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Deux chefs-d’œuvre de Matisse enrichissent les prestigieuses collections du Centre Pompidou

Deux chefs-d’œuvre de Matisse enrichissent les prestigieuses collections du Centre Pompidou

09 janvier 2014 | PAR Céline Duverne

Une silhouette gracile sur fond rouge et vert, un camaïeu de formes géométriques aux couleurs chatoyantes : le prestigieux Centre Pompidou accueille deux nouveaux chefs-d’œuvre signés Henri Matisse, la Marguerite au chat noir et la Jérusalem céleste.

Ces deux toiles viennent d’être intégrées au sein de la collection « Modernité plurielle de 1905 à 1970 » qui propose, dans un parcours comprenant plus de 1000 œuvres issues de 47 pays, une relecture enrichie de l’histoire de l’art servie par une exceptionnelle diversité formelle. La représentation de l’oeuvre d’Henri Matisse au musée national d’art moderne, déjà très riche, se trouve spectaculairement renforcée par l’intégration de ces deux toiles essentielles, précise l’institution dans son communiqué officiel.

La donation a été officiellement signée mercredi dernier au ministère de la Culture, entre la veuve de Claude Duthuit – petit-fils du peintre – et Alain Seban, président du Centre Pompidou. « En mémoire de son époux Claude Duthuit », décédé en 2011, elle « a décidé de donner à l’Etat deux œuvres majeures d’Henri Matisse », indique le communiqué. La ministre Aurélie Filippetti n’a pas manqué d’exprimer toute « la reconnaissance de la République française » à l’égard de Madame Duthuit « pour le don historique » de ces deux tableaux.

Le Musée National d’Art moderne accueille en son sein l’illustre Marguerite au chat noir (huile sur toile, 1910), dont le modèle n’est autre que la fille née hors mariage du peintre. En 1906 déjà, Marguerite posait pour son père dans un portrait d’inspiration très différente, échangé à Picasso contre l’une de ses natures mortes. Elle a quinze ans lorsqu’elle pose pour la présente œuvre. Comme dans le portrait précédent, l’adolescente est représentée de face mais son regard est plus vague, empreint d’une indéniable mélancolie, et la pose moins assurée – à l’instar de ce chat dont on ne peut déterminer s’il est étendu ou s’il s’apprête à s’échapper. Les grands yeux candides, la chevelure brune encadrant un visage poupin renforcent l’impression d’extrême jeunesse du modèle, en contraste avec le portrait nettement plus austère de 1906.

Ce chef-d’oeuvre s’inscrit dans la lignée d’une série de portraits féminins, réalisés pour la plupart entre 1908 et 1911. On mentionnera ainsi L’Algérienne dont la posture, quoique plus lascive, n’est pas sans rappeler celle de Marguerite, ou encore la plus sobre Olga Merson (1911). L’exotique Fille aux yeux verts et la pétulante Jeune fille aux tulipes viennent compléter cette galerie. Lignes sévères ou couleurs franches, assurance ou fragilité, tous ces modèles possèdent ce « charme » particulier recherché par Matisse pour appréhender l’altérité féminine : « Je lui donne de la grâce, un charme, et il s’agit de lui donner quelque chose de plus. (…) Le charme en sera moins saillant, n’en étant pas toute la caractéristique, mais il n’en existera pas moins, contenu dans la conception générale de ma figure » (cité par La Tribune de l’art).

Moins illustre, la seconde œuvre, La Jérusalem céleste, consiste en une vaste composition en papiers gouachés et découpés. Elle correspond à la première maquette du grand vitrail de la Chapelle du Rosaire à Vence, inaugurée en 1951. La jugeant trop austère, l’artiste opta finalement pour une approche plus fantaisiste, sur le thème de l’arbre de vie : une guirlande de feuilles succède aux formes géométriques. Après un nouvel essai infructueux, la troisième et dernière version réduit considérablement la palette de couleurs. La simplicité revendiquée par le peintre vise « à donner, avec une surface très limitée, l’idée d’immensité » ; elle répond au sentiment religieux et suscite « l’allègement d’esprit » que Matisse souhaitait favoriser (cité par le Centre Pompidou).

L’institution tient à souligner que cette donation vient consacrer les liens d’amitié et de confiance noués entre l’artiste, sa famille et le musée national d’art moderne. Matisse avait lui-même fait plusieurs dons au musée dont La Blouse roumaine (1940) en 1949. Depuis les années 1970, ses héritiers ont à diverses reprises enrichi les collections nationales par leurs dons généreux.

Virtuel : © Succession H. Matisse / Photos Georges Meguerditchian, Philippe Migeat. 

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Céline Duverne

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