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Klein-Moriyama à la Tate Modern : une exposition londonienne à ne pas manquer

Klein-Moriyama à la Tate Modern : une exposition londonienne à ne pas manquer

05 novembre 2012 | PAR La Rédaction

En direct de Londres – Jusqu’au 20 janvier 2013, la Tate Modern propose une exposition en forme de diptyque sur les deux « street » photographes. Contrairement à ce qu’annonce le titre en équation « William Klein + Daido Moriyama », cet événement qui attire en masse les foules ne vous propose ni un face-à-face, ni une rencontre entre deux artistes majeurs de la photographie. L’équation est en réalité une juxtaposition, à vous de réaliser le calcul.

Initié ou néophyte, difficile de ne pas connaître William Klein, l’artiste américain basé à Paris, le photographe urbain et de mode qui a photographié Gainsbourg (la pochette de « Love on the beat », c’est lui !), Cantona, de nombreuses mannequins et les villes, Paris, New York, Madrid… On découvrira également William Klein cinéaste et surtout, William Klein peintre abstrait, « un excellent graphiste » comme je l’ai entendu en français à propos de ses toiles « typo-graphiques ». La force de cette rétrospective est d’être vivante : nul sacre du passé ici, les œuvres présentées sont des œuvres au présent, l’artiste n’hésitant pas à retravailler ses photos passées avec les techniques digitales d’aujourd’hui. Le composite qui recouvre le mur de l’entrée est magistral en ce sens, comme la dernière salle. Exposé régulièrement à la Polka Galerie à Paris et ayant fait l’objet d’une rétrospective à la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain en 2003, Daido Moriyama est un photographe incontournable au Japon qui a publié de très nombreux livres – dont Farewell Photography (1972) et Light and Shadow (1982) que tous les spécialistes considèrent comme décisifs.

Chef de file du mouvement japonais « Provoke » à l’aube des années 1970, Moriyama a travaillé à la redéfinition du langage photographique et offre une vision sans doute plus glauque et plus troublante du réel que Klein.
Il produit des séries de photos tourmentées, habitées par les mouvements de son propre corps, presque toutes en noir et blanc et qui questionnent le consumérisme, le quotidien, le réel, le trivial. Par le fait d’une installation qui les juxtapose en série ou les associe étonnamment en composites (un tour étonnant des curateurs), ses œuvres racontent d’énigmatiques histoires et vous incitent à projeter votre trouble. Expérience intense de ses propres émois.
La surprise finale, c’est la petite salle des polaroids. Un moment « coloré », une mosaïque sublime et d’une intense poésie.

Au-delà de la singularité propre à chaque œuvre, quelles affinités lient Klein et Moriyama ? Qu’ont-ils en commun ? Réponse évidente une fois formulée, mais qui demande quelque effort : la liberté de création, la rupture avec les conventions, le mouvement, la quête de sens. Pourquoi les associer fait-il sens ? Parce que tous deux ont cherché à rompre avec les conventions à la même époque et avec des procédés similaires : le flou, le contraste, le vivant, qui sont au programme ici ; le quotidien, le banal, le trivial qui sont interrogés, observés, chroniqués dans des séries tantôt enivrantes, tantôt inquiétantes. Petit bémol et problème d’énonciation : le parti des curateurs n’est pas explicite et il est difficile de ne pas cacher une petite déception, voire une frustration, comme une envie de voir l’un face à l’autre. Les « longs échos » qui de loin en loin « se répondent » peuvent ne pas parler au grand public (la Tate Modern est un lieu ouvert et familial) et auraient vraiment mérité d’être explicités.

Ce sont au final deux expositions successives – 7 salles pour chaque artiste – qui se parcourent selon un ordre défini, avec entrée imposée côté Occident, sortie définitive côté Japon.
Pour éviter la déception, mieux vaut être prévenu : la confrontation entre les deux artistes se fait à distance, avec subtilité, chacun ayant un espace propre qui ignore « l’autre » et qui est structuré par le cheminement même de l’artiste et les grandes étapes de son œuvre. La scénographie est quelque peu étonnante, en ce sens qu’elle ne se comprend qu’après coup : les deux photographes ayant évolué dans des « mondes parallèles », sans se croiser et sans interférer, l’exposition maintient une frontière invisible mais néanmoins étanche. La démonstration des affinités entre les deux œuvres reste à faire, mais la clef n’est pas hors de portée.
Reste l’expérience exceptionnelle des deux œuvres. A ne pas manquer !

Le ticket d’entrée est certes élevé, 14 livres (17,5 euros), mais l’exposition vaut largement le coup et les collections permanentes sont gratuites. Plaisir ultime de la Tate Modern, la vue du café (level 3) est magistrale.

Anthony Mathé.

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