Fictions
“Les chairs impatientes” ou la dissection du désir féminin

“Les chairs impatientes” ou la dissection du désir féminin

18 août 2022 | PAR Marianne Fougere

Bien que vivant au bord de l’océan, Marion Roucheux nous emmène au bord d’un lac de montagne pour sonder l’impatience d’un désir brûlant.

 

Le personnage imaginé par Marion Roucheux pourrait s’appeler Anna, Constance, Juliette ou Raphaëlle. Cela n’a que peu d’importance. Son absence de prénom permet à chaque femme de s’y identifier, à chaque lectrice du média “Les Louves”, cofondé par l’autrice, de s’y retrouver. Car, comme elles, la jeune femme au centre des Chairs impatientes est parcourue de mille et une tensions.

La naissance de son second enfant crée même un état de surtension qui la conduit, six mois après, dans une maison de repos. Ici, au bord d’un lac de montagne, elle peut enfin se délester de ses “vêtements trop encombrants de femme, d’épouse, de mère et de médecin, pour redevenir une plus petite version [d’elle-même]”. Repos, régénération, régression et même transgression. Car, alors qu’elle s’en va skier seule, elle rencontre un homme qui va réveiller son corps. Elle qui n’a “jamais voulu de ce corps de mère, lesté d’obligations et de folie”. Elle qui désire son “corps libre, libre de jouir, d’aimer, de dormir, libre de s’échapper, libre de tout quitter, libre de revenir. Libre de trahir”.

Mais être une femme libérée, vous savez, ce n’est pas si facile. Difficile de s’endormir comme si de rien n’était aux côtés du père de ses enfants. Difficile de devenir double et de contempler sa vie comme un film qui ne vous appartient pas plus. Difficile mais Marion Roucheux réussit parfaitement à traduire cet état schizophrénique. Dans une langue crue qui ne s’embarrasse pas de détours, elle écrit ce que certaines voudraient sans doute crier tout haut. Sans pour autant tomber dans la vulgarité. Le désir féminin, souvent prisonnier du male gaze, apparaît ici sous un autre jour. Sans fard. Et c’est pourquoi il en gênera peut-être certains. Que nous nous garderons bien de nommer…

 

Marion Roucheux, Les chairs impatientes, Paris, Belfond, sortie le 18 août 2022, 192 p., 19 euros.

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Marianne Fougere

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