Cinema

Nous ne vieillirons pas ensemble : à nos amours ratés

Nous ne vieillirons pas ensemble : à nos amours ratés

28 février 2013 | PAR Lucie Droga

Deuxième long-métrage de Maurice Pialat, « Nous ne vieillirons pas ensemble » est le film de plus autobiographique du cinéaste : l’histoire met en scène Jean et Catherine, un couple adultère qui, fort de disputes et de réconciliations, n’arrive pas ou ne veut pas mettre un terme à leur relation. Pourtant un jour, Catherine quitte Jean…

Récit d’une rupture qui est présentée comme inévitable dès le début, le film  s’attache à démontrer les moments de la vie d’un couple sur sa fin : enchaînant coups de gueule sur coups de gueule, Jean et Catherine s’aiment, se détestent, se déchirent, mais reviennent toujours et naturellement dans les bras l’un de l’autre, jusqu’au jour ou Catherine, lasse de se faire humilier par Jean, décide de lui tourner le dos. Définitivement ? La dernière scène semble s’accorder pour dire oui, mais comme toujours chez Pialat, la suspension est de mise.

Le temps des désillusions

Nous ne vieillirons pas ensemble n’est pas un film d’amour, mais un film sur l’amour, quand il se présente à la porte, trop tôt ou trop tard. Elle (Marlène Jobert), est tombée follement amoureuse de Jean (Jean Yanne), un réalisateur qui la trimballe sur les tournages, à droite à gauche : après six ans de relation, Jean, aveugle devant les sentiments évidents de Catherine, se comporte de manière odieuse, l’incendiant à tout bout de champ. De ses « jambes de rat » à son « visage ordinaire », il reste de marbre devant l’amour pourtant si pur que lui offre Catherine, sans rien n’attendre en retour, si ce n’est, qu’il l’aime aussi fort qu’elle. Le film possède ce caractère cyclique, qui enferme les personnages dans des positions douloureuses à dépasser : les disputes inévitablement sont suivies de réconciliations et il n’est pas rare qu’après un « Mais casse toi bordel » lancé par un Jean hors de lui, on retrouve dans la scène suivante Catherine, tout sourire, montant dans la voiture de l’amour de sa vie. Un cycle infernal et épuisant, qui finira par avoir raison de la jeune femme, fatiguée d’avoir à subir la maltraitance de son amant : elle s’enfuit en Provence, chez sa grand-mère pour fuir la sa violence mais même là-bas, Jean la retrouve, ne pouvant se décider à la quitter.

Un amour raté

Jean et Catherine sont dans une désunion qui prend du temps à se faire en actes et le film se déroule sur la même monotonie du début à la fin, les personnages étant pris dans une spirale amoureuse infernale, qui, loin de raviver la flamme des débuts, les épuisent.  L’absence de repères chronologiques et la répétition presque absurde des scènes de disputes puis de réconciliations participent à faire de cet espace amoureux un espace clôt sur lui même et asphyxiant. Et pourtant : Jean aime profondément Catherine, au point que, la sentant s’échapper de plus en plus, il se décide à l’épouser. Trop tard. Car Catherine ne veut plus subir : progressivement au fil des scènes, elle prend le pouvoir sur Jean, l’obligeant presque à ne pas pouvoir se passer d’elle. A la manière de The Servant, film de Joseph Losey, Nous ne vieillirons pas ensemble illustre à merveille la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave, en faisant de Catherine, d’abord victime du sadisme de Jean, celle qui décide et prend l’ascendant sur Jean à la fin. Mais plus encore que ce mouvement d’un renversement le film s’attache à montrer l’absurdité de la vie et la vacuité des relations qui peuvent, à quelques temps près, se rater.

 

Visuels et image à la Une : Nous ne vieillirons pas ensemble de Maurice Pialat (1972) © Gaumont

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