Alors que sa femme s’est séparée de lui et qu’il a perdu son emploi, Monsieur Sim s’apprête à traverser la France pour vendre des brosses à dents qui vont « révolutionner l’hygiène bucco-dentaire ». Ce voyage d’affaires va cependant surtout constituer le prétexte à un voyage identitaire accompagné de troublantes révélations …

[rating=3]

Retranscription consciencieuse du livre éponyme de Jonathan Coe qu’il restitue scrupuleusement en se contentant seulement – en guise de modification légère et unique – de le franciser, La vie très privée de Mr. Sim sait très vite nous séduire par un ton plus que singulier et un voyage à la fois géographique et spirituel dont on serait bien en peine de savoir d’avance où il nous conduira. Le film  brasse des sujets divers et variés – la dépression, la filiation, l’homosexualité, ou encore le couple ou l’identité – et défie les étiquettes – ce n’est ni une comédie ni un drame, à la limite peut-être une « comédie dramatique ». En l’absence de repères – le GPS présent n’est d’ailleurs pas écouté par le personnage, censé vendre des brosses à dent high-tech lors d’un périple dans le Sud de la France -, on se laisse ballotter au gré d’une histoire surprenante, un peu comme un marin – il y en a un d’ailleurs dans le film, même s’il se révèle un imposteur.

Tout à la fois doux et amer, le quatrième long-métrage de Michel Leclerc se laisse suivre avec tant de plaisir que d’intérêt. Il constitue aussi l’occasion d’un rôle en or pour le trop rare Jean-Pierre Bacri, qui fait ici des étincelles en homme quinquagénaire qui essaye tant bien que mal de se reconstruire après une perte d’emploi et une séparation. Tout aussi bavard que maladroit, il semble désireux de rencontrer quelqu’un – l’âme sœur ou un nouvel ami, peu importe -, mais s’enlise souvent dans un flux de mots difficile à interrompre. La partie semble à chaque fois perdue d’avance, tant il parle et semble simultanément s’excuser de parler. Il craint tellement de se révéler inopportun qu’il le devient fatalement. Le comédien excelle vraiment dans ce jeu-là, et n’aurait pas volé un César du meilleur acteur en février prochain pour cette belle prestation très éloignée de son registre habituel de « râleur » auquel on le réduit souvent de manière caricaturale.

La vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc avec Jean-Pierre Bacri, Mars Distribution, sortie le 16 décembre 2015.

Crédit photo : Mars Distribution.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

One thought on “[Critique] La vie très privée de Monsieur Sim : un délectable Jean-Pierre Bacri dans une adaptation fidèle du roman de Jonathan Coe”

Commentaire(s)

  • valade

    toujurs aussi délectable !
    de Bacri en Bacri !

    décembre 20, 2015 at 21 h 00 min

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