Arts

La collection de l’Allemand Frieder Burda au musée Granet d’Aix-en-Provence

La collection de l’Allemand Frieder Burda au musée Granet d’Aix-en-Provence

08 août 2012 | PAR La Rédaction

L’exposition Frieder Burda au musée Granet d’Aix-en-Provence constitue un événement : c’est la première fois que la collection rassemblée depuis 40 ans par le collectionneur sort d’Allemagne pour être présentée à l’étranger. Quoi de plus plaisant que de profiter, à la faveur d’un passage par la Provence, de ces toiles accessibles le temps d’un été aixois.

Quasi inconnu en dehors du monde de l’art, Frieder Burda est devenu célèbre après l’ouverture en 2004 d’un musée à son nom à Baden-Baden. Né en 1936, Burda développe dès ses jeunes années une sensibilité artistique au contact des toiles que collectionne son père. Il hérite, en plus de l’amour de l’art que lui transmet le milieu dans lequel il a grandi, du sens des affaires de son père, grand patron et magnat de la presse. Burda commence sa propre collection dans les années 60 et délaisse peu à peu ses activités d’homme d’affaires pour se consacrer à sa collection, pour laquelle il fait finalement construire un musée.

Ce que donne à voir cette exposition c’est autant l’art de collectionner que les créations artistiques elles-mêmes. En plus de la richesse de la collection à laquelle le visiteur a accès, c’est le regard singulier de Burda sur l’art et les diverses relations du collectionneur aux artistes qui sont mis en valeur.

L’exposition s’ouvre avec deux représentations du collectionneur qui, en commandant aux artistes son portrait, s’inscrit dans la lignée des grands mécènes depuis la Renaissance. A côté de ces deux portraits, l’on trouve la pièce qui marque l’acte fondateur de la collection Frieder Burda : la toile lacérée rouge de Fontana, choix radical et provocateur, en rupture avec la collection paternelle.

Dès le début de l’exposition, l’accent est donc mis sur la figure du collectionneur.  Ce qui dans l’art est particulièrement cher à Burda est mis en avant : la force émotionnelle des toiles, la couleur, le geste pictural. Frieder Burda achète seul, sans conseiller ni expert , ne suivant que son intérêt et son émotion, et cela se sent.

Le parcours débute par les expressionnistes allemands qui tiennent une place à part dans la collection de Burda. Macke, Kirchner, Beckmann ont entouré Burda toute son enfance dans la maison familiale (plusieurs des toiles exposées furent acquises par son père), et ont forgé son goût pour la charge émotionnelle que diffuse cette peinture.

Apparaissent ensuite de grands Picasso – grands par la taille et la qualité – de la dernière période, à Mougins. Il se dégage de ces toiles une urgence face au temps désormais compté. Durant cette période Picasso combat le temps par une production prolifique, quasi boulimique, cherchant dans cette peinture émouvante ce qui subsiste de l’humain après toutes les déconstructions et destructions qu’il peut subir.

Les expressionnistes abstraits new-yorkais, Pollock et De Kooning, viennent participer à toute cette force déployée. Puis le pop et l’hyperréalisme – Rauschenberg, Katz, Morley- peut être le moment le moins convaincant de l’accrochage.

La deuxième partie de l’accrochage donne une idée de la place donnée à la peinture allemande des années 1960 à nos jours au sein de sa collection. Trois artistes occupent une place centrale avec une rafale de toiles de Richter et de Polke, ainsi que plusieurs immenses toiles de Baselitz. Enfin on prendra mieux connaissance de la peinture contemporaine allemande, défendue avec ferveur par le collectionneur, avec Neo Rauch et Tim Eitel.

La qualité du cadre ajoute à la qualité de l’exposition : le calme, la possibilité d’être seul devant un Picasso ou un Pollock et la taille humaine de cette exposition faite de 53 œuvres, garantissent la possibilité de vraiment profiter de ce qu’on regarde sans penser aux mille autres œuvres qui suivent, et d’en sortir réellement imprégné de ce qu’on a vu et senti. Au regard de ces toiles emblématiques de la collection Burda, on se fait une idée de ce que la France a raté lorsque le maire de Mougins a refusé à Burda la possibilité d’y construire son musée.

Nilufar Hebras.

Visuel : August Macke: Kleiner Zoologischer Garten in Braun und Gelb, 1912, 47 x 68 cm, Huile sur toile, Copyright: Museum Frieder Burda / VG Bild-Kunst.

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One thought on “La collection de l’Allemand Frieder Burda au musée Granet d’Aix-en-Provence”

Commentaire(s)

  • 293721 965598Oh my goodness! an superb write-up dude. Thanks a whole lot Even so I

    octobre 10, 2012 at 15 h 32 min

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