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Livre/ Louvre : Jean-Philippe Toussaint rend un hommage visuel au Livre, au Louvre

Livre/ Louvre : Jean-Philippe Toussaint rend un hommage visuel au Livre, au Louvre

08 mars 2012 | PAR Yaël Hirsch

L’auteur, plasticien, vidéaste et photographe belge Jean-Philippe Toussaint investit jusqu’au 11 juin 2012 3 salles de l’aile Richelieu du Louvre. Puisant dans les magnifiques collections de livres et de dessins de Edmond de Rotschild, Toussaint propose de représenter et réfléchir, l’acte de lire… Mais sans un seul texte sur papier, sauf un extrait du Godot de Becekett. Mercredi 7 mars, il recevait la presse pour une visite guidée pleine d’esprit. Compte rendu séduit.

On entre dans Lire-Livre par la plus grande salle livrée en carte blanche à Jean-Philippe Toussaint. Ce dernier l’a remplie d’une installation et de deux photos. Accumulations de bordures rouges de livres parfaitement rangés,  l’installation est une révérence à la superbe collection de livres ancien d’Edmond de Rothschild, dans laquelle l’artiste est allé puiser pour construire cette exposition. Révérences aux maîtres du Louvre, les photos de grands formats ont un effet palimpseste, quelques années après l’exposition « Louvre » de Candida Höffer. La première « Mardi au Louvre » montre l’entretien de la Grande galerie… et des livres en bataille sous les augures de la « Mort de Sardanapale » de Eugène Delacroix. La deuxième est un pastiche brillant de fameux tableau de Fantin-Latour « Hommage à Delacroix », où Toussaint a réuni autour d’un autoportrait de Delacroix et de lui-même une fausse photo impromptue de « Quelques amis écrivains » : Emmanuel Carrère, Philipep Djian, Jean Echenoz, Philippe Bayard et Olivier Rolin. Puis l’on passe à une formidable installation en néon, sorte de pièce intergalactique ou le mot « livre » apparaît en 22 langues, comme une constellation, ou un ballet d’amour de la lecture en réponse à une citation de Jorge-Luis Borges sur la Bibliothèque.

La deuxième salle commence par l’ « Enfer », qui réunit un exemplaire fermé originel du texte de Dante datant du 15e siècle, l’une des deux seules copies de la huitième édition, illustrée par 19 planches préparées par Boticelli. Aux côtés de ces trésors cachés, l’artiste a inséré sur des écrans Samsung électroniques, 9 traductions d’une page du chapitre 3 de l’Enfer. Il a lui-même traduit en français le texte. Et a décidé d’ajouter à cet « Enfer » une page du manuscrit d’ « En attendant Godot » où l’on peut lire « Voilà l’homme tout entier s’en prend à sa chaussure alors que c’est son pied le coupable ».  En vis-à-vis de ce morceau de lettres classiques, Toussaint a apposé deux autres grandes photos : l’une représentant des mains tenant des livres, certaines venant de grandes toiles de la renaissances, d’autres de clichés pris dans le métro de Tokyo en 2007. Et l’autre immortalisant par bribes ses deux jeunes enfants lisant, l’une « Les Pensées » de Pascal et l’autre, « Les rêveries du promeneur solitaire » de Rousseau.

Enfin, la troisième salle est l’installation Lire/Livre à proprement parler; elle mêle des planches classiques du 17e siècles de Le Brun dépeignant avec minutie le cerveau humain, et une IRM bien contemporaine du cerveau de l’auteur en train de lire. A ces autoportraits contextualisés s’ajoute un happening : des lecteurs se relaient dans une cabine, et un vrai-faux encéphalogramme rend compte de l’activité de leur cerveau pendant une session d’un quart d’heure de lecture.Bien que l’objet de l’exposition soit officiellement de représenter la joie de la lecture par des images, des formes et de la lumière mais pas ou peu de pages, Toussaint n’a pas résisté à clore sur les affres et l’angoisse de l’écriture, évoquées par une Mélancolie de Dürer et une terrible tentation du maître spirituel de ce dernier : Schongauer.

Brillant dans chacun de éléments qui constitue son hommage visuel au livre, Jean-Philippe Toussaint perd néanmoins un peu son « lecteur » en mêlant livres et gravures, pastiche et création, images médicales et imagination artistique. Ils l’entraîne ainsi dans un Babel séduisant, mais où le goût du livre prend l’inquiétante étrangeté du rejet de la poussière de l’âge pour l’irruption de lumière des néons.

A Noter : du 4 au 13 mai, le film de l’artiste, « Trois Fragments de Fuir » sera projeté à l’auditorium du Louvre.

Pour aller plus loin, ceux et celles qui veulent entrer dans l’univers de Jean-Philippe Toussaint pourront le faire par le biais de la « Télévision », puisque France 5 a suivi la création de cette exposition et en dévoilera ses rouages dans son émission « Ma vie d’artiste » les jeudis 15 et 22 mars 2012 à 22h30.

Autoportrait : Jean-Philippe Toussaint, 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]ure.com

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