Arts

« Portraits d’écrivains » à la Maison de Victor Hugo

12 décembre 2010 | PAR Marie Lesbats

Dans le cadre du Mois de la Photo, la Maison de Victor Hugo expose, autour de ses propres collections, des photographies issues des fonds Roger-Viollet et de la Maison Européenne de la Photographie. Une galerie de portraits émouvante, où l’histoire de la photo se traverse au fil des pages écrites..


L’ascension vers l’exposition « Portraits d’écrivains de 1850 à nos jours » se fait par l’escalier de bois, sous le regard de grands artistes photographiés au XXème siècle. André Suarès par Henri Martinie, André Malraux par Albert Harlingue ou encore André Breton par Boris Lipnitzki, illustrent, dès l’arrivée du visiteur, les liens établis entre photographie et écriture.

Le parcours s’ouvre alors sur la forte relation que Victor Hugo développa avec la photographie tout au long de sa vie. Que se passe-t-il de si particulier quand on photographie un écrivain ? Georges Sand et Alexandre Dumas trônent face à l’objectif. Ces deux portraits, d’une tranquille robustesse, envoyés à Victor Hugo, évoquent les liens d’amitié des artistes et témoignent d’échanges photographiques. En 1852, Hugo est exilé à Jersey. Par l’intermédiaire d’Edmont Bacot, qui enseigne la photographie à ses fils, l’écrivain initie des mises en scènes photographiées qui constitueront un moyen de communication avec le continent. Imprégnés de romantisme, ces petits portraits, d’une immense valeur évocatrice, expriment avec force le génie littéraire d’Hugo, mais aussi sa détermination à soutenir ses convictions –  notamment dans Victor Hugo, debout sur le rocher des Proscrits, pris en 1853 par Charles Hugo.

L’accrochage des quelques photographies de Julia Margaret Cameron (1815-1879), qui mêlent douceur et mystère, constituent  une sorte d’ouverture vers l’art pictural. Pénétrée des théories préraphaélites, cette jeune femme s’initie tardivement à la photographie ; elle développe une technique vaporeuse et imparfaite – Julia Jackson – qui valorise les sujets et les transcrit sur le négatif d’une manière quasi iconique, s’affranchissant du réalisme instauré en photographie. Inspirée par la peinture et la littérature, Cameron est une grande admiratrice de Victor Hugo, à qui elle fera parvenir 29 clichés au début des années 1870.

Faisant transition, en face du singulier André Malraux shooté par Irving Penn, le puissant portrait réalisé en 1878 par Nadar, ami d’Hugo, sculpte le grand homme du siècle. Regard fixe, une main sur la tempe, l’autre dans la poche… Le livre est le seul objet de la scène. Il personnifie l’écrivain et emmène le visiteur vers la grande salle dédiée au fond Roger Viollet.

Ces collections appartenant aujourd’hui à la Ville de Paris incluent une série de portraits d’écrivains du XXème siècle, réalisés en vue de reportages. Eloges de prix littéraires, visites chez les auteurs ou maisons d’éditions sont ici représentés, formulant par l’image la relation étroite qui s’est tissée entre le photo-journalisme et l’écrivain. Souvent sérieux, relativement « convenus », ces profils littéraires n’offrent guère de surprises… C’est à peine si l’on distingue la bouille de Françoise Sagan photographiée par Lipnitzki sur la planche contact exposée en vitrine… Malgré tout, l’admiration ressentie devant les grands noms de la littérature française tels Colette – splendide sous le flash de Laure-Albin Guillot –, Sartre ou Beauvoir ne peut être réprouvée.

Inattendus, les cinq clichés d’Antonin Artaud dessinant, réalisés par Denise Colomb, figurent à merveille la « gueule » de l’écrivain et rappellent les grimaces involontaires provoquées par les expériences d’une première anthropologie criminelle.

La section suivante est consacrée aux photographies d’hommes de lettres conservées à la Maison Européenne de la Photographie. Dès les années 1950, une relation intense s’instaure entre photographes et  écrivains, non plus seulement sur le plan du reportage illustré, mais aussi sur l’approfondissement du rapport texte/image. La prise de vue se fait parfois l’écho d’un texte, tandis que le texte permet souvent l’évocation d’une image. Ainsi, se font jour d’immortels duos de photographes/écrivains, comme si la correspondance avait toujours existé. « En lisant Prévert, on voit surgir les photos de Doisneau. En regardant Doisneau, on entend les poèmes de Prévert. ». La photographie révèle quelque chose de la littérature, s’insinue entre les lignes pour donner une âme à l’auteur. Edouard Boubat choisit une Marguerite Duras expressive et farouche, alors que Marc Trivier donne à Samuel Beckett la prestance frontale de ses proses absurdes. Son portrait de Jean Genêt réalisé en 1985, présente l’artiste sur un banc, voûté, une cigarette à la main. Troublant d’humilité, ce portrait laisse percer un regard perturbé sur un monde en perdition.  Hervé Guibert se concentre quant à lui sur la thématique du portrait en absence, où l’objet, plus que l’écrivain, donne sens à l’image. La démarche de Keiichi Tahara exprime la confrontation de l’écrivain à son environnement. Par le choix du diptyque, où la lumière joue toujours un rôle important, il instaure une succession de plans larges, puis resserrés, qui ont pour objet de définir l’essence d’un esprit littéraire.

La toute dernière pièce est sans doute le temps fort de l’exposition. Le visiteur avait sans doute oublié qu’il se trouvait dans la maison de Victor Hugo. Dans cette petite salle tamisée, il découvre le grand homme sur son lit de mort, dans un ultime cliché saisi le 22 mai 1885 par Nadar. Icône d’un temps, « lumière noire » d’une période nuancée, Victor Hugo n’a pas seulement contemplé le XIXème siècle, il en a été l’acteur engagé, l’intellectuel politisé, le poète emblématique.

Comme pour prolonger l’aura de l’artiste, les photographies d’Olivier Mériel prises en 1998 à Hauteville House offrent un contrepoint intéressant de ces lieux vidés de leur maître, plus d’un siècle plus tard.

 

« Portraits d’écrivains de 1850 à nos jours », Maison de Victor Hugo, Du 5 novembre 2010 au 20 février 2011

6 place des Vosges 75004 Métro St Paul ou Bastille, Ouvert tous les jours sauf lundis et jours fériés de 10h à 18h

Tarif plein 6 €, Tarif réduit 4€50

Images

– Nadar (Paul Félix Tournachon, dit). (1820-1910), Victor Hugo, 1878, tirage sur papier albuminé, Maison de Victor Hugo
© Maisons de Victor Hugo / Roger-Viollet

– Auguste Vacquerie (1819-1895), Victor Hugo (1802-1885), 1854, tirage sur papier salé /négatif verre au collodion, Maison de Victor Hugo © Maisons de Victor Hugo / Roger-Viollet

– Auguste Vacquerie (1819-1895), La main de Victor Hugo, vers 1853-54, tirage sur papier salé/ négatif verre au collodion, Maison de Victor Hugo, © Maisons de Victor Hugo / Roger-Viollet

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Marie Lesbats

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