Arts
Les réflexions infinies de François Réau à la galerie Clavé Fine Art à Paris

Les réflexions infinies de François Réau à la galerie Clavé Fine Art à Paris

23 mai 2022 | PAR Christophe Dard

Jusqu’au 25 mai 2022, la galerie parisienne accueille l’exposition « Sous l’orage des roses ». 18 oeuvres sur papier, dont certaines monumentales, de la sculpture et une installation réalisée spécialement pour le lieu marquent l’aboutissement des recherches d’un artiste inclassable mais qui ouvrent d’éternelles introspections.

 

To what extent X, 2021
Mine de plomb et graphite sur
papier marouflé sur toile, 240 x
375 cm (240 x 125 cm chaque)
© Studio Vanssay

 

Il est des artistes qui ne répondent à aucun critère, libres, indépendants, utilisant tous les supports et à l’aise sur tous les terrains. François Réau fait partie de cette précieuse catégorie. De l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun à l’Abbaye Royale de Fontevraud en passant par le Domaine de Chaumont-sur-Loire, les montagnes de l’arrière-pays aixois et le bush australien, l’artiste tutoie les matériaux rencontrés lors de ces pérégrinations ou tout près de son atelier. François Réau, en hermétiste à la curiosité illimitée, utilise de la mine de plomb, des branchages, des fleurs, des fils, ou bien encore des cordes, des pièces de tissus, des tasseaux de bois et des amas de toile de jute, autant de fragments totémiques aimantés en bouquets paysagers aux multiples entrées.

 

L’épine, 2018,
Bois flotté, 67 x 21 x 17 cm
© Studio Vanssay

 

C’est dans l’ancien atelier de César transformé en galerie d’art par Antoine Clavé et redessiné en 2021 par l’architecte japonais Kengo Kuma que François Réau nous livre ses réflexions jusqu’au 25 mai, dans un espace où la lumière s’impose en Majesté, un environnement idéal pour éclairer des créations qui comme l’explique Antoine Clavé « laissent apparaître et disparaître des formes végétales plus ou moins abstraites, sculptures de bois rappelant le support même de ses œuvres ». Il ajoute : « tous ces éléments créaient dans son atelier une atmosphère particulière qui me rappelait déjà la tranquillité et la pureté de l’architecture de Kengo Kuma ».

 

Vue de l’exposition © Studio Vanssay

 

Mais ces oeuvres pures et profondes, abstraites et classiques à la fois (on peut y retrouver du Michel-Ange), paraissent prises dans un mouvement perpétuel. Les branches semblent ainsi continuer leur extension et les roses fleurir avant de s’éteindre. Nos interrogations existentielles complètent et accentuent ce sentiment de paysages vivants notamment nos rapports complexes avec l’espace et le temps, des questions emprisonnées dans les mémoires collectives et auxquelles aucune réponse n’a été apportée. Dans le présent immédiat telle que l’oeuvre apparaît sous nos yeux, c’est tout un passé qui se déploie mais le futur reste une vague évocation devant lequel les certitudes ne frissonnent pas. Toutefois, les nuages du dessin monumental To What Extent X (Dans quelle mesure) ont déjà nimbé l’existence d’un halo de mystère et de doutes.

 

Vue de l’exposition © Studio Vanssay

 

Sous le commissariat de Stéphane Ibars, le titre de l’exposition « Sous l’orage des roses » reprend les mots de l’un des poèmes d’Ingeborg Bachmann, traduit par Françoise Rétif.
« Où que nous allions sous l’orage des roses,
la nuit est éclairée d’épines, et le tonnerre
du feuillage, naguère si doux dans les buissons, est maintenant sur nos talons.
Où toujours on éteint ce qu’enflamment les roses,
la pluie nous emporte dans le fleuve. Ô nuit plus lointaine ! Une feuille pourtant, qui nous toucha, sur les ondes dérive derrière nous jusqu’à l’embouchure »

Car si tout nous dépasse et nous ramène à notre situation de passager ignorant de la destinée de ses pas, c’est en poésie qu’il convient d’accepter cet état de fait comme une catharsis que François Réau livre dans une herméneutique méditative et apaisante.

Christophe Dard

INFORMATIONS PRATIQUES: 
François Réau, « sous l’orage des roses »
Clavé Fine Art
10 bis rue Roger 75014 Paris
www.clavefineart.com
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h

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Christophe Dard
Titulaire d’un Master 2 d’histoire contemporaine à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Christophe Dard présente les journaux, les flashs et la chronique "L'histoire des Juifs de France" dans la matinale (6h-9h) sur Radio J. Il est par ailleurs auteur pour l'émission de Franck Ferrand sur Radio Classique, auteur de podcasts pour Majelan et attaché de production à France Info. Christophe Dard collabore pour Toute la Culture depuis 2013.

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