Pop / Rock
[Interview] Maïa Vidal : « l’amour et l’inspiration me sont tombés dessus »

[Interview] Maïa Vidal : « l’amour et l’inspiration me sont tombés dessus »

25 novembre 2015 | PAR Bastien Stisi

Quelques heures avant le live, douillet et pétillant, qu’elle donnera à l’intérieur du Trois Baudets et dans le cadre de cette édition 2015 du MaMA Festival, on rencontre la franco-américaine Maïa Vidal (qui a également des origines japonaises et espagnoles…), venue enrouler la capitale parisienne dans la vague, pleine d’écumes bienheureuses et amoureuses (les larmes sont ici celles du bonheur) liées à son dernier album en date, You’re the Waves. Un 3e album tendre et attachant, à l’image de son auteure (et de son charmant accent américain…), pleine d’une énergie gentille et d’une spontanéité communicative.

You’re the Waves, ton dernier album, est principalement centré sur l’étude du sentiment amoureux…

Maia Vidal : Oui. C’est avant tout un rapport personnel à ce sentiment amoureux. Je me suis mis dans la tête que j’allais écrire un album. J’ai commencé à chercher l’inspiration, doucement. Et puis il y a eu ce coup de foudre avec cet homme avec qui je suis toujours aujourd’hui, et l’inspiration immédiate qui m’est tombée dessus, qui m’a transcendé presque ! Tu vois cet album est rempli de chansons d’amour, mais avant cet album, si on m’avait demandé d’en composer, j’aurais dit  « jamais !!! »

Pourquoi est-ce tu aurais dit ça ?

Maia Vidal : Je suis un peu comme ça, j’ai toujours un peu cet esprit de contradiction. Dans mes premiers albums, il n’y avait pas vraiment de chansons de rupture ou d’amour…enfin si, il y avait des chansons d’amour pour ma mère mais c’est tout ! Là ça m’est tombé dessus au bon moment, lorsque j’avais justement besoin d’inspiration. La période de composition de cet album a été un vrai bonheur. Je me réveillais le matin et je me disais : « mais qu‘est-ce que je vais faire aujourd’hui ? Ah ben tiens, je vais faire une chanson ! » Ça sortait tout seul, tous les jours et sans faire exprès ! Une fois je conduisais et les paroles, la mélodie et le rythme sont venus, en tapant sur le volant, juste comme ça !

C’est si rare d’entendre des albums qui parlent d’amour, mais de manière positive…C’est un peu le propos aussi de ton triptyque de clips : le 1er (« Bones »)  décrit le moment du coup de foudre, le 2e (« The Tide »), le moment de la passion et le 3e (« Islands of You and Me ») le moment de la romance tranquille…Et bon, tu as pensé au fait qu’il faudrait peut-être en faire un 4e avec le moment de la rupture ?

Maia Vidal : Aha non pas encore ! Mais c’est vrai que j’ai souvent eu peur : c’est un truc qui m’est tombé dessus sans prévenir, et quand je composais, je me suis parfois dit, « waou, c’est chaud si ça ne marche pas au final ». Et puis quand même, ce qui est paradoxal, c’est que je parle déjà un peu de rupture sur cet album, puisque je parle un peu de la relation que j’avais avant. Avec mon batteur d’ailleurs, qui m’accompagne sur scène…En live d’ailleurs je le précise toujours à un moment :  « c’est mon ex, c’est lui dont je parle ! » (ndlr : effectivement, après l’avoir vu le soir de l’interview au MaMA, c’est bien ce qu’elle fait…)

Tu as un ex qui t’accompagne sur scène ? Et sur la tournée d’un album qui parle exclusivement de l’amour que tu ressens pour un autre ? Ça ne pose pas de problème ?

Maia Vidal : Non ça fait longtemps qu’on travaille ensemble et même c’était une rupture complément amicale, on a continué de jouer et de  produire ensemble. C’est normalisé !

N’est-ce pas trop dur de livrer des sentiments aussi personnels à un public, qu’a priori, tu ne connais pas ?

Maia Vidal : En fait avant, mes albums étaient peut-être plus tristes, et c’est arrivé après mes concerts que des gens viennent me voir et me disent : « tu m’as fait pleurer ». Il y avait une complicité importante et qui est toujours là mais de manière différente, dans la mesure où comme on le disait, cet album-là est basé sur une relation très positive !

Ton album s’appelle You’re the Waves. Cette vague-là, c’est cet amour positif qui t’a permis de mettre sur pied cet album d’une manière aussi naturelle et instantanée ?

Maia Vidal : C’est exactement ça oui. Il y a d’ailleurs beaucoup de métaphores liées à cette idée de « vague » dans l’album. La marée bien sûr dans « The Tide », mais je parle aussi de « La Luna », du hasard (le morceau « El Azar », de l’idée d’île (« Island of You and Me »)….c’est un peu comme du taro !

Le fait que tu aies tout composé, tout produit et que tu as joué de quasiment tous les instruments sur cet album, c’est pour te l’approprier plus encore, ou c’est juste parce que tu es une affreuse rigide qui veut toujours tout contrôler ?

Maia Vidal : Ah ah c’est un peu des deux ! J’ai toujours un peu travaillé comme ça…mais c’est vrai que j’ai toujours été un peu dictateur ! Sur le dernier ceci dit, que j’ai fait avec mon batteur / ex / producteur, on était presque dans un processus de coécriture.

Tu as également dirigé et scénarisé ces clips que l’on évoquait tout à l’heure…

Maia Vidal : Oui. Pour « Bones », j’ai voulu faire une sorte de West Side Story, en refaisant un peu la scène du bal avec Maria et Tony qui se voient chacun d’un côté de la fête. Je voulais parler de ça avec un côté très divertissant. Niveau acteurs, c’est juste mes amis d’enfance, ma mère, mes amis de maintenant. Le deuxième clip, celui de « The Tide », tu vas rire, c’est un de mes ex qui a eu l’idée. Je lui parlais de la manière dont m’était venu le morceau, dans ma voiture, de manière quasiment automatique. Et il a pensé à cette vague inévitable qui était plus forte moi, qui devait tout emporter et tout submerger. Et pour « Island of You and Me », on a fait ça un peu de manière artisanale avec ma mère et moi, comme on l’avait déjà fait avant, notamment avec le clip de « Wander ».

Le seul élément un peu pessimiste, tout de même, ça me paraît être ta pochette. De mon point de vue en tout cas : cette mariée avec du film de cellophane autour de la tête, elle donne l’impression d’être une allégorie de cet étouffement que peu, parfois, évoquer le sentiment amoureux…

Maïa Vidal : C’est rigolo je n’avais pas pensé à ça. En fait c’est encore une fois un lien avec la vague. On l’a fait avec ma mère à Barcelone, on voulait quelque chose de liquide, de plastique…Mais maintenant quand on me demandera je dirai ce que tu viens de me dire, que c’est une métaphore !

As-tu déjà envisagé la perspective du prochain album, et notamment, le fait de devoir repasser par un processus d’écriture plus classique, qui ne tombe pas automatiquement du ciel comme ça a été le cas pour celui-ci ?

Maia Vidal : C’est une très bonne question. Je me la suis déjà posé mais elle me fait un peu peur. C’est vrai que ça fait presque deux ans que la composition est pour moi tellement naturelle que je crains un peu le retour à la réalité. J’ai aussi eu assez peur qu’entre le moment de composition de cet album, que j’ai débuté il y a deux ans, et le moment de son interprétation sur scène, qui est donc maintenant, cet amour que je vis ne ce soit interrompu. Ça aurait été assez compliqué de l’interpréter sur scène dans ces conditions ! Pour interpréter un album, tu as quand même intérêt à te sentir dans le même mood que celui que tu ressentais lorsque tu l’as composé, ce qui n’est pas si évident que ça…Mais là c’est très bien : plutôt que de me mettre dans un esprit noir et dark tous les soirs et du coup d’être un peu déprimée à cause de ça, je suis dans quelque chose de très positif ! Et je préfère l’énergie et l’espoir au noir !

Maïa Vidal, You’re The Waves, 2015, CrammedDiscs, 35 min.

Visuel : © DR

[Critique] La vie très privée de Monsieur Sim : un délectable Jean-Pierre Bacri dans une adaptation fidèle du roman de Jonathan Coe
Marie-Antoinette : « J’existe mon bien aimé et c’est pour vous adorer »
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *