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Art Basel : Une 45ème édition somptuaire

Art Basel : Une 45ème édition somptuaire

18 juin 2014 | PAR Yaël Hirsch

La foire d’art de Bâle qui ouvre ses portes au grand public ce jeudi 19 juin. Pour sa 45ème édition, Art Basel a prouvé encore une fois en 285 galeries et 34 pays représentés qu’elle était une grande « Messe » de l’art contemporain et du design.

Quelques filets placés au cœur de la place de la foire rappellent qu’on était en période de mondial, sinon c’est avec ordre et beauté qu’il faut suivre la répartition impeccablement organisée du design, de l’art contemporain, des installations, des performances, du cinéma et des conversations, dans les grands halls de Art Basel.

Les trésors de Galleries (Hall 2)
Au cœur de la foire « Galleries » est l’évènement que collectionneurs et amateurs d’art attendent plus que tout : 232 galeries venues et reconnues dans le monde entier exposent leurs plus belles pièces.

Au rez-de-chaussée (Hall 2.0) l’ambiance est, comme chaque année, très muséale. Chez Acquavella, on trouve deux magnifiques Basquiat, deux Bacon, un Richter et un Twombly. Chez Malborough les deux Manolo Valdès, le Picasso et le Zhen Fanzi sont à se damner, ainsi qu’un magnifique Anselm Kiefer, à la mode à Bâle, puisque une autre de ses grandes toiles d’hiver de fer torturé est à vendre à la Galerie Thomas. Pierre Soulages représente le nouveau classique à la Frenchie, on en trouve dans plusieurs galeries, mais le plus beau est sans conteste à la Galerie Alice Pauli, où l’on trouve également des pièces du roi de l’arte povera Giuseppe Penone (à voir également chez Marian Goodman). Les sculptures accordéon de Tony Cragg trônent un peu partout (notamment galerie Lisson). Chez Hopkins ou chez Helly Nahmad, on est vraiment au musée, avec respectivement un Zao Wou Ki et des Schwitters/ Calder/ Picasso éblouissant. Le Hall 2.0 ose tout de même quelques solo shows : Wharhol chez Daniel Blau ou un panneau de dessins de la Première Guerre par Otto dix à la galerie St Etienne. Même si les toiles sont à l’honneur, quelques photos notables sont à signaler : Ed Ruscha à la galerie Zander, Claire Aldefang chez Ropac, la transgression de Jurgen Klauke chez Hans Mayer et enfin, entre autres, le magnifique Marat de Vik Muniz chez Edwynn Houk.

Un peu difficile de grimper à l’étage, moins classique, (Hall 2.1) après avoir vu les trésors du rez-de-chaussée, et pourtant on y trouve également des grandes œuvres de l’art encore plus contemporain. Petit hic : tout se passe comme si les grandes galeries contemporaines cherchaient pour beaucoup à faire voir et pourquoi pas vendre (sauf « prints », compter plus de 20 000 euros !!!) des pièces qui « ressemblent à » celles, muséales, du rez-de-chaussée… mais sans en être. Du coup, même en s’y reprenant à plusieurs fois, nous avons eu du mal à nous laisser bercer par ce qu’on a vu. Notamment par les « jeunes » galeries de Statement, qui occupent cette année une portion très congrue et sont un peu ramassées, alors qu’à leurs débuts (voir notre chronique de l’édition 2011 de Art Basel), elles étaient, un des fers de lance de la foire, à part égale avec le magnifique Art Unlimited. On a tout de même repéré les photos de Santiago Sierra chez Helga de Alvear, une sculpture de l’artiste découverte à Maison Rouge, Berlinde De Bruyckere chez Continua, et une très belle photo de Yaël Bartana chez Annet Gelink.

Design Miami/ Bâle (City Lounge sud)
Présenté dans un vaste espace sombre et élégant, le design n’est pas en reste à Art Basel. On entre dans un Hall parsemé d’étoiles avant de grimper vers les cimes de design par des escaliers roulants qui plongent dans l’obscurité. Une fois à l’étage où l’espace s’étire, la lumière reste très douce et dorée. Côté solo show, nous nous sommes passionnés pour la maison F 8×8 BCC de Jean Prouvé (dont la table trapèze est partie pour plus d’1,2 million d’euros en vente chez Arcurial, en mai dernier) chez Patrick Seguin. Et nous avons admiré l’élégance de l’hommage de la galerie Pascal Cuisinier à Joseph-André Motte, disparu, il y a tout juste un an… A l’honneur d’une exposition temporaire au musée de design voisin de Vitra, le créateur Konstantin Grcic , était représenté à Art Basel par la galerie Kreo, notamment au travers d’une de ses bibliothèques. Enfin au cœur de la scénographie du design, « design at large » permettait de croiser les disciplines avec des installations entre art et savoir-faire, signées Anton Alvarez, Eske Rex (drawing machine), Sheila Hicks ou Jean Benjamin Maneval (Bulle à 6 coques).

Unlimited, l’art XXL à Basel (Hall 3.0)
Comme chaque année, le plus ludique et le plus impressionnant des espaces était celui où rien ne se vend ! La fameuse plate-forme « Unlimited » proposait cette année pas moins de 78 installations de tous grands artistes venus du monde entier et servant d’étendards à leurs galeries. Au cœur du dispositif : l’interminable Matrice di linfa (2008) de Giuseppe Penone (Galerie Trucci Russo), tronc d’arbre ouvert vers le ciel, étendu sur la largeur de Hall d’exposition, posé sur du cuir et abritant poterie et résine. D’autres sculptures monumentales marquaient le lieu (Mario Merz, Richard Long, une sphère rouge de Julio Le Parc, David Nash, David Houseago). L’art vidéo est roi à Unlimted et on peut passer beaucoup de temps à se glisser dans les espaces de projection (Alex Prager, Ann Veronica Janssens, Yang Fudong). La photo est présente, un peu retravaillée, même si moins représentée (Yasumasa Morimura, Jim Shaw) et le « must » pour Art Unlimited est de proposer des installations avec jauge, n’acceptant les visiteurs que par petits groupes de moins de 10. La rareté et l’attente aiguisant le désir, l’installation intime de Laure Prouvost ou la chapelle rouge sang de Rodney McMillian ont marqué les esprits.

14 rooms, la performance fait ses armes dans la foire (Hall 3)
En partenariat avec la Fondation Beyeler et le Theater Basel, les commissaires Klaus Biesenbach et Hans Ulrich Obrist ont invité 14 artistes à donner des performances dans des petites chambres où on les voit agir en « live ». Le projet est à part, dans le Hall 3, et coûte un peu plus cher (18 CHF le ticket). Mais cela vaut vraiment le détour.

Dans les classiques : Yoko Ono surprend dans le noir avec sa Touch piece (1963/2014), Marina Abramovic donne à nouveau à voir une crucifixion naturiste bien de notre temps (Luminosity, 1997), Joan Jonas fait son Mirror check (1970), Damian Hirst fait lire de manière coordonnée un livre de Joli Picout à deux jumelles sages (Holly, Gretel, 1992) et dans son Wall-Floor positions (1968), Bruce Nauman interroge la géométrie du corps.

Plus contemporaines, la « revolving-door » humaine de Allora & Calzadilla balaie tout sur son passage, Dominique Gonzales-Foerster propose un à un l’expérience de son « R.145 » (2014), Santiago Serra met des « Vétérans des guerres de l’Eythrée, du Kosovo et du Togo » face au mur blanc (2014) et notre chouchou, le vidéaste Ed Atkins pose en cagoule à côté d’un simulacre vidéo aux yeux bleus qui charme et menace le public dans la même phrase (No one is more at work than me, 2014). Une expérience unique en 14 pièces qui se font face…

Comme chaque année en son fief helvétique, Art Basel l’internationale (la foire a désormais des succursales à Miami et Hong Kong) est donc le lieu de pèlerinage de tous les collectionneurs, volontiers européens, et à partir du moment où elle ouvre ses portes au commun des mortels, ce jeudi, c’est aussi une sorte de musée éphémère et vivant où tous les domaines des arts et beaux arts sont abordés dans ce que les galeries représentent de plus beau.

photos : (c) yael hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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