Arts

La Haute Couture défile à la Mairie de Paris

La Haute Couture défile à la Mairie de Paris

28 février 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A la mairie de Paris, la fashion week durera six mois. Six mois pendant lesquels les salons seront dédiés à la Haute Couture, art français si il en est, et, parisien par essence. Il faut se promener dans ce bal improbable, où les mannequins sans tête transcendent l’histoire de la couture.

Paris Haute Couture est l’intitulé de cette belle exposition qui s’intègre parfaitement aux missions voulues par Bertrand Delanoë. Il s’agit de représenter Paris. Bruno Julliard, adjoint à la culture, présent ce matin, indiquait « La Haute couture est identitaire à la personnalité de Paris ».

Le parcours est classique dans le lieu : une montée d’escalier, un corridor, une descente et une salle majestueuse. La scénographie est faussement facile. Le choix a été de partir des artisans pour arriver aux robes et autres tailleurs. Des mains de Mademoiselle Chanel prise en flagrant délit de peinture sous l’objectif de François Kollar en 1937 aux premières robes labélisées Haute Couture de Worth au début du XXe siècle, on verra les papiers à en-tête de la maison Paul Poiret ornés par Dufy en 1920 et des robes, beaucoup de robes. Une centaine.

Le fonds vient de Galliera, qui n’a jamais autant exposé que depuis sa fermeture. Le Musée de la Mode rouvrira ses portes à l’automne 2013 avec une rétrospective Alaia. En attendant, c’est aux Docks que le corps de la mode se dénude, et c’est dans les Salons de l’hôtel de la ville qu’il disparaît au profit des vêtements et des accessoires. Le commissaire général de l’exposition a choisi de faire dialoguer les œuvres dans une apparente chronologie. Et pourtant, côte à côte c’est près d’un siècle qui sépare deux magistrales robes du soir brodées, l’une Givenchy, l’autre Beer.

Nous sommes dans un défilé. Dans le rang central, elles sont toutes posées sur de légers promontoires, elles sont à hauteur d’homme. Un catwalk à gauche déploie du jour au jour en passant par la nuit, toutes les tenues archétypales de la couture française. A Droite, sur des hautes marches, se nichent des robes spectaculaires, telle l’effervescente « Bengale », toute verte ponctuée d’un ruban framboise de Marcelle Dormoy en 1948.

L’envie était ici de désacraliser, de montrer que la Haute Couture n’était pas forcément synonyme de faste.  Alors on découvre une robe d’après midi de Paul Poiret, évidement un tailleur Chanel « un uniforme trouvé pour une manière de vivre » ou un incontournable tailleur pantalon Yves Saint Laurent. Il s’agit de montrer les artistes, la virtuosité. Rien ne claque ici, tout est sublime.

Pourtant, il y a de l’extravagance. Elle se niche dans les griffes des gants de Elsa Schiaparelli en 1936 ou dans le masque tout en pierres précieuses de Margiela en 2012/2013, mais il n’y a pas d’exubérance. On est dans l’absolu chic et c’est dans les détails et dans la pureté des lignes que la robe  du soir de Madeleine Vionnet, 1932 excelle d’élégance dans le satin orné d’éléments métalliques. On rêve des années folles, années luxuriantes pour les plumassiers (Paris en compte 425 en 19 contre 3 aujourd’hui), les plisseurs ou les brodeurs.

Seul bémol, Paris Haute Couture fait l’impasse sur la vie des artistes. On ne sait rien de ces couturiers à part leur talent. Des robes crées en pleine guerre nous apprendrons seulement qu’elles sont faites en tissus moins précieux.

 

 

Visuels :

crédits ©Photographie droits réservés / Mairie de Paris

Schiaparelli, gants du soir, 1936 (gants avec griffes)

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Schiaparelli, gants du soir, vers1936. Collection Musée Galliera

Veau-velours noir, application de faux ongles en métal doré, couture sellier, couture piquée, doublure en soie blanche

 

Worth, tea gown, 1895 (robe Worth verte)

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Worth, tea gown, vers 1895. Collection Musée Galliera

Façonné de soie à fond satin vert et motifs en velours  coupé bleu nuit, doublure en taffetas de soie vert.

 

Vionnet, robe du soir, 1924 (robe déclinaison verte avec cristaux bleus)

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Madeleine Vionnet, robe du soir, 1924. Collection Musée Galliera

Mousseline de soie vert dégradé, broderies de fils métalliques cuivre au point avant, fils métalliques posés à l’aiguille de perles blanches, de tubes verts et de cristaux verts facettés. Broderies de la maison Lesage, fond en taffetas de soir ivoire (moderne).

Bruyère, robe de mariée, 1944

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Bruyère, robe de mariée, 1944. Collection Musée Galliera

Satin de soie blanc matelassé, décor de soutache blanche, doublure en taffetas de rayonne blanc.

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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