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Première rétrospective de Käthe Kollwitz au Mamcs de Strasbourg

Première rétrospective de Käthe Kollwitz au Mamcs de Strasbourg

04 octobre 2019 | PAR Yaël Hirsch

Cet automne le Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg (Mamcs) propose la première grande rétrospective française de l’artiste allemande expressionniste Käthe Kollwitz (1867-1945). Une immense artiste à découvrir ou redécouvrir sur 600 m2 et en 170 œuvres.

Si vous être passé sur Unten den Linden à Berlin, vous avez sûrement vu dans la Wache, le monument aux morts, la bouleversante pieta sculptée par Käthe Kollwitz après le décès de son fils, Peter, mort au front. Alors que cette immense artiste expressionniste et sociale allemande est trop méconnue en France le Mamcs met en avant ses collections (il a commencé à acheter du Kollwitz de son vivant) et celles du musée dédié à l’artiste depuis 1985, le Kollwitz Museum de Cologne, dans une exposition chronologique. Le commissariat de cet événement important est assuré par Hannelore Fischer, directrice du Kollwitz Museum de Cologne et Alexandra von dem Knesebeck, historienne de l’art et spécialiste de Käthe Kollwitz, auteure du catalogue raisonné des gravures.

Après la biographie, qui témoigne d’une vie engagée et dans son siècle (impact de la guerre de 14-18, exclue de l’académie prussienne en 1933) et du côté des classes populaires, l’on découvre les œuvres de jeunesse dont le fameux Autoportrait à l’encre de Chine (il y en a 100 en tout dans sa carrière) de 1889 qui est sur l’affiche de l’exposition. La même année son Martyre de la femme aux accents de caprice de Goya émeut et saisit.

« Selon moi, il doit y avoir une compréhension mutuelle entre l’artiste et le peuple », disait Kollwitz, qui exprimait également le souci « d’agir dans ce temps ». L’on passe alors au cœur du social avec l’installation à Berlin et le cycle d’une Révolte des tisserands et au développement d’une technique extraordinaire de gravure sur bois. Il s’agit d’un travail d’illustration très réaliste terminé par des eaux fortes très allégoriques voire religieuses sur les opprimés. La suite s’inscrit dans le mouvement de la Sécession de Max Liebermann, avec un passage à Paris en 1901. Ouvriers et ouvrières sont encore son thème de prédilections. La lecture de l’Histoire générale de la grande guerre des paysans de Wilhelm Zimmerman, la fait se pencher sur le monde agricole avec un souffle épique, les femmes sont toujours tes présentes, ainsi que le souci de réalisme et certaines scènes notamment d’emprisonnement semblent prémonitoires. Le passage au 20e siècle est pensé dans une salle double de nus et scènes d’amour VS tableaux de morts.

L’omniprésence des enfants dans les scènes de deuil semble encore une fois prémonitoire. Si bien que l’on est préparé lorsqu’on arrive au cycle de la Guerre (1918-1923) aux sculptures et aux gravures sur bois où se trait se hérisse en géométrie. Les mères, les veuves nous attaquent aux tripes avec leur attente interminable et leurs yeux noirs désespérés. La série se clôt par la fameuse affiche pacifiste dessinée par Kollwitz « Nie wieder Krieg » (Plus jamais la guerre, 1923).

Entre deux autoportraits bouleversants, le rôle et les iconographies pour la République de Weimar sont montrées, puis après l’exclusion de l’académie en 1933, et le repli quasi religieux sur une série dédiée à la mort et au deuil vient terminer cette exposition.

Terriblement riche, avec une scénographie bien pensée, et notamment la possibilité de feuilleter les revues d’époque (Simplicissimus)et encore rehaussée par l’espace du Mamcs et la sobriété de murs blancs, cette rétrospective permet de découvrir ou redécouvrir une immense artiste, à l’égal des Dix, Gross ou Beckmann et qui exprime un point de vue de mère et de femme engagé sur un demi siècle de désolations et de misère. A voir absolument. 

visuels : photos de l’exposition (c) YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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