Théâtre

La confusion de Marie Nimier : bruit, fureur et désarroi au Théâtre du Rond-Point

08 mars 2012 | PAR Yaël Hirsch

Après « Pour en finir avec Blanche-Neige », le tandem Marie Nimier/Karelle Prugnaud reprend du service. Les deux femmes proposent un conte cruel et hyper-réaliste sur les illusions perdues d’une Bovary élevée dans les années 1970. Le temps d’une machine à laver, l’auteure de « la Reine du silence » (Gallimard) laisse les formidables Xavier Berlioz et Hélène Patarot se mettre à nu – dans tous les sens du terme.

Allongée dans un tapis de peluche en sous-vêtements et perruque bleue, elle (Hélène Patarot) est un peu perdue et estime qu’on lui a menti en lui volant tous ses repères dans les années 1970. Lui (Xavier Berlioz ) entre en scène; il est là pour un entretien qui dure le temps d’une machine à laver. Un entretien au cours duquel ils doivent mettre une vie de liaison étrange à plat. Élevés ensemble dans la même maison, ni frère et sœur, ni vraiment amants, ils se voient quand lui le décide. La dernière fois, il a réparé une tringle chez elle ; il s’est impliqué, elle a cru que les choses allaient changer et puis non. Hystérie, dégoût, amour profond, musique trop forte. Et puis, rien, les générations précédentes ont pratiqué la politique de la terre brûlée : en matière d’ordre, de vérité et de fer à repasser.

Dans une mise en scène hyper-réaliste, aux divers tons de bleus électriques et de nudité triste, Karelle Prugnaud mélange un peu tous les objets attendus du genre : coup de balai sur les peluches, maquillage de Buto triste à la Alfredo Arias, esquisse de bondage branché, fonte de rouge à lèvre au fer à repasser, art vidéo, dessins un peu pornos et scène de nu intégral, sauvée par son ironie d’aquarium. Mais de fait, cette vision électrique et quasi classique dans ses inspirations excentriques va parfaitement aux mots banals et répétés, aux injures sales et au désespoir violent (et parfois vulgaire) de l’héroïne imaginée par Marie Nimier. Un beau texte qui désire sonner creux et une mise en scène qui repose en équilibre sur la dynamique du survoltage et la lassitude de la répétition. En bref un spectacle à voir pour ses comédiens, et qui enchantera et surprendra les fans de Marie Nimier…

La Confusion, de Marie Nimier, mise en scène Karelle Prugnaud, avec Xavier Berlioz, Hélène Patarot, musiciens et son : Fabien Kanou, Bob X, scénographie : Fabien Kanou, lumières : Blandine Laennec,  vidéo : Maximilien Dumesnil,  costumes : Nina Benslimane,  dessins : Mickael Pecot Kleiner, 1h20.

Visuel affiche : © Stéphane Trapier

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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