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Les dernières années de Raphaël au musée du Louvre

Les dernières années de Raphaël au musée du Louvre

10 octobre 2012 | PAR Sarah Barry

Demain jeudi 11 octobre, le musée du Louvre ouvre les portes d’une exposition inédite consacrée aux derniers temps du grand maître de la Renaissance italienne : Raffaelo Santi, dit Raphaël (1483-1520). Grâce à un partenariat très étroit entretenu avec le musée du Prado, le Louvre concentre notre regard sur ce qui fut l’apogée, l’accomplissement stylistique de l’art de Raphaël, tandis qu’émergaient dans son atelier les figures majeures de sa postérité immédiate : Giulio Romano et les frères Penni, également mis à l’honneur dans les expositions du musée.

Ce n’est pas le moment d’aller visiter la Grande Galerie du Louvre. A moins de ne vouloir y faire que le passage aussi obligé que réducteur par La Joconde, qui elle de toute façon ne bouge jamais, cette section de l’art italien est actuellement un peu amoindrie. Et pour cause : l’exposition rassemble un nombre important d’oeuvres du grand maître (commandes privées, portraits d’apparat ou d’intimes, retables d’église, dessins, tapisseries, etc.), mais aussi de quelques autres artistes qui offrent une comparaison pertinente : Léonard de Vinci, que Raphaël admirait, mais aussi Giulio Romano (1492 ou 1499 – 1546) et Gian Francesco Penni (vers 1496 – vers 1528), qui travaillèrent dans son atelier et collaborèrent si bien à ses réalisations que l’on se perd parfois dans les attributions.

Dans une scénographie classique et élégante, caractéristique du Hall Napoléon, l’exposition semble parfois nous ramener quelques temps en arrière, à la présentation de la Sainte Anne de Léonard de Vinci, d’autant qu’une section est consacrée aux madones de Raphaël, qui s’inspira de Léonard pour ses Vierges à l’Enfant avec Sainte Anne. Cette précédente exposition se regroupait autour de  l’ultime chef d’oeuvre d’un artiste mort à 67 ans, ultime chef-d’oeuvre vu comme son testament scientifique et artistique. Mais dans le cas d’un peintre disparu à 37 ans, que peut-on dire des dernières années ? Le Louvre a pourtant choisi ce point de vue inédit afin de mettre en valeur les dernières évolutions stylistiques du peintre, mais aussi le travail d’un atelier performant où ses élèves favoris le suppléèrent dans l’exécution picturale, avant de devenir les interprètes de son esprit après sa mort. Leur rôle est donc largement mis en question par cette dernière réalisation du Louvre, qui consacre d’ailleurs dans le même temps une exposition à Luca Penni (Aile Sully, 2ème étage, salles 20 à 23) et une autre aux dessins de Giulio Romano (Aile Denon, 1er étage, salles Mollien).

L’exposition Raphaël, les dernières années adopte un parcours thématique, découpé en sept sections ; après un retour rapide sur la formation de l’artiste, où s’imposent Le Pérugin, Léonard de Vinci et Michel-Ange, le discours s’oriente immédiatement vers les sommets pluridisciplinaires qu’il atteint à Rome. Qu’il s’agisse de grands décors pour le Vatican, de cartons de tapisserie, de retables ou de portraits, Raphaël impressionne par sa maîtrise de la composition, par l’harmonie qu’il met dans la disposition des figures et des gestes, jusqu’à l’évidence.

Mais d’autres éléments sont typiques de ses dernières tendances : un goût pour les ambiances sombres, avec par exemple des effets atmosphériques ténébreux dans les paysages (tempêtes, orages) ; une majesté grave dans les poses des personnages ; une certaine rectitude dans l’élaboration du décor architectural ; une grâce angélique dans le traitement des visages. En bref, Raphaël possède et pousse au-delà de la tradition tous les tours nécessaires à une narration picturale efficace, à l’expression des passions. A noter également la virtuosité technique qu’il met au service du rendu des matières, si bien que nos doigts ressentent les textures tandis que nos oreilles entendent le frottement du tissu.

Une section est dédiée à Giulio Romano et une autre à Gian Francesco Penni, des suiveurs qui ne laissèrent parfois à Raphaël que le soin de parachever quelques détails sur les commandes. Mais chacun s’affirmera ensuite dans des tendances qui lui seront propres. Prenons l’exemple de Romano, doué d’un tempérament imaginatif mais inconstant, ce qui se traduit dans son art par une gestuelle exagérée des personnages, allant parfois jusqu’à la caricature, par une certaine violence, mais aussi par des manipulations inventives, des trompes-l’oeil, qui font de lui un précurseur du maniérisme. Dans La Circoncision (voir ci-contre), le peintre choisit, dans une perspective ainsi rendue illogique, de mettre au premier plan les chapiteaux de deux colonnes torses alors que les bases sont au second plan.

L’exposition se termine sur l’un des genres les mieux domptés par Raphaël, à savoir le portrait. Influencé par la manière flamande, il confère à ces effigies un réalisme frappant, qu’il allie à une pertinence psychologique faisant aussi bien appel à la singularité des expressions qu’aux symboles (qu’ils soient décor, ambiance, vêtement ou accessoire). On retient bien évidemment le célèbre portrait de Baldassare Castiglione, qui témoigne encore de la maestria de Raphaël pour ce qui est de la sureté du dessin, de la subtilité de la palette de couleurs ou encore du maniement efficient des glacis. Mais c’est un joli clin d’oeil qui tient rôle de conclusion : un autoportrait de Raphaël avec Giulio Romano (ci-dessus), où élève et maître semblent saisis sur le vif dans leur connexion affective et intellectuelle. Une façon de résumer en une image le propos de l’exposition.

 

Visuels :

A la une et en entête : Raphaël, Portrait de Bindo Altoviti (extrait), vers 1516-1518 (c) courtesy of the National Gallery of Art, Washington

Photographie 1 : Raphaël, Vierge à l’Enfant avec le petit Saint Jean Baptiste, dite La Belle Jardinière, vers 1507-1508 (c) RMN (Musée du Louvre)

Photographie 2 : Raphaël, Portrait de femme, dit La Donna Velata, vers 1512-1518 (c) 2012 Photo Scala, Florence – courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali

Photographie 3 : Giulio Romano, La Circoncision, vers 1522 (c) RMN (Musée du Louvre)

Photographie 4 : Raphaël, Autoportrait avec Giulio Romano, 1519-1520 (c) RMN / Jean-Gilles Berizzi

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Sarah Barry

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