Arts

Le nu selon Degas au musée d’Orsay

Le nu selon Degas au musée d’Orsay

14 mars 2012 | PAR Elodie Rustant

Le musée d’Orsay poursuit son hommage aux grands peintres de la seconde moitié du XIXe siècle avec cette nouvelle rétrospective consacrée au travail et à l’étude du nu dans l’œuvre d’Edgar Degas. L’exposition a été organisée en partenariat avec le Museum of Fine Arts de Boston.

Cette collaboration entre les deux musées a permis le prêt d’œuvres majeures du travail de Degas, offrant ainsi une rétrospective particulièrement riche.

L’œuvre de Degas est le plus souvent assimilée aux nombreux portraits de danseuses. Il serait pourtant bien réducteur de limiter l’œuvre de l’artiste à cette unique production. Le nu est primordial chez Degas car il constitue le genre par lequel il fait évoluer son style tout au long de sa vie. Le choix des œuvres met en lumière cette évolution du travail de Degas par une scénographie divisant l’espace en sept parties.

Le nu est sans cesse repensé dans l’œuvre de Degas. Ses premières œuvres mettant en scène des personnages féminins dénudés témoignent de son passage dans les ateliers de Barrias (1822-1907) et Lamothe (1822-1869) (tous deux héritiers d’Ingres) dans lesquels Degas effectue son apprentissage. Puis viennent les nus naturalistes se concentrant sur les attitudes de femmes saisies lors de moments de la vie quotidienne. Degas cherchant à retranscrire le corps féminin le plus « naturellement » possible faisait pourtant prendre à ses modèles les positions les plus complexes pour saisir un mouvement ou une attitude particulière ! Les nus réalisés au terme de la carrière de Degas témoignent de l’évolution de l’artiste. Outre la nervosité du trait, ce sont les formats choisis par Degas qui marquent le profond bouleversement de son œuvre. De plus en plus importants, les dessins sont exécutés parfois à l’aide de papier-calque.

On redécouvre dans cette exposition la magnifique toile Scène de guerre au Moyen Age accompagnée des dessins préparatoires, preuves de l’importance que revêt la représentation du corps féminin pour l’artiste. La brutalité de la scène permet à Degas un travail tout particulier sur les torsions des corps chargés de sensualité malgré le sujet traité.

Puis vient la série consacrée au travail sur les maisons closes et les prostituées réalisée au cours des années 1870. Les dessins exposés rompent totalement avec les représentations habituelles de nus car ils n’ont pas pour but une sublimation du corps féminin. Les prostituées sont représentées de manière peu flatteuse, toujours grasses et oisives. Les scènes témoignent surtout du stéréotype porté sur ces femmes au XIXe siècle. Parfois explicitement sexuels, ces dessins ne furent jamais exposés du vivant de Degas. C’est sa parfaite maîtrise du rendu des ambiances qui ressort de cette série. Les clients ne sont d’ailleurs pas épargnés par l’artiste qui en fait souvent des personnages assez grotesques à l’image du bedonnant client, canne à la main, que Degas a ironiquement nommé Le client sérieux.

La saisissante toile Intérieur, dite également Le Viol (1860), marque quant à elle une transition vers un réalisme, ici cru et pétrifiant. La silhouette prostrée et à demi dénudée de la jeune femme s’oppose à celle, droite, de l’homme placé en position dominatrice contre la porte dont il barre l’accès.

Au milieu des toiles et dessins de Degas, le musée d’Orsay, comme à son habitude, replace certaines œuvres phares ou moins connues de ses collections et certains rapprochements sont surprenants. Comme cette juxtaposition de Femme se peignant ou La chevelure, peinte par Degas vers 1900 – où une femme rousse peigne une chevelure démesurément longue – d’une toile de Puvis de Chavannes montrant une servante peignant les longs cheveux blonds de sa maîtresse. On se pose la question de la pertinence d’un tel rapprochement, basé semble-t-il uniquement sur le motif de la toilette féminine…

Photos :

Edgar Degas Femme nue couchée, © RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Edgar Degas Femme se peignant ou La Chevelure, © RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Edgar Degas Après le bain, une femme s’essuyant les pieds, © RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

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