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[Rencontres d’Arles] Christian Lacroix offre ses visions de l’Arlésienne à la Chappelle de la Charité

[Rencontres d’Arles] Christian Lacroix offre ses visions de l’Arlésienne à la Chappelle de la Charité

15 juillet 2014 | PAR Yaël Hirsch

Commissaire invité des Rencontres d’Arles en 2008, Christian Lacroix est de retour dans sa ville natale. La rencontre avec une autre grande figure de la Provence, Olivier Baussan, le créateur de l’OCCITANE a donné naissance à une exposition amoureuse et ambitieuse sur l’Arlésienne, cette icône de tradition locale qui est aussi devenue synonyme de désir pur, puisqu’on ne fait que l’attendre. Réunissant archives et artistes contemporains, l’exposition dure le temps des Rencontres photographiques, jusqu’au 21 septembre, dans la chapelle de la Charité, réaménagée pour l’occasion. La chapelle jouxte l’hôtel Jules César entièrement repensé à neuf par Christian Lacroix et dont il faut absolument pousser la porte-tambour.

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L’Arlésienne ou la rencontre de deux univers provençaux
Présente l’an dernier en son fief d’Arles, à travers le mécénat d’une exposition de photos en noir et blanc de Paulo Nozolino sur la Lavande, la marque l’OCCITANE avait envie de revenir cet été dans la majestueuse cité romaine. Alors que le directeur des Rencontres, François Hébel, en place pour dernière année et bien décidé de rappeler tous ceux qui ont marqué ses 14 ans à Arles, le fondateur de l’OCCITANE, Olivier Baussan, évoque son désir de donner une carte blanche à Christian Lacroix. Ce dernier accepte immédiatement, et, alors que l’OCCITANE sort à l’hiver prochain une gamme aux effluves de violette, de rose et de safran, « L’Arlésienne », le grand couturier se pique au jeu de réinterpréter cette figure à la fois locale et mythique…

Qui est l’Arlésienne?
Déjà présente en pointillés lorsqu’on retrouve une Venus  dans les ruines du Théâtre Antique en 1651, l’Arlésienne doit sa renaissance au 19ème siècle. On la trouve sous la plume du grand poète provençal Frédéric Mistral et elle se précise à travers le personnage inventé par Alphonse Daudet dans les Lettres de mon Moulin (1969); il s’agit d’une femme que le héros de la nouvelle ne peut pas épouser car elle appartient à un autre. De dépit, il finit par se suicider. Daudet se serait inspiré pour ce héros tragique du neveu de… Frédéric Mistral. Mais Olivier Baussan nous raconte qu’à Arles, il existe un personnage très proche de cette Arlésienne, « la Mireille » et que dans cette version plus généreuse de l’histoire c’est la belle amoureuse qui se donne la mort, faute de pouvoir épouser son aimé.

Dans le folklore local, la Mireille évoque également la fameuse « Reine d’Arles », jeune-femme de moins de 25 ans, puits de science sur l’Histoire et les coutumes d’Arles et qui, dans son costume traditionnel, est la première ambassadrice de la ville. Nous avons eu la chance de rencontrer l’éclatante reine d’Arles, Mandy Graillon et ses demoiselles d’honneur, lors d’un joli déjeuner dans un jardin provençal. Enfin, au-delà de ces mille résonances, malgré et peut-être grâce à l’échec de l’adaptation de la figure par le compositeur Georges Bizet, l’Arlésienne, c’est aussi et surtout, l’insaisissable, celle qui n’arrive jamais. Un éternel féminin à la provençale : chaleureux et mystérieux que Christian Lacroix a su réinterpréter avec à la fois le souci de l’archive et celui du symbole.

L’exposition de la Chapelle de la Charité, pavot et mémoire
Jetant au sol un chaleureux des tapis-signature dont il a le secret, Christian Lacroix a transformé la Chapelle de la Charité en salon de curiosité plongé dans l’attente de celle qui a toujours été là. Et qui pourtant ne viendra pas…L’exposition a un aspect archivistique marqué, avec les portraits des anciennes reines d’Arles, par d’illustres inconnus, ou par le fondateur des Rencontres d’Arles, Lucien Clergue, qui les saisit sur le vif.

Côté vêtement, toute l’exposition semble mener vers une tenue de reine, noire pour marquer la sobriété et l’effet de la mode sur le costume traditionnel. Mais un noir qui fait aussi penser au deuil et notamment celui des toutes jeunes veuves de la Première Guerre mondiale. Les photographes invités par Christian Lacroix à dresser ce portrait à la fois officiel et en pointillés de l’Arlésienne, jouent le jeu de l’apparition/disparition. Arthur Battu, déjà, imaginait au début du siècle un mélange de tous les visages des reines pour donner une Arlésienne à la fois inexistante et parfaite. L’artiste anglaise Katerina Jebb confère à ses visions d’arlésiennes un aspect mystérieux et fantomatique, en utilisant la technique du scan. Les frontières se brouillent dans des visuels à la fois aqueux et onirique, mais où les reines de la ville continuent d’être en représentation. Enfin, sans quitter tout à fait le monde la chimère, les arlésiennes de Philippe Praliaud ouvrent le mythe à l’universel. Alors que la reine d’Arles doit avoir des racines locales depuis au moins trois générations, c’est en noir et blanc que le photographe est allé chercher une diversité ouverte sur le monde, à travers des portraits de femmes et filles d’Arlésiens aux origines très diverses.

Élégante, exhalant la Provence et lourde du poids d’un passé dont Christian Lacroix et ses artistes ont su respecter toutes les nuances, l’exposition L’Arlésienne trace un chemin unique et fascinant entre archive et création. Un incontournable des Rencontres d’Arles et l’objet d’un détour obligé si vous passez par la Provence cet été.

Visuels :

photos d’ambiance avec entre autres Christian Lacroix, Olivier Baussan & Clément Trouche dans le patio de l’hôtel Jules César / Mandy Graillon, 22ème reine d’Arles et l’une de ses Dauphines (c) Yaël Hirsch
Oeuvres :
Katerina Jebb, Astrid Giraud, Queen of Arles, 2014. Courtesy of the artist
Claudia Huidobro, Tout contre, 2013. Courtesy of the artist
Lucien Clergue, The Museum Attendant of the Museon Arlaten, Arles, 1988. Courtesy of the artist
Christian Lacroix by Patrick Swirc.

Infos pratiques

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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